Pourquoi
il faut voter pour la liste conduite par
S. LETCHIMY
par Max
AUGUIAC
Dimanche prochain il y aura trois listes
en présence : la liste des « patriotes
martiniquais et sympathisants » conduite
par Alfred Marie-Jeanne, la liste
« rassembler la Martinique » emmenée par
André Lesueur et enfin la liste «
ensemble pour une Martinique nouvelle »
animée par Serge Letchimy. C’est
incontestablement cette liste qui me
paraît le plus correspondre aux attentes
des Martiniquais et qui en tous cas me
semble la plus à même de s’adapter à nos
préoccupations.
La prise en compte
réelle des questions économiques………et
par conséquent sociales !
S’il est une constante
dans la politique martiniquaise c’est
bien la non prise en compte des
questions économiques : nous raisonnons
tous comme le général de Gaulle qui en
son temps avait déclaré « l’intendance
suivra « en réponse à des arguments de
nature économique avancés par des
opposants ( voire des partisans ) ; si
cette réponse avait paru pleine de
superbe et pour certains d’entre nous
légèrement ridicule, elle concernait la
quatrième puissance mondiale ( à
l’époque) un pays dont l’agriculture
était relativement performante,
l’industrie parmi les plus développées
au monde, la première destination
touristique, un pays qui grâce à ses
atouts pouvait faire face aux
soubresauts mondiaux. Il n’en est bien
sûr pas de même pour une île de la
Caraïbe de 1000 km2 et 400 000 habitants
ne possédant , dans l’état actuel de nos
connaissances, aucune richesse
significative de son sous-sol . Donc un
pays qui devrait toujours avoir à
l’esprit une claire conscience de ses
véritables capacités.. Les personnes
présentes sur la liste de S. Letchimy et
en tout cas bon nombre d’entre elles ont
exprimé à plusieurs reprises des
préoccupations économiques et un désir
de développer un certain nombre de
secteurs pour créer des emplois,
le leitmotiv de la plupart des membres
de cette liste. Ils ont tous
conscience que c’est à la condition
d’avoir une économie florissante qu’on
peut espérer améliorer la situation des
salariés, créer des emplois etc…l’économie
conditionne le social et non l’inverse !
Le tourisme
revendiqué….enfin !
La classe politique
martiniquaise dans son ensemble, à part
quelques personnalités , a toujours
traité le tourisme avec dédain ( comme
Fidel Castro au début, quand l’URSS
apportait une aide significative à Cuba)
, pour des raisons qu’on pourrait
qualifier d’idéologiques mais aussi par
simple prudence ( ou lâcheté ?
l’activité ayant pendant longtemps été
très critiquée par nos ayatollahs
intellectuels . La création du Comité
Martiniquais du Tourisme m’avait donné
l’occasion d’écrire aux principaux
responsables du tourisme ( présidents
des deux assemblées et directeurs des
deux entités concernées) pour leur faire
remarquer que déterminer le nombre
d’employés de ce comité sans en avoir au
préalable défini les missions était une
démarche complètement irrationnelle .
L’absence de réponse à mon courrier, si
ce n’étaient des réponses de pure forme,
m’avait convaincu que l’activité ne
faisait toujours pas partie de priorités
du Conseil Régional et ensuite quand
j’ai connu les locaux du Comité
Martiniquais du Tourisme j’en ai eu la
preuve : un local en sous-sol, excentré,
comme si on en avait honte ! Aujourd’hui
nous avons une liste qui annonce
fièrement qu’elle donnera toute son
importance au tourisme, cette activité
qu’aucun pays au monde ne néglige : J’ai
coutume de citer à ce propos le pays de
Fidel Castro : j’ai en mains un rapport
du « comandante » sur l’économie
cubaine au temps de sa gloire (et de
l’aide soviétique) , rapport où les
questions relevant du tourisme étaient
expédiées en dix lignes ! aujourd’hui le
tourisme est l’une des plus importantes
sources de devises du pays ! la liste
animée par Serge Letchimy comprend au
moins un ancien président de l’ARDTM (
Agence Régionale du Développement du
Tourisme) ainsi que la présidente du
tourisme de croisière ! sans compter les
différentes autres personnes qui
manifestent de l’intérêt pour cette
activité que le programme de la liste
présente d’ailleurs comme une des
locomotives du développement économique
de la Martinique.
