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«Vanvini, vanmennen »


 

par Pierre Pinalie

Ces deux mots semblent avoir pour traduction, en français : « étranger ». Il s’agit, en effet, de celui que le vent a amené dans un pays où la majorité des ancêtres a été, elle aussi, amenée par le vent à l’époque criminelle de la Traite. Aujourd’hui, le bateau a été remplacé par l’avion, et sur ce dernier, le siège assez coûteux est libre à la vente dans les deux sens, soit vers la Martinique, soit vers l’hexagone français, plate-forme coloniale aux yeux de certains.

« Rentre chez toi ! »

Et dans la période où la violence politique sarkozienne cherche à rejeter par charters entiers tous les immigrés arrivés en France, clandestinement et même légalement, il est parfaitement normal et louable d’essayer de défendre et de protéger ceux qui résident et travaillent en Martinique, et qui sont venus de l’extérieur. Mais c’est là que se pose le problème de savoir quels sont les « vanvini » dans l’ensemble martiniquais. Dans la période actuelle où les militants actifs et honnêtes, y compris les « droits-de-l’hommistes » se battent pour défendre les Haïtiens, les Sainte-Luciens et les Dominiquais, on peut tout de même se poser la question de savoir ce que représentent ceux qui ne viennent pas de ces pays, ceux qui, par exemple, viennent de France et qui débarquent ici eux aussi poussés par le vent.

En particulier, certains grossiers personnages aussi incultes que puérils malgré leur grand âge dénoncent en permanence l’arrivée de plus en plus massive de non-Martiniquais en Martinique, et critiquent avec une rare vulgarité la peau rose des « venants d’ailleurs ». Et il semblerait que ces radoteurs séniles voient dans cette arrivée de « vanvini » un carcan institutionnel qui les étouffe, et une ingérence dans les affaires intérieures de « LEUR » pays. D’autres ont l’audace de dire à un Africain, journaliste compétent » : « Rentre chez toi, nègre à blancs ! », et on est en droit de se demander comment de tels propos peuvent être tenus. En effet, en France, un universitaire a pu être suspendu pour avoir nié l’existence des camps de concentration, et pour s’être répandu en discours antisémites. Et peut-être est-ce pourquoi l’emploi du terme « vanvini » recèle un certain fond de racisme.

Le « vanvini » est-il un élément inutile qu’il faut repousser ? La naissance sur place est-elle une garantie de valeur et de qualité ? Les relents contenus dans le terme sont assez proches des proclamations condamnables d’un Le Pen en France, et la crainte d’une « caldochisation » du pays provoquée par l’arrivée de ces immigrés métropolitains ressemble étrangement à une forme de nationalisme ethnique. Parler de « caldochisation » est une volonté pas toujours très honnête de dénoncer les blancs qui vivent ici comme s’ils n’étaient que de vils exploiteurs méprisants et racistes. Certes, il y en a forcément parmi eux certains qui ne sont guère innocents, mais vouloir les expulser tous est un comportement de complexés cherchant à grignoter une parcelle de pouvoir.

« Nos ancêtres les Gaulois »

Peut-être y a-t-il aujourd’hui une importante arrivée de « vanvini » en Martinique, mais que penser alors du nombre important de Martiniquais qui vivent et travaillent en France ? En dehors des agents hospitaliers, des postiers et des policiers, n’y a-t-il pas aussi de grands patrons de médecine, de grands journalistes, de nombreux entrepreneurs, des hommes et des femmes politiques, des ingénieurs, des universitaires, des fonctionnaires ? Sont-ils là-bas des « vanvini », ou ne sont-ils pas plutôt d’excellents citoyens utiles au pays et heureux d’y résider ? Et même si l’on se plaint à juste titre du comportement méprisant de certains habitants de l’Hexagone, qui va venir prétendre que Paris est une ville exclusivement blanche ? On peut même aller jusqu’à dire que l’Hexagone est un territoire peuplé de « vanvini », ce qui est un modèle de démocratie.

Il y a quelques années, la Librairie L’Harmattan avait publié un ouvrage remarquable intitulé humoristiquement « Nos ancêtres les Gaulois », et qui était en fait un annuaire portant sur plusieurs siècles, et qui avait répertorié des milliers de personnages importants, savants, reconnus, décorés et admirables, qui tous étaient d’origine étrangère venus de tous les continents et de toutes les ethnies. Donc, si la France s’est ainsi constituée, pourquoi la Martinique devrait-elle s’enfermer aveuglément dans un « monoethnisme » étriqué ? Car, une fois pour toutes, si le pays Martinique est libre de son avenir et de son statut, qu’il s’agisse du maintien de la départementalisation, d’une forme d’autonomie ou même de l’Indépendance, jamais l’enfermement raciste ne pourra garantir un bel avenir. Les « vanvini » ainsi appelés par les universitaires cultivés, ou les « venants d’ailleurs » ainsi nommés par certains imbéciles, pourront toujours apporter une aide positive à ce pays qui est le « nôtre ». Et ce pronom possessif a été choisi avec amour par un « zorey a pat kochi », par un pauvre blanc à la peau rose qui ne pourra jamais tolérer les intégristes, les fascistes, les racistes, les névrosés sadiques, les cacochymes agressifs et les escrocs pseudo-intellectuels.

 

Pierre Pinalie