Tag Archive for Faubert Bolivar

« Sainte Dérivée des trottoirs » de Faubert Bolivar, m.e.s. Alice Leclerc, avec Vladimir Delva

— Par Alvina Ruprecht —

Cette nuit-là, devant le parvis de la cathédrale de Limoges, le public festivalier a participé à un événement à la fois insolite et époustouflant. Au son du battement des tambours accompagné de musique de l’église chrétienne, deux figures masquées sorties de l’ombre nous invitent à les suivre vers le Jardin de l’ Évêché…

Nous voilà du coup, devant un tas de déchets – canettes, vieux papiers, surfaces brillantes, filets de pêcheurs qui se se met à remuer alors qu’une lumière rougeâtre émane de cet « autel » posé à l’entrée du jardin. Une figure éclaboussée de détritus émerge de ce tas d’ordures, vomissant, crachant, jurant, hurlant en français et en créole, maudissant ses origines, sa mère, Jésus et l’éclopé qui était son père, sa manière de dénoncer la bêtise et la pauvreté dans le monde. Voici une nouvelle résurrection d’une apparence christique peu commune; un corps maigre, carnavalesque, trainant derrière elle tout le poids de toutes les souffrances et les obscénités du monde. L’acteur est magnifique mais la figure fait peur et le public est tétanisé devant la ‘Sainte Dérivée qui entreprend son calvaire syncrétique à travers le jardin de Christ où nous découvrons un monde de folie, de délire, de chaos dans la fête.

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« Mémoires des maisons closes » de Faubert Bolivar

Ce titre évocateur est pourtant trompeur. Faubert Bolivar raconte dans ce recueil composé en deux parties certaines des femmes qu’il a aimées mais aussi les lieux, ces maisons fermées, dans lesquels il a trouvé l’inspiration (et pas, comme on pourrait l’imaginer, des maisons closes, avec leurs filles de joie). Le style de Faubert Bolivar se rapproche de celui des surréalistes. Sa poésie, parfois érotique, est empreinte d’images fortes et puissantes. On y retrouve un univers proche de celui de Boris Vian ou des références à Paul Éluard.  » Faubert Bolivar n’a pas peur des mots, on le voit, ni des images insolites. Sa fantaisie langagière nous convie à d’étranges fantasmes, comme dans les deux bouts de poèmes précédents qui le rapprochent, quant au fond, de Rabelais, de Jarry ou de Swift. » (article de Michel Herland publié par Mondes Francophones).

Pourtant/Tu as des phases/qui vont en mer/comme les îles que je tutoie/baisent/dans ma bouche

Je t’aurais commise/comme un grand crime

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Terrasse en Pawol : Jacques 1er de Faubert Bolivar

Un théâtre baroque

Par Selim Lander

Mise en bouche du dernier texte de Faubert Bolivar dans la salle de la Véranda à Tropiques-Atrium. Six comédiens, trois musiciens, pour une pièce ambitieuse dont la seule lecture (après coupures !) dure plus de deux heures. L’histoire est celle de Jacques Dessalines, libérateur d’Haïti, qui sera assassiné peu après avoir été reconnu empereur. Sorti du peuple, brut de décoffrage en quelque sorte, il fait tache au milieu de l’establishment de couleur. Jalousie, rivalité, intrigues, mulâtres contre bourgeoisie noire, général Pétion contre général Christophe. Sans compter que Célimène, la fille de Dessalines, est amoureuse d’un officier de Pétion, ce même Pétion auquel, dans le but de neutraliser un rival dangereux, l’empereur a justement promis Célimène. Le reste est histoire. Dessalines, tout héros qu’il soit, finira assassiné.

L’intérêt principal de la pièce de Bolivar n’est évidemment pas dans ce rappel historique en tant que tel mais dans sa théâtralisation. Les trois protagonistes principaux – les trois personnages masculins déjà cités – se différencient d’abord par leur manière particulière de s’exprimer, Dessalines n’hésitant pas à inventer quand un mot français lui fait défaut.