L’attachement à la
démocratie
C’est une autre
caractéristique de la liste « ensemble
pour une Martinique nouvelle » : tous
les membres de cette liste proclament
leur attachement à la démocratie et leur
désir de changer les méthodes de
fonctionnement du Conseil Régional et
d’abord le mode de scrutin pour
l’élection de ses membres à l’avenir.
Tous réprouvent le scrutin de liste à la
proportionnelle avec sa fameuse prime au
premier sorti qui amplifie les victoires
( et par conséquent les défaites) ce
scrutin qui paraît, en théorie,
équitable car permettant aux minorités
d’exister a en fin de compte
l’inconvénient , dans le cas précis de
la Martinique, d’aboutir au résultat
suivant : un homme qui, ayant mis
certaines personnes sur sa liste, peut
agir en monarque absolu car les gens qui
sont sur sa liste lui doivent leur
place. Edouard de Lépine nomme à juste
titre ces personnes des élus sans
électeurs ! l’état d’esprit de Serge
Letchimy est tout autre car il propose
pour la collectivité unique à venir un
mode de scrutin qui fera une place à la
représentation territoriale et ces
nouveaux élus auront des électeurs et
une légitimité …….et un autre poids ! la
liste « ensemble pour une Martinique
nouvelle » comprend des maires qui sont
à la tête de mouvements politiques et on
peut être certain que l’écoute et la
prise en compte des avis des uns et des
autres sera dorénavant le mode de
fonctionnement de la nouvelle région en
cas de victoire de S. Letchimy et de ses
colistiers. Je rappelle que l’actuel
président de la région est attaché au
mode de scrutin à la proportionnelle qui
lui convient parfaitement . J’ai eu
l’occasion de le lui dire lors d’une
courte conversation à l’aéroport,
conversation qui avait commencé de
manière amicale et à laquelle il avait
mis fin avec brusquerie d’une manière
qui avait fait que les gens me
regardaient avec étonnement ! se
demandant probablement ce que je pouvais
lui avoir dit pour le fâcher ainsi !tout
le monde sait maintenant qu’il se fâche
vite ! tous les familiers de la région
savent que ce qu’éprouvent les élus et
le personnel vis à vis du président de
la région n’est pas seulement du
respect !
La gestion ?
quelle gestion ?
Les textes prévoient
très clairement que les questions
économiques relèvent des régions . Il
est évident qu’avec un budget de
quelques centaines de millions d’euros
la région ne peut pas tout faire
mais les sommes dont elle dispose sont
suffisantes pour impulser, encourager,
dynamiser et orienter certains
secteurs ; Comment comprendre
qu’une région dont les dirigeants sont
indépendantistes n’ait pas opté
délibérément pour les énergies
renouvelables et n’ait pas recouvert
tous les bâtiments dont elle a la charge
de panneaux photovoltaïques ? la
Martinique devrait être en pointe dans
ce domaine. Aucune région française ne
devrait nous précéder dans ce domaine !
La région paie ses
fournisseurs et ses dettes avec une
régularité que tout le monde reconnaît
mais est-ce suffisant pour parler de
bonne gestion ? où sont les
investissements capables de générer des
emplois ? une collectivité n’est pas un
foyer où le chef de famille essaie de ne
pas avoir trop de dettes car en cas de
décès par exemple il craindra de mettre
sa famille en difficulté mais est-ce
pareil pour une collectivité ? .
L’endettement de la région Martinique
par habitant en 2009 est de 29,2 euros
contre 223,1 euros en moyenne en France
métropolitaine ! est-ce une bonne chose
alors que le chômage est de l’ordre de
25% en Martinique ( je rappelle par
parenthèse qu’il était descendu à 22%
avant le mouvement de février 2009).
Quel est le pays
le plus indépendant, Saint Barth ou
Haïti ?
