Moi Chien Créole

Légende photo : Laisser parler le
chien qui est en soi
De Bernard Lagier
Mise en scène : Sylvain Belanger
Le hasard n’existe pas. Pour que
l’homme ne soit plus un loup pour
l’homme, peut être faut-il laisser
parler le chien qui est en soi.
Le monologue est un exercice
difficile et ce n’est rien de le
dire. Il faut seul remplir l’espace,
être le corps et la voix, capter les
regards, les subjuguer. Etre l’ombre
ou la source, la question, la
réponse. Etre l’immédiat, l’horizon,
l’urgence et la ponctuation,
toujours la ponctuation. C’est sûr
Erwin Weche bluffe le public
tétanisé, en attente de saisir la
difficulté graduée sur l’échelle de
la douleur. Il ne verra rien. Le
comédien renverse les remparts,
écrase les obstacles, guette la
perfection qu’il ramène à la hauteur
de ses pattes de chien créole.
Il renverse les remparts, écrase
les obstacles
Il est léger, magnifique et léger.
La dimension de l’exercice ne
concerne que l’homme lui-même, elle
est de l’ordre de l’intime. Mais
sans la conception sonore
exceptionnelle subtilisée à la gamme
musicale par Larsen Lupin,
l’ensemble serait une marionnette
vidée de son anatomie et de sa
quintessence. La performance n’est
pas exhibée, mais cachée quand
toutes ses épreuves n’ont pour but
ni la représentation, ni la
démonstration. Elle ne réclame
aucune admiration et demeure dans le
secret de l’intimité. La prouesse ne
sert seulement qu’à évaluer les
progrès accomplis dans la maîtrise
de l’art. Elle est servie en cela
par un texte à l’effroyable
précision et aux accents vivifiants
d’un bord de cœur à l’autre et qui
parle. Quel texte et quelle humanité
se dresse dans ses mots qui
dansent ! Bernard Lagier devient
philosophe, peut être tenté
d’astrologie orientable ou l’on
associe au chien le goût de la
morale, la critique sarcastique et
une vision pessimiste des choses et
des gens. Son chien créole, dirigé
par Sylvain Belanger a, en plus, le
goût exacerbé de l’humain et sa
mémoire est devenue tambour.
Christian Antourel
Photo : C.A