La tragédie de Marie Trintignant et Bertrand
Cantat a certes contribué à alerter
l'opinion publique et les médias sur les
trop nombreux cas de femmes battues par leur
compagnon - comme en témoigne le reportage
Les coups pour le dire qui a été
diffusé le 8 novembre dans " Envoyé spécial
" sur France 2. Mais qu'en est-il de la
violence sur les hommes, qui passe quasiment
inaperçue, sans doute parce qu'impensable
dans la conscience collective ?
Minoritaire -
une femme meurt en France sous les coups
tous les trois jours, un homme tous les
quatorze jours, selon la Préfecture de Paris
-, la question, si dérangeante soit-elle,
mérite d'être posée, non seulement pour
lever un tabou mais aussi, comme l'explique
Isabelle Rossignol, romancière et
réalisatrice de l'émission de France Culture
" Surpris par la nuit ", " pour poser un
regard différent sur le masculin et le
féminin ".
" Il faut en
convenir, certaines femmes peuvent
être violentes, et certains hommes peuvent
accepter de subir cette violence. Pourquoi
l'acceptent-ils ? Pourquoi certaines femmes
en arrivent-elles à ces extrémités ? "
Pourquoi, trop souvent encore, la société
reste-t-elle sourde à ces appels de détresse
? A toutes ces questions, ce numéro de "
Surpris par la nuit " tente de répondre,
sans manichéisme ni préjugés, à travers les
témoignages d'un couple et de deux hommes
qui furent battus par leurs épouses.
ENFER
QUOTIDIEN
Si différents
que soient leurs parcours, tous dépeignent
la lente montée de la violence (les
disputes, les insultes puis les coups),
l'enfer quotidien ponctué de quelques
accalmies. " Pendant vingt ans, on a vécu
avec deux personnes différentes : mère de
famille normale, gentille, et à côté un
monstre ", raconte Bernard. Parfois
aussi l'illusion d'une issue possible avec
la venue d'un enfant dans le couple...
Ce processus
quasi immuable, Claudine Gachet, thérapeute
et fondatrice à Genève de l'association Face
à face, le connaît bien. En écho aux
différents témoignages, elle apporte un
éclairage passionnant, notamment sur le
profil de ces femmes, victimes de la
violence physique et-ou psychologique de
mères dysfonctionnelles et qui, à l'âge
adulte, dévalorisées, débordées par leurs
multiples rôles (mère, épouse et salariée),
retournent cette violence originelle contre
elles-mêmes et contre leurs conjoints.
Des conjoints
d'autant plus démunis que leur parole -
lorsqu'ils réussissent à surmonter leur
honte ou leur réticence à témoigner contre
leur compagne qu'ils aiment malgré tout -
n'est guère entendue dans les commissariats
ou par les juges. " Ce n'est pas dans les
moeurs, explique tristement Bernard.
L'idée des gens, c'est que cela n'est pas
logique, donc ça n'existe pas. "
Christine Rousseau
" Détruire, disent-elles ", mardi 13
no-vembre à 22 h 15 sur France Culture
A retrouver sur le site de France Culture
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/sommaire/
Le Monde 13-XI-07