Ce titre peut
paraître incongru et il l’est en effet
puisque tout le monde sait que Haïti,
après une victoire durement acquise sur
l’une des meilleures armées du monde de
l’époque est indépendant depuis 1804 et
que Saint-Barth n’est pas indépendant
mais est simplement une collectivité
territoriale régie par l’article 74 de
la constitution de la République
Française ; donc formellement
Saint-Barth ne peut soutenir la
comparaison avec Haïti et pourtant !
alors qu’Haïti ( avant le tremblement de
terre) dépend de l’aide internationale
pour ses investissements, son
fonctionnement et même sa sécurité
Saint-Barth ne bénéficie presque d’aucun
service fourni par la métropole si on
excepte la fourniture de gendarmes et de
douaniers ( que l’île pourrait
d’ailleurs payer si elle en avait l’obligation).La
loi organique LO 6214-3 prévoit des
compétences en matière d’impôt,
d’urbanisme, de circulation routière et
maritime, de voirie, d’environnement,
d’accès au travail des étrangers,
d’énergie, de tourisme etc…bref toutes
les prérogatives de l’autonomie sauf les
pouvoirs régaliens ( armée , police,
monnaie, affaires étrangères, douanes )
. De plus une délibération du Conseil
Territorial en date du 8 octobre 2009 a
initié la procédure de retrait de
Saint-Barthélemy du territoire de
l’Union Européenne ! tout ceci
dans une île qui n’a jamais milité pour
l’indépendance ni même l’autonomie !
mais qui s’est patiemment donné
les moyens de s’assumer, qui
maintenant par la bouche du président de
la collectivité envisage l’avenir avec
sérénité ! je pense à mes étudiants de
l’Ecole Normale Supérieure d’Haïti (à
Port au Prince) qui devant moi, parlant
librement en créole ( pensant peut-être
que je ne les comprenais pas)
discutaient de la situation de leur pays
et l’un des leurs soutenait que le
véritable président du pays était , et
là il prononçait au lieu de René Préval
un nom à consonance espagnole ……..le
chef de la MINUSTAH !
Je (re)voterai pour
la liste « ensemble pour une Martinique
nouvelle » car je ne souhaite pas que
notre pays continue de ne pas être à la
hauteur de l’espérance de sa jeunesse,
de ses chômeurs et de ses laissés pour
compte.. J’ai personnellement de
l’ambition pour notre pays, pas cette
ambition de la voir dirigée de manière
autocratique, sans idées novatrices,
sans dynamisme, sans imagination mais
afin qu’elle retrouve le chemin du
progrès et de la confiance et qu’elle
s’ouvre au monde….et pas seulement au
monde antillais (que j’ai la prétention
de connaître plutôt bien ) mais au delà
à ce vaste monde dont nous sommes
largement issus.
Max AUGUIAC
Fort de France le 16
Mars 2010

D’UN CWTC A L’AUTRE
Par Dominique DOMIQUIN
« L’agenda politique et
l’agenda social obéissent à deux
logiques distinctes. Lorsque ces deux
agendas concordent, c’est la
Révolution ! ». Au regard du résultat
des régionales du 14 mars 2010, cette
phrase du politologue Julien Mérion est
pertinente. Seulement… Cette élection
n’aurait-elle pas réellement débuté le
20 janvier 2009 ? On connaît les leaders
officiels de la grève de 2009, mais la
rumeur (qui a lourdement pesé dans le
vote du 14) prétend qu’il y en aurait eu
d’officieux, et pas des moindres… Info
ou intox ? Cette campagne électorale ne
s’achèvera-t-elle pas par notre OUI
tièdasse à l’assemblée unique ?
Bon, oublions que la
France Hexagonale ou les Métros de
passage nous regardent, fermons les
persiennes, tirons les rideaux et
causons chwi-chwi-chwi entre
NOUS. Je veux dire entre Nègres,
Indiens, Syro-Libanais, Blancs Pays et
Békés de toutes classes sociales ou
bords politico-idéologiques. Tentons de
voir par-delà l’omerta d’une île sourde
à elle-même. D’ailleurs, Monsieur le
Prefet, si par inadvertance ce texte
parvenait jusqu’à vous, considérez que
ce qui suit n’est que le délire d’un
ababa resté trop longtemps au
soleil. Vraiment pas de quoi fouetter un
iguane.
