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Les contenus de la formation : comment apprendre à devenir acteur '  

 

 
 

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L'école de théâtre est une machine à fabriquer des peureux...

Comment apprendre à devenir acteur ' Que doit-on enseigner ' Entre autres paramètres, technique, culture littéraire, imprégnation et appropriation se combinent, pour préparer l'apprenti comédien à se confronter au texte dans sa réalité scénique, pour qu'il s'imprègne véritablement du rôle, intérieurement. Un exercice qui traduit l'affirmation d'une liberté au c'ur de multiples contraintes. Un apprentissage qui se poursuit tout au long de la vie, et nécessite un travail considérable.

 

Entretien Wajdi Mouawad 

Wajdi Mouawad : Itinéraire difficile et passionnant

Itinéraire difficile et passionnant' jusqu'à l'indépendance

Auteur, metteur en scène et comédien, Wajdi Mouawad a quitté son Liban natal à huit ans pour Paris puis Paris pour le Québec huit ans plus tard. Diplômé de l?Ecole Nationale de Théâtre du Canada, il est aujourd?hui un des artistes les plus prisés de sa génération.

Pouvez-vous décrire la formation que vous avez reçue '

Wajdi Mouawad : L'École Nationale de Théâtre du Canada a été fondée par un grand comédien québécois, Jean Gascon, et par Michel Saint-Denis, qui participa aussi à la fondation du TNS. En cela cette école suit les mêmes principes que sa cousine strasbourgeoise où toutes les disciplines sont enseignées. l'ENTC, cependant, offre un enseignement soit en français, soit en anglais, du fait du bilinguisme canadien, mais de manière indépendante, surtout en ce qui a trait au jeu et à l'écriture, comme s'il y avait deux écoles à l'intérieur du même édifice. J'y ai, pour ma part, suivi une formation de comédien entre 1987 et 1991. Je n'ai eu aucune formation universitaire et je n'ai, à proprement parler, aucun diplôme. L'École Nationale est arrivée dans ma vie comme un étrange miracle puisque je me dirigeais allègrement vers un réel décrochage scolaire. Côtoyer les metteurs en scène ( quatre par année ) qui étaient parmi les plus actifs dans le milieu du théâtre québécois, obligeait à être au fait des textes de théâtre qui se jouaient, les contemporains comme les classiques, et cela m'a donné la possibilité d'avoir une formation littéraire sur le terrain, en plus des textes que l'on devait jouer. À force de dire les mots des autres, j'ai fini par avoir envie de dire les miens. À force de découvrir une diversité dans les façons de faire du théâtre, j'ai fini par développer la mienne. Mais plus important encore, ce furent les rencontres avec les autres élèves de toutes les disciplines et les amitiés qui en sont nées qui ont eu une incidence fondamentale sur ma vie : c'est avec eux que j'ai fait mes premiers spectacles. L'école m'a apporté beaucoup, l'essentiel, même si elle m'a aussi totalement traumatisé. L'école de théâtre est une machine à fabriquer des peureux car elle nous met tous en compétition tout en rendant taboues les jalousies et les envies. Cette situation schizophrénique fabrique des névrosés qui, plus tard, donneront des acteurs souvent formidables mais absolument insupportables, à l'ego surdimensionné, et complètement aliénés dans leurs frayeurs. L'école forme des machines à envier. Plus tard, en commençant à enseigner moi-même à l'école, j'ai souvent trouvé nécessaire d'évoquer cela avec les élèves pour me rendre compte que tous partageaient la même frayeur. J'ai fini par comprendre que l'école de théâtre n'est pas un service de formation, mais un monstre contre lequel il faut se battre quatre ans durant pour garder son intégrité. Or, et c'est justement ce qui est paradoxal, ce qui a failli vous détruire vous a formé pour mieux comprendre ce qui compte réellement à vos yeux. Pour réussir une école de théâtre, il faut détester de toute son âme cette école sans pour autant la fuir. Plus votre détestation est grande, meilleure sera votre formation car pour détester une chose il faut avant tout être en mesure de la comprendre complètement, d'en faire le tour et de la maîtriser. C'est compliqué quand on n'a que vingt ans !