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José Exélis donne chair au « Jacques 1er » de Faubert Bolivar

— Par Roland Sabra —

Un rituel est en gestation. José Exélis accueil son public dans le hall. Un musicien l’accompagne. Le metteur en scène cadre la lecture puis entraîne son auditoire dans le méandre des couloirs de la bâtisse. Sur le chemin un fil conducteur parsemé de feuilles mortes et de bougies mène vers la salle attenante à la terrasse ou doit se dérouler la lecture mise en espace. Dans la semi-pénombre sur fauteuils et tabourets, six personnages, deux femmes et quatre hommes attendent immobiles, figés en un temps d’un autre temps. Devant les musiciens en fond de scène et face aux autres comédiens, trône, imposante, une momie, le haut du corps et le visage couverts d’une longue écharpe, blanche et sang. A la fermeture des portes, le voile sera défait, comme un retour vers le passé pour tenter d’éclairer le chemin d’un présent qui bégaie dans la souffrance et la douleur.
 Faubert Bolivar nous conte les premières années de l’indépendance d’Haïti proclamée le 1er janvier 1804 par le Gouverneur général à vie Dessalines.

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ETC- Caraïbe rend hommage à Derek Walcott

COMMUNIQUE DE PRESSE

ETC- Caraïbe tient à saluer le départ de Derek WALCOTT ce vendredi 17 mars 2017. Ecrivain résolument engagé dans la défense et l’illustration de l’imaginaire caribéen, son œuvre est là pour nous inciter à poursuivre avec force et détermination le combat pour la promotion de la littérature caribéenne, particulièrement des écritures théâtrales caribéennes. ETC-Caraïbe est fière de rappeler son compagnonnage avec ce grand écrivain, Prix Nobel de Littérature, notamment lors de la Semaine de la Caraïbe à la Comédie Française, en avril 2005, où a été lu son texte « Rêve de la montagne au singe ».
S’inclinant devant le passage de notre grand Derek WALCOTT, ETC Caraïbe présente ses sympathies à sa famille et à ses proches, à la population saint-lucienne et à l’ensemble de la communauté des hommes et femmes de théâtre de la Caraïbe.

Fait à Fort-de-France, le vendredi 27 mars 2016
Faubert BOLIVAR, Président

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Une pierre est tombée, un homme est passé par là

Moi, bête, ma bouche est une hanche

Cassée, elle me porte et me donne ma

démarche d’animal pluriel

Je boite, j’ondule, je file à travers bois

Le jour, la nuit, j’étoile

Tantôt phoque pour ma fourrure d’ombre

Tantôt boeuf pour mon père mort

Tantôt chat pour mon peuple au hasard

 

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« Créer et pérenniser des instances de valorisation et de légitimation en Haïti. »

Entretien avec Lyonel Trouillot. Propos recueillis par Faubert Bolivar pour Madinin-Art
lyonel_trouillotBien souvent déterminé par le marché éditorial des pays occidentaux, notre regard sur la littérature haïtienne contemporaine ne porte pas toujours aussi loin qu’il le devrait. Quand nous savons que ce qui vaut pour la littérature vaut aussi pour tout le reste, nous pensons qu’il est important que nous prenions l’habitude d’aller à la rencontre d’Haïti, en Haïti. C’est dans cette optique nous avons rencontré l’écrivain Lyonel Trouillot, qui vient de signer son accession à la direction éditoriale de C3 avec sept (7) nouveaux titres et deux (2) rééditions1.

Lyonel Trouillot, bonjour. Vous êtes écrivain. En France, vos romans sont publiés chez Actes Sud. Mais vous êtes aussi connu comme un intellectuel engagé et, les deux vont de pair, activiste culturel. Vous avez créé les Vendredis littéraires qui existent depuis plus de vingt ans, et il y a une dizaine d’années, les Ateliers du jeudi soir. Vous venez de prendre la direction éditoriale d’une jeune maison d’édition haïtienne, C3.