Depuis que la Guadeloupe
est française, excepté durant l’intérim
des anglais ou celui du vilain Magloire
Pélage, le pouvoir central de l’Hexagone
décide du cadre à l’intérieur duquel
nous jouons notre partition. Le Noir
guadeloupéen, depuis son implantation de
force sur notre île, n’a cessé de lutter
pour faire reconnaître à la France
Esclavagiste puis Coloniale, son statut
d’Homme, puis de citoyen français à part
entière. Ça n’a pas été de la tarte. Le
droit de vote, nous l’avons arraché et,
n’en déplaise à certains (Noirs ou
Blancs d’ici ou d’ailleurs), nous ne
somme pas près d’y renoncer. Même quand
le goutte-à-goutte diminue pour cause de
crise mondiale, on sait tous que c’est
temporaire.
Plutôt que de chercher
des oppositions, des contradictions
entre le mouvement social d’Elie Domota
et le MECHANT coup de boule infligé par
Victorin Lurel a tous ses opposants, il
faut bien entendre que c’est le même
peuple qui s’exprime, transmettant sa
force à un homme et la lui retirant
aussi facilement qu’il la lui avait
prêtée. Résultat : Une grève Historique
suivie d’une réélection Historique.
La cohérence semble être
la suivante : Malgré le poids et les
blessures ouvertes de l’Histoire, nous
aspirons à jouer notre propre
toumblak, mendé ou graj
à l’intérieur du cadre républicain
français (ce dernier fut-il chouké
dans l’Europe), tant que le plus grand
nombre peut gratter un max de pépettes.
Le tout en exigeant que cet Etat nous
garantisse l’application au millimètre
du Droit commun, des valeurs
républicaines, la continuité
territoriale, la justice sociale, le
respect de nos spécificités locales, le
monopole EDF à des tarifs défiant toute
concurrence, moins 30% sur les impôts,
j’en passe et des plus cocasses…
Grâce à l’économie de
transfert, une majorité de guadeloupéens
peut vivre largement au-dessus de ses
moyens (quelle que soit sa classe
sociale), Circuler en gwo loto,
stocker an gwo fwigo, croisiérer
en gwo bato, etc. Tant que cette
majorité ne crèvera pas la dalle, si en
plus on reconnaît notre langue, notre
droit à battre monnaie et d’avoir notre
propre drapeau, avec une production
locale ZERO tout en restant français à
part entière, c’est le jackpot !
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait
l’ivresse. Comme nous sommes
terriblement gonflés, nous sentons bien
que cela peut marcher. L’avenir dira si
nous y parviendrons sans y perdre au
minimum… notre santé mentale !
Au risque de lasser, je
réaffirme que nous sommes d’abord un
peuple Pragmatique. Quand je dis
« nous », j’entends TOUT le peuple. Un
peuple par nature tellement méfiant
qu’il se méfie de lui-même mais qui sait
disons… flairer et saisir la bonne
affaire ! Depuis toujours se joue chez
nous un jeu (extrêmement dangereux),
dont les règles tacites n’appartiennent
qu’à nous-mêmes. Ce qui paraît n’« est »
pas vraiment et ce qui « est »
n’apparaît que de manière fugace. Yves
Jégo se souviendra longtemps du bon
kalalou créole infesté de mâles
crabes Blancs et Noirs à gwo modan !
Pauvre bougre…
NOUS, le Peuple, « Pèp
la », dans toutes ses strates, dans
toutes ses composantes, protégeons
farouchement nos acquis sociaux et
cherchons en permanence de nouveaux
avantages matériels tout en refusant que
l’on entame d’un iota notre
guadeloupéenneté, notre caribéenneté,
notre francité ou notre européanité.
Après nous, le Déluge ! Telle est
devenue notre arrogance… Rien ne dit que
nous réussirons ce pari, mais tout tend
à prouver que c’est ce vers quoi nous
tendons TOUS, du Grand Patronat à l’UGTG
en passant par l’avocat, le dentiste, le
marin pêcheur, l’artisan, le jobeur,
l’UAGiste, l’artiste subventionno-engagé
ou même Ti-Sonson. Asi sa, an péké
jen démod !
Entre la Guadeloupe et la
France, les guadeloupéens ont, dès la 1ère
abolition, choisi de ne pas choisir.
