Une liste noire des gays au Saint-Siège ?
Liaisons
dangereuses au Vatican
Chargé de traquer
les homos au sein de l'Eglise, Mgr Stenico,
pris lui-même en plein flirt, menace de
sortir ses dossiers
Monseigneur
Tommaso Stenico s'est barricadé chez lui, à
deux pas du SaintSiège. Avec sa soeur, venue
à son secours. Un goût pour la discrétion
tout nouveau chez ce séduisant prélat de 60
ans - mais qui n'en fait pas plus de M),
plutôt connu pour son exubérance, ses
relations avec les puissants, ses
apparitions en BMW blanche et ses grands
chapeaux à bords relevés. Décrit comme un
ambitieux, il a l'habitude de parader l'été
à Passoscuro, sur la plage branchée des
«religieux qui comptent», et le reste de
l'année à la télévision, où il présente la
catéchèse sur Telepace.
Seulement, le 1er octobre
dernier, sur une autre chaîne, La7, ce n'est
pas des sermons qu'il déclame, mais sa
flamme pour un jeune homme rencontré sur le
Net. «Je suis un homosexuel actif, et je
ne me sens pas dans le péché», lui
dit-il. Plus grave, il affirme que de
nombreux collègues dans la cité romaine ont
des pratiques identiques, mais savent rester
discrets. Pour lui, c'est raté. Malgré une
voix transformée et un visage flouté, Mgr
Stenico est immédiatement reconnu et
suspendu. Trahi par son mobilier. Il a
commis l'erreur de recevoir son invité d'un
soir à son bureau du Vatican !
Un secret de polichinelle, l'homosexualité
chez les curés ? Peut-être. Mais le scandale
éclabousse cette fois un inquisiteur de
l'Eglise. Stenico n'est autre que le chef de
service de l'éminente Congrégation pour le
Clergé, censée justement «traquer» l'homo
dans l'oeuf, au sein même des séminaires.
Benoît XVI a initié une véritable «chasse
aux gays» en 2005. Conservateur affiché,
Stenico se voulait le fer de lance de cette
croisade pour la «purification» de
l'institution romaine.
Au lieu du mea culpa attendu, il
contreattaque. Dans la lettre de défense
qu'il aurait envoyée le 14 octobre au
cardinal Claudio Hummes, il dénoncerait
l'état de «dégradation morale» du
Saint-Siège. Presque une menace de chantage.
Car il détiendrait une «liste noire» des
prêtres et évêques homosexuels de la curie.
Des dossiers méticuleusement accumulés alors
qu'il exerçait des fonctions de psychologue
au centre d'assistance médicale du Vatican.
Leur publication ébranlerait la maison de
saint Pierre.
Sur le fond de l'affaire, il admet être
l'homme de la vidéo, mais nie son
homosexualité. Il avance, pour se justifier,
un scénario passablement rocambolesque. Il
aurait voulu, affirme-t-il, jouer les Mata
Hari en soutane et se faire passer pour
«un voleur parmi les voleurs» afin de
mener sa propre enquête.
Depuis, il s'est muré dans le silence.
«Nous nous sommes mis d'accord avec ma
hiérarchie sur ce que nous voulions dire Je
ne parlerai plus», a-t-il déclaré au
«Nouvel Observateur». Il encourt le
bannissement. En attendant son procès devant
un tribunal ecclésiastique, il doit méditer
sur les signes de la Providence. L'émission
qui a mis le feu aux poudres, présentée par
la grande copine de Monica Bellucci, la
bomba Ilaria D'Amico, portait un nom sans
doute prémonitoire pour le padre : «Exit».
Marie Lemonnier
Le Nouvel Observateur n
° 2243 du 01-XI-07
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