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Faubert Bolivar : poésies

faubert_poesieOh, daigne, mon amour
Ne pas t’enfuir à toutes jambes
Si je t’avoue que dans mon coeur
Battent les coeurs des ancêtres
Car c’est d’un amour à foutre le feu
que je t’aime
Interpelant l’histoire et la mythologie, un dit d’amour structuré comme le jeu des osselets (dos / creux / i / s) le poème de Faubert Bolivar assume une dimension expérimentale. Il est tendre et sauvage. La porte, comme figure de l’arrêt, de la distance, y tient une place capitale.
Elle est toujours à abattre, à ouvrir. Un dit d’amour qui cogne aux portes avec suffisamment de force pour les ébranler.

Né à Port-au-Prince en 1979, Faubert Bolivar a fait des études de Philosophie à l’École Normale Supérieure de son pays et à l’Université Paris VIII. Poète, dramaturge et essayiste,il a publié dans divers ouvrages collectifs et revues à travers le monde francophone. Il est, dès 1996, l’un des récipiendaires du Prix Jacques Stephen Alexis pour sa nouvelle « Faux-Lit ». Fin 2013, il reçoit, entre autres, le Prix Marius Gottin d’ETC-Caraïbe pour sa troisième pièce en langue créole, « Mon ami Pyero ».

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« Les Rencontres pour le lendemain » – Premier bilan

— Par Selim Lander —

mairie Saint-EspritOrganisées à la médiathèque du Saint-Esprit, à l’initiative d’un écrivain philosophe, Faubert Bolivar, épaulé par un petit groupe de volontaires passionné(e)s, les Rencontres du lendemain dont la première a eu lieu au mois de janvier 2016 se sont déroulées jusqu’ici au rythme annoncé d’une par mois. Il s’agit à chaque fois de donner à la personnalité autour de laquelle s’organise la soirée l’occasion de se faire connaître du public autrement que par ses œuvres, d’une manière plus personnelle, plus intime. Le déroulement de chaque soirée suit toujours à peu près le même canevas : les deux ou trois personnes que la tête d’affiche a souhaité avoir auprès d’elle pour témoigner s’expriment avant qu’elle ne prenne elle-même la parole, puis un débat s’ouvre avec le public. Dans les intervalles, un film peut être projeté à la demande de la personnalité invitée et les organisateurs s’arrangent pour lui ménager quelques « surprises » : la lecture à plusieurs voix d’un de ses textes, une chanson accompagnée au clavier ou au tambour, un témoignage qu’elle n’avait pas sollicité, par exemple de la part de quelqu’un d’éloigné qui se sera fait filmer pour la circonstance…

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Hassane Kassi Kouyaté, riche de vie, riche d’Afrique

Le 14 avril  à 19 h Médiathèque du Saint-Esprit

rpl_hassane_kassi_kouyate— Par Faubert Bolivar, Rencontres pour le lendemain —

…Comment a-t-il fait pour réussir à vivre pleinement plusieurs vies en une seule et en à peine un demi-siècle ? Metteur en scène, conteur, musicien, danseur, comédien et enseignant, Hassane Kassi Kouyaté est tout un monde. L’homme qui s’est confié à nous ce matin du 23 mars dans son bureau, a à son actif 56 mises en scène professionnelles, qui ont fait le tour du monde. De toute évidence, après seulement un an et demi à la direction de Tropiques Atrium Scène nationale, il nous a démontré ce dont il était capable. Les faits sont là, parlons de l’homme. Monsieur Kouyaté est pétri de la grande tradition orale africaine. Tradition dont, par ailleurs, il est un digne porteur, un passeur, attitré. En effet, Hassane est un griot. Il est, dit-il fièrement, « dans une mission de griot ». Il faut savoir qu’au Burkina Faso où il a ses racines, les Kouyaté sont une caste de griots.

