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La figure de l'acteur dans une perspective historique

 

Le métier de comédien a évolué au cours des siècles et répond à des critères spécifiques selon les époques. Abordant la question de la formation dans une perspective historique, Odette Aslan, chercheuse au CNRS, et Julie Sermon, dramaturge, explorent notamment la figure du personnage théâtral contemporain en soulignant les changements générés par les écritures contemporaines, qui mettent en 'uvre une dramaturgie plus chorale que linéaire, un jeu d'acteur centré sur le présent de l'énonciation.

Entretien Odette Aslan

Odette Aslan : Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

« En un siècle, l'acteur est passé de l'emphase de la déclamation à pleine voix à une diction plus intime (?). Aujourd'hui, le théâtre n'hérite plus des traditions théâtrales des aînés, mais du cinéma et des nouvelles technologies, des lights shows ou du sport », conclut l'essayiste Odette Aslan, dans L'acteur au 20ème siècle*. Cette grande observatrice de la scène théâtrale revient ici sur les évolutions essentielles de la formation.

Quels étaient les fondements de la formation traditionnelle de l'acteur '

Ils reflétaient une conception du théâtre assise sur la primauté du texte, donc de la parole, sur les autres dimensions de la représentation. Le Conservatoire national de musique et de déclamation formait au théâtre classique les futurs artistes de la Comédie-Française. L'acteur devait avant tout apprendre à bien articuler, à phraser, à respirer afin d'avoir le souffle de mener le sens jusqu'au bout, à placer sa voix pour qu'elle passe la rampe. La politesse du comédien était de se faire entendre du dernier rang d'orchestre. Cet apprentissage du « dire » passait par des techniques et exercices à pratiquer tous les jours et même à poursuivre tout au long de la carrière, comme un musicien fait ses gammes quotidiennement. Les professeurs appartenaient généralement à la Comédie-Française et transmettaient ce que leurs aînés leur avaient appris.

Quels ont été les facteurs de rupture avec ce modèle '

Née en réaction au naturalisme envahissant, la vague des « ismes » (expressionnisme, futurisme, surréalisme') qui a balayé la littérature et la peinture a également touché les structures dramaturgiques habituelles et appelé d'autres modes de jeu. Dans les années 50, le « Nouveau Théâtre », avec Ionesco ou Beckett, a déconcerté non seulement le public mais également acteurs et metteurs en scène. Ces écritures contemporaines qui rompaient avec la fable, la dramaturgie linéaire tendue vers un dénouement, la psychologie du personnage, ont ébranlé les savoir-faire et sollicité des interprétations inédites. Par la suite, le cinéma puis la télévision ont infléchi le jeu vers un style plus « naturel », gommant une théâtralité jugée trop appuyée. L'acteur doit aujourd'hui s'initier aussi aux nouvelles technologies qui s'introduisent sur la scène.

Comment a évolué la place du corps '

Durant des siècles, le maintien et la plastique théâtrale se sont inspirés de la statuaire classique. Les comédiens adoptaient des attitudes « nobles » pour jouer des rois ou des empereurs, ce qui leur conférait des postures raides, un peu guindées. En fait, la technique corporelle se développera progressivement au cours du 20ème siècle lorsque le corps reprendra ses droits dans la société, grâce notamment à l'essor du sport.

« L'enseignement traditionnel ne s'est diversifié que lentement, avec la venue de metteurs en scène pédagogues et l'élargissement du répertoire. »

Comment ces changements ont-ils influé sur la formation '

L'enseignement traditionnel ne s'est diversifié que lentement, avec la venue de metteurs en scène-pédagogues et l'élargissement du répertoire. En outre, la prise de conscience de l'importance du corps et sa remise en jeu ont incité à développer l'entraînement physique. D'autre part, le « système » de Stanislavski et sa méthode des actions physiques, puis Brecht et le jeu épique, ont été introduits en France. Au Conservatoire, l'interprétation du personnage commence à être abordée dans les années 50, notamment avec Jouvet. Puis, à partir des années 70, de nouvelles formes d'apprentissage apparaissent, avec Antoine Vitez en particulier. Par ailleurs, d'autres écoles sont ouvertes. Les comédiens apprennent davantage à jouer avec leurs partenaires. Groupés en ateliers, ils se frottent aux réalités de la représentation en préparant un spectacle de fin d'année. Les formations sont de plus en plus pluridisciplinaires, car les acteurs ont besoin d'être polyvalents dans leur carrière. Les arts martiaux, la danse, le jeu masqué, la musique et le chant ont été ajoutés dans les cursus. Nous sommes entrés dans l'ère du melting-pot ! L'acteur doit intégrer les différentes disciplines apprises dans une cohérence et non pas seulement les accumuler.

Comment l'acteur, soumis à une 'uvre et un metteur en scène, est-il devenu créateur '

L'époque du metteur en scène très directif qui dicte sa vision est un peu révolue. Aujourd'hui, ce dernier se montre beaucoup plus ouvert aux propositions des comédiens. Souvent même, il sollicite des suggestions, des improvisations' Les processus font plus appel à la créativité de l'acteur !

Entretien réalisé par Gwénola David

* L'Acteur au 20ème siècle ' Ethique et technique, de Odette Aslan, éditions L'Entretemps, 2005.