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Maryse
Condé en Suède la virulente réalité des
Antilles françaises
par Maxette Beaugendre-Olsson
Je
suis dans un drame intérieur qui me
chavire. Maryse Condé est de
première dans tous les journaux
suédois littéraires (ou pas) qui se
gorgent de ses interviews dus à la
traduction de “La traversée de la
mangrove” où la brutale réalité aux
Antilles françaises explose comme un
méchant volcan vomissant sa lave
brûlante dans la vasque de
l'humanisme éthique nordique. Apa
kouyounad. Lorsque je lis en suédois
qu'aux Antilles, être écrivain ne
signifie rien pour les Antillais et
qu'ils font tout pour vous
décourager, ceci dû à leur mentalité
défectueuse, à l'heure qu'il est où
“La parole s´en va, mais l´écriture
reste” plus que jamais dans
l´univers cyberspace ou littéraire,
j'ai honte. A pa jé hon! Surtout que
pour la première fois, on vient
d´ouvrir un parcours touristique de
charter Suède-Guadeloupe. Mi déba
anbabakaka! Voilà débat ! Moi qui
donnais des conférences sur les
Antilles “Tout le monde il est beau,
tout le monde il est gentil”, je
reste croix-sur-bouche car on ne
contredit pas les grandes personnes
comme Madame Condé. Honneur et
respect ! Et encore, elle dénonce
hautement et sans embâcle, les
tueries, les viols, les méchancetés,
la fainéantise et les vols de chez
nous. D´accord ! L´argument est que,
sé pa nou ki pòté lanmod´ soit cela
ne se passe pas seulement aux
Antilles françaises, mais entre
nous, la vérité est une épée de
Graal, Damoclès, Durendal, Excalibur,
kisasayé, qui fait mal, parce que
toutes les fois que mes copines
suédoises qui elles lisent
attentivement, prennent le temps de
me découper les articles pour me les
envoyer par la poste, cela me fait
voum! dans la poitrine. Tellement
voum! que pour une fois je comprends
pourquoi les chanteurs et chanteuses
de zouk pleurent et se lamentent
comme des hulottes. “Ou fè mwen
mal”. "Tu m´as fait mal". Ma manie
de prendre à cœur les actes des
miens et ce qui se passe dans mon
pays, alors que je foule à peine le
sol de mon pays en sachant que sur
cinquante-sept ans, an ka kalkilé,
je suis partie depuis quarante et un
ans soit trente ans en Suède où
j'ai fui cette réalité antillaise
enfouie dans la neige où j´ai
congelé mes larmes, glacé mes
sanglots et givré mes meurtrissures
parfois sous -50 degrés. Sésa. Pour
laisser les tropiques et choisir de
se réfugier toute seule, sans
famille, sans amis à -50 en pleine
jeunesse, il faut être dans un
complet choukoultann
(embrouillamini). Je préférai
marcher sur l´eau que charrier l´eau
dans un panier. Ka-w vlé fè, est le
soupir de compassion créole s´il
vous plaît !
"Sé
kouto tousèl ki sav say ka pasé an
kyè a jiromon". Seul le couteau sait
ce qui se passe dans le cœur de la
citrouille. Ressentir la honte
dévoile le déshonneur. Le déshonneur
est une perception émotionnelle de
l'ego et du mental au paroxysme. Un
état qui débride la rage, mais ce
déchaînement grâce à Dieu révèle la
contrition qui guide à l'éveil et la
résurrection de la dignité. L'aveu
de Maryse Condé de ce que j´ai passé
ma vie à nier et refouler solidement
par doudouïsme ou par survie
psychique, me bouleverse et me
dépite. La vérité est comme l´huile
dans l´eau. Elle remonte toujours à
temps. Madame Condé dit déménager
prochainement et définitivement de
la Guadeloupe, car ce pays est
devenu invivable, ce que j'écoute
trop souvent en me bouchant les
trous d'oreilles pour ne pas
entendre "Péyi la bèl, mé sé moun-la
mové". Le pays est beau, mais les
gens sont méchants, comme s´ils
parlaient des autres qu´eux-mêmes.
Oui!