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« L’Esclave » à la Bibliothèque Schoelcher

Mardi 12 mai 2015 à 18 h 30

Affiche bib SchoelcherQue sera la France dans un siècle ? L’Esclave brosse un futur possible, même s’il n’est certainement pas le plus souhaitable. L’auteur tire trois fils à partir du présent : la crise écologique, l’affaiblissement des nations occidentales, la montée de l’intégrisme religieux et du djihadisme. Cependant l’Esclave n’est pas qu’un exercice de futurologie. Les personnages sont des êtres de chair et de passions : il y a des sages et des fous, des sincères et des fourbes, des amoureux, des jaloux, des rancuniers, des orgueilleux, des cruels et des saints. Une lignée de femmes fortes traverse le récit, depuis l’époque actuelle jusqu’au dénouement de cette histoire.

Un roman, trois époques. 2009 – Une idylle se noue entre Michel, professeur de philosophie à l’université d’Aix-en-Provence et Colette, une de ses étudiantes. 2081 – Michel vient de mourir, Colette se remémore leur brève aventure, tout en observant la montée des périls qui menacent une Europe en pleine décadence.

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« La Flambeau », un texte pour le théâtre de Faubert Bolivar

—Par Roland Sabra —

Né à Port-au-Prince, vivant en Martinique où il enseigne la philosophie, Faubert Bolivar, écrivain, nouvelliste, poète, dramaturge collectionne les récompenses littéraires. En 2013 il recevait le Prix Marius-Gottin d’ETC-Caraïbe pour une pièce en créole « Mon ami Pyero » et le Prix Spécial du Jury Henry Deschamps pour une pièce théâtrale « La Fambeau ». Les années précédentes, « Faux-lit », une nouvelle et « Sélune pour tous les noms de la terre » un monologue avaient été honorés.
« La Flambeau » est donc une pièce en huit tableaux et six personnages, un couple, sa bonne, et trois esprits. L’action se déroule selon toute vraisemblance -mais est-ce le mot approprié- dans le pays natal de l’écrivain. Monsieur prépare une conférence, Madame confère avec sa mère, morte il y a longtemps, Mademoiselle est sous la protection de son parrain Ogou, un Loa, célèbre pour sa vaillance guerrière et sa fertilité, entre autres. Il est question, de vol, de viol, de République et de morts-vivants. L’atmosphère dans laquelle évoluent les personnages est celle d’un monde tétanisé entre enfance perpétuelle et adolescence infiniment prolongée, un monde dans lequel il semble impossible de devenir adulte, comme si un acte non assumé, non pris en charge, envahissait, caché dans le brouillard d’une histoire dérobée, l’espace psychique confondu pour l’heure avec l’espace politique.

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L’Incertain témoigne de la fécondité littéraire des Antilles

L Incertain n1Par Selim Lander – Au temps des tablettes et des liseuses, une jeune maison d’édition martiniquaise lance une « revue de création littéraire et critique », sous la forme de petits livres au format de poche (1). L’avenir seul dira si la présentation adoptée par les copistes du Moyen Âge (une liasse de feuilles de même dimension) et continuée depuis sans autres changements que dans les techniques de fabrication, est condamnée à disparaître au profit d’autres supports. En attendant, les chiffres montrent que le papier résiste, car, même s’il est loin de disposer de la capacité de stockage des instruments modernes, il offre un confort de lecture jusqu’ici inégalé. La question de la capacité, au demeurant, importe peu à la plupart des lecteurs qui se satisfont de lire un livre à la fois et n’ont nul besoin de transporter en permanence une bibliothèque avec eux ! Si elle maintient son exigence de qualité, L’Incertain mérite donc d’échapper au sort de tant d’autres revues littéraires créées dans l’enthousiasme mais n’ayant connu qu’une existence éphémère. 

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