«Nous, acteurs de la
lutte, savons ce qu’il faut faire : décider
et agir»

Par ERIC FAVEREAU
«Nous avons aujourd’hui les moyens de faire
régresser l’épidémie de VIH en France par
des politiques globales et des stratégies
ciblées sur les groupes de personnes les
plus concernés par la transmission du virus.
Face à ces potentialités, les pouvoirs
publics restent dans l’indécision et
diffèrent la mise en œuvre d’une politique
courageuse capable de faire régresser
l’épidémie. Ils font perdre du temps à la
lutte contre le sida. Or aujourd’hui, nous,
acteurs de cette lutte, savons ce qu’il faut
faire : décider et agir !
«Traiter, c’est soigner ; traiter, c’est
prévenir ; traiter, c’est d’abord dépister.
Il s’agit donc avant tout de dépister et
traiter plus précocement et plus
intelligemment.
«Dépister : préserver le caractère
volontaire du dépistage, proposer à chacun
d’être testé au moins une fois dans sa vie,
et aux populations fortement exposées de se
dépister régulièrement. C’est un changement
de paradigme que les professionnels de santé
et les individus sont capables d’entendre et
de mettre en œuvre.
«Soigner : on dispose aujourd’hui de
traitements efficaces, qui permettent de
réduire considérablement la transmission du
VIH, tout en améliorant la qualité et
l’espérance de vie des personnes atteintes.
Mais le stigmate des personnes séropositives
n’a pas disparu. Il convient donc de
soutenir les personnes vivant avec le VIH
dans tous les aspects de la vie, de
renforcer leurs droits, de garantir à tous
une prise en charge de qualité au long cours
et de soutenir les associations de personnes
atteintes : tout ceci est d’utilité
publique. Nous avons tous intérêt à ce que
les séropositifs aillent bien.
«L’épidémie de VIH est désormais
relativement contenue dans la population
générale et de vraies politiques de santé
sexuelle et reproductive, notamment chez les
jeunes, permettront de maintenir ou
d’améliorer cette situation. Elles manquent
toujours. Parallèlement, quatre types de
populations ont besoin de stratégies fortes
avec une réelle concentration des ressources
:
- Les gays : il faut susciter et soutenir
l’innovation dans l’action communautaire -
particulièrement dans le champ du dépistage
et de la prévention - pour transformer les
pratiques sexuelles dans le sens de moins de
risque, implanter les centres de santé
sexuelle gay ou LGBT, poursuivre la lutte
contre l’homophobie et la lutte pour
l’égalité des droits.
- Les migrants originaires d’Afrique : il
faut cesser les politiques et les discours
de stigmatisation et de criminalisation des
immigrés, qui les éloignent de la prévention
et des soins, renforcer les programmes
ciblés, garantir l’accès au dépistage, à la
médecine et aux traitements, y compris dans
le cadre de l’aide médicale de l’Etat, et
soutenir les communautés pour lutter contre
les discriminations des séropositifs en leur
sein.
- La Guyane : il faut tenir enfin compte du
contexte d’épidémie généralisée et du
caractère artificiel des frontières. Mettre
en place des services innovants allant au
devant d’une mosaïque de communautés pour
atteindre toutes les populations. Renforcer
les services sociaux et de santé et rendre
effectif l’accès aux droits pour assurer la
continuité de la prise en charge.
- Les usagers de drogues : il faut oser une
politique de promotion des droits quand les
politiques répressives limitent les
potentialités de la prévention. Il faut
continuer et renforcer la réduction des
risques pour que les acquis de la lutte
contre le VIH profitent également à la lutte
contre le virus de l’hépatite C. Bref,
réaffirmer le primat de la santé sur la
répression.
«Enfin, dans un contexte mondialisé,
l’épidémie ne pourra régresser sans
l’adoption d’une politique globale de
prévention, d’accès aux soins, d’accès aux
droits et de promotion des droits des femmes
et des minorités, gays et trans en
particulier. La France doit donc maintenir
un engagement international fort :
poursuivre sa contribution auprès du Fonds
mondial, accroître les moyens de la
recherche française et plaider fermement
pour un accès universel aux traitements et à
la prévention. C’est aussi plaider pour la
révision des conventions internationales sur
les drogues et pour un meilleur respect des
droits des personnes séropositives dans le
monde.
«Chaque année d’une politique publique qui
hésite se traduit en France par plusieurs
milliers de nouvelles contaminations VIH.
Cette tergiversation est d’autant plus
incompréhensible qu’on sait aujourd’hui avec
précision quelles mesures mettre en place
pour réduire de façon drastique la
transmission du VIH. Il est maintenant de la
responsabilité des pouvoirs publics d’agir
sans plus tarder.»
Premiers signataires
Chercheurs en science sociales : Nathalie
Bajos, Benjamin Coriat, William Dab,
François Dabis, Didier Fassin, Didier Jayle,
Jean Paul Moatti, France Lert, Geneviève
Paicheler.
Cliniciens-chercheurs : Cédric Arvieux, Eric
Billaud, Dominique Costagliola, Pierre-Marie
Girard, Christine Katlama, Jacques Moreau,
Jade Ghosn, Erik de Mautort, Thierry May,
Yves Levy, Marialuisa Partisani, Gilles
Pialoux, Thierry Prazuck, Pascal Pugliese,
David Rey, Christine Rouzioux.
Personnalités du monde associatif : Bertrand
Audoin, Elisabeth Avril, Patrick Beauverie,
Pierre Berton, Joelle Brunerie Kauffmann,
Claire Bougaran, Emmanuelle Cosse,Donald de
Gagné, Daniel Defert,Camille Cabral, Carinne
Favier, Eric Fleutelot, Gaëlle Krikorian,
Pierre Lascoumes, Didier Lestrade,
Christophe Martet, Alain Molla, Philippe
Mangeot, Fabrice Olivet, Georges Point, Jean
Luc Roméro, Béatrice Stambul, Guy Sebbah,
Michel Ohayon, Christian Saout, Bruno Spire,
Arnaud Weisse…