Dire que j'ai déjà écrit sur tous
ces sujets sans le publier. J´ai
écrit un livre en cachette comme je
dus le faire dans mon enfance pour
ne pas entendre “Ay chèché on travay
pou-w fè fengnan!” “Fainéante !
Arrête de paresser !” ou ”Si tu veux
écrire, trouve toi du travail dans
un bureau.” Je me suis ensevelie
trois ans, isolée et affamée dans un
faubourg de Stockholm pour me
consacrer à l´écriture qui
ventilait le courroux qui menaçait
ma santé et l´harmonie nécessaires
au seuil de la période de sagesse
qui précède la mise en poussière,
parce que je me suis souvent sentie
responsable de la misère mentale et
morale de mon île. Un livre que
personne n´a lu, aussi enterré dans
un secrétaire pour ne pas avoir à
dévoiler ma détresse de négresse au
peuple suédois, mais quel fardeau de
culpabilités ! Je dus pourtant le
porter comme des cornes de cocue,
sans plier et sans ciller à dessein
de mieux pardonner ceux qui m'ont
violé moi et mon fils aujourd´hui
assujetti. Pardonner ceux qui nous
ont fouetté, ceux qui nous ont
molesté, dénigré, maltraité... Que
de fois j'ai été tentée de blâmer
l'esclavage, les blancs, le racisme,
toute ma race ou la sorcellerie!
Dans le désespoir et le désarroi, il
y a trois choix : celui de trouver
un bouc émissaire, celui de se
battre le plexus à coup de mea
maxima culpa ou celui de se
pardonner son inconscience.
“Pardonner ne guérit pas de bosse”
est le dicton créole. Bosiko, bosiko,
da-w da-w. Pa mangné bòs an mwen. Ne
touche pas à ma bosse, est le
refrain.
Ma
guérison est dans le processus et la
conviction de mon impuissance à
changer le passé, elle est dans la
petite voix d´un ami Gérard Dorwling-Carter
qui chuchote "Les méchants ont
beaucoup plus besoin d'amour" . Elle
est dans l´encouragement de M.
Raphaël Confiant de kyenbé rèd. Elle
est dans le "Bon courage!" de ma
Tantante. Pardonner c'est être bien
dans l´univers où que je sois,
lorsque je le suis. Pardonner c´est
récupérer mon pouvoir, c'est-à-dire
ne pas tenir les tourmenteurs quels
qu´ils soient responsables de mes
expériences. Pardonner c'est me
pardonner à moi-même de ne pas assez
reconnaître le pouvoir de la vie,
Dieu ou du souffle divin en moi, en
eux, en tous. Tous ces êtres humains
qui n'ont pas conscience de leur
esprit ki kay pli vit ki kò, ce
précieux proverbe spirituel créole.
Ce pourquoi, j'ai jusqu´ici choisi
de propager le meilleur esprit des
pays qui m´ont éduqués. De la France
j´ai gardé le cérémonial de la cour,
l´amour des belles lettres
littéralement, la magie de la
représentation de la parole et de la
pensée qu´est l´écriture, le mérite
de la littérature, la coquetterie,
l´art du parler brillant et ne rien
dire... De la Suède ? Je recueille
la quiddité de l´organisation, le
respect de la ponctualité, le sens
du travail quotidien qui régénère la
liberté de se métamorphoser, la
puissance du silence et la sainteté
de la solitude. Des Antilles j´ai
hérité la joie divine qui n´a pas
son contraire, cette jubilation
malgré tout, la simplicité
sophistiquée, la créativité du
débouya-pa-péché, les belles
manières créoles des fanm tonbé na
janmé dézèspéré de la cour qui ne
dort pas, la serviabilité, le
courage, la force, la foi, la
volonté dont le moteur est la
décision, la fierté... “Semper
pulcher esto” “La fierté d´abord”
est la devise de l´emblème de ma
famille maternelle : Beaugendre.
Zòpédisa !
Ma
bonne foi est la noblesse oblige à
admettre l'évocation implacable de
Maryse Condé : je ne suis pas
seule.
Merci
madame ! Ka-w vlé fè ?
Maxette Beaugendre-Olsson, le 23-X-07
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