« Mes véritables maîtres furent ma génération, mon époque, le monde et l'Histoire. »

Avez-vous eu des maîtres '

W. M. : Je n'ai pas eu de maîtres. J'ai eu des rencontres. Des metteurs en scène ou des artistes qui sont venus, soit prononcer une conférence, soit enseigner. Parfois ce fut très court, une demi-phrase prononcée au détour d'un couloir, ou dans un café. Ce n'est rien, mais un rien qui vous fracasse le crâne tellement il vous illumine. Je pense à une conférence sur la marionnette qu'Antoine Vitez était venu faire. Je pense à une discussion dans un couloir avec Jan Kutt venu nous parler de Shakespeare. Je lui avais demandé quelle pièce de Shakespeare je devais surtout lire. Il m'avait répondu que je devais, à mon âge, lire et relire Hamlet. Cette simple phrase me resta dans l'esprit et me donna, trois ans plus tard, une des idées maîtresses pour écrire ma première pièce Willy Protagoras enfermé dans les toilettes. Mais mes véritables maîtres furent ma génération, mon époque, le monde et l'Histoire, la chute du Mur de Berlin et la Guerre du Golfe. Mon style, si j'en ai un, provient de tous ces amalgames que je n'ai jamais cessé de faire puisque la vie les a faits avec moi, mélangeant les langues, les cultures et les pays.

Vous êtes auteur, metteur en scène et comédien. Comment se lient et s'harmonisent ces activités '

W. M. : Cela s'est fait par ricochet. Ma formation de comédien a façonné à mon insu l'auteur que je ne savais pas encore que j'étais. Plus tard, j'ai découvert que j'aimais tout au théâtre et dans un théâtre. Une de mes professeurs les plus importants, Andrée Lachapelle, m'a fait comprendre combien il était important de dire bonjour au concierge, de saluer les guichetiers, les placiers, les placières. C'est quelque chose qui a beaucoup compté pour moi car le théâtre c'est avant tout des gens et non pas soi, seul, comme un peintre ou un auteur. Du coup, tout s'est mis à me passionner : l'éclairage et la manière d'accrocher un projecteur, la manière de faire tenir un mur, la production, les budgets, la cantine, le papier toilette, les communiqués, les mots que l'on emploie pour s'adresser aux gens. Tout me passionne au théâtre. Comment diriger un acteur, comment jouer, comment écrire, comment réfléchir le théâtre, les jalousies entre artistes, les repas d'après premières, le silence dans une scène, son rythme, son souffle, la mise en place, comment on fait pour sortir une chaise de scène, comment on fait du son, la manière de faire la fête avec les acteurs, leurs amours extraconjugaux, tout me passionne. Alors évidemment, quand j'écris, j'écris avec tout cela. Quand j'écris un texte dont je vais être le metteur en scène, tout se mélange et les titres n'ont plus aucune importance. Tout se mêle et alors oui, quand j'écris, je joue ce que j'écris. Tout cela a commencé lorsque j'ai compris que n'ayant pas l'accent québécois, je serai toujours considéré, au Québec, comme un acteur étranger ne pouvant jouer que dans les pièces françaises ou bien les Arabes de service. Ce qui ne m'intéressait absolument pas. J'ai donc voulu écrire mes propres pièces pour pouvoir les jouer. Plus tard, lorsque mes premières pièces ont été mises en scène par des metteurs en scène professionnels, j'ai failli assassiner tout le monde tant je ne me reconnaissais ni dans les rythmes ni dans l'esprit de ce que je voyais. J'ai choisi alors de faire moi-même mes mises en scène. J'ai eu la chance d'être engagé, quelques années après la sortie de l'École, pour faire à mon tour des spectacles avec les élèves de troisième et quatrième années. J'ai appris à faire de la mise en scène grâce à ces élèves. J'ai pu faire des choses folles et mettre en pratique ce en quoi je croyais. C'est là, en enseignant à mon tour, que tout cet amalgame entre acteur, auteur et metteur en scène s'est fait.

Propos recueillis par Catherine Robert

Bibliographie : les 'uvres de Wajdi Mouawad sont publiées chez Actes Sud (Actes Sud-Papiers et Heyoka Jeunesse) et chez Leméac.

http://www.journal-laterrasse.com/hs_desc.php?men=0&id_hs=18