Officiellement les Noirs sont
Gwada-Gwada, mais dans les faits ?
Officiellement les Békés sont
Franco-Franco, mais dans les faits ? La
question demeure : Puisque nous ne
voulons pas choisir (non par peur du
lendemain mais bien par certitude ancrée
qu’« on » tente toujours de nous gruger
quelque part !), sommes nous prêts à
payer le prix du non-choix ? Dominique
Coco l’a chanté : « An sé pitit enkyèt a
on ti lilèt enkyèt ».
Nous descendants
d’agriculteurs ayant connu l’exode
rural. Nous qui sommes déjà tant « allés
à leur école ». Nous qui sommes depuis
longtemps devenus, sans vouloir
l’admettre, des « messieurs de la
ville ». Des « messieurs comme il
faut ». Notre français a déjà monté trop
de mornes ! Y compris celui des Flémin,
Desfontaines, Mounien, Gama, Clavier,
Déglas, Makouke, Reinette, Barfleur,
Domota et autres Théodore. Davwa nou
goumé pou sa osi ! Y compris en
2009 ! Il est déjà loin, le temps des
Chopin é dimi Po ! Prétendre le
contraire, c’est Gwan pawad, Ti kou
baton. Il n’y a plus de bossales en
Guadeloupe.
Il y a belle lurette
qu’existe chez nous une grande
bourgeoisie Noire. Il y a nanni
nannan qu’existe un Capital Noir qui
n’investit pas une cacahuète chez nous,
à part pour faire des « coups » en
défisc, mais qui se fait des couilles en
or aux States, en Europe ou en
Indonésie. Comment je le sais ? Parce
que la Guadeloupe est, qu’on se le dise,
un tout petit pays ! Où étaient-ils donc
pendant 44 jours ? Elie Domota a tenu un
discours historique au CWTC en Janvier
2009. Il a eu ce jour là ce que nous
artistes appelons l’Inspiration.
Lokans ! Je suis d’accord avec 70%
des propos qu’il a tenus. Sauf que… i
pa ay an bout.
Alos an ké fèy bay,
davwa konba ay paka pewmet li fè sa. Mé
an sèten an fondouk a kyè ay i ké dako
épi mwen, pas i konnèt pèp ay !
Pourquoi le Syrien ou le Libanais arrivé
pauvre comme Job à l’époque coloniale
s’est-il enrichi en vendant des
casseroles ou des culottes bon marché en
parcourant des kilomètres avec son barda
sur le dos ? Pourquoi l’indien coolie
manjé chyen qui nous a tant fait
rire, en haillons sur son tracteur, avec
ses cinquante enfants dans sa
camionnette bâchée, n’a pas vendu sa
terre mais l’a travaillée rédomawto
jusqu'à bâtir fortune ? Pourquoi c’est
encore le cas aujourd’hui avec les
asiatiques qui nous font tant
ricaner dans leurs échoppes ou leurs
roulottes minables ? Pourquoi ce sera
encore le cas demain avec les immigrés
Noirs Haïtiens et Dominicains que nous
méprisons ? Pouki ti moun a yo ka
réyisi lékol myé ki tan nou ? Les
maîtres de la Guadeloupe aujourd’hui
sont ils des Béké Martinique ou les
multinationales européennes ? Si oui, en
admettant que l’on veuille chasser ces
multinationales, qui donc emploiera nos
bac + 32 avec salaire, évolution de
carrière et la protection sociale qui
suivent ? Non, sérieux ? Ban blag la ?
Sentant confusément que
depuis un an, on le prend pour une
bille, le peuple, loin de vouloir scier
la branche sur laquelle il a mis 150 ans
à s’asseoir, s’épuise à lire à travers
les postures, la fumée, le foin, le
boucan, l’esbrouffe, le brouhaha du
grand, du moyen, du petit patronat.
Celui du politique, celui des syndicats,
celui du LKP, celui des media, celui du
gouvernement… Tous ceux qui cherchent à
séduire, induire ou conduire parce
qu’ils nous aiment tant… Tous les moyens
sont bons. Mais quand vient l’heure du
vote ? Quand le peuple doit choisir à
l’abri des regards réprobateurs ?
One man, one vote. Chaque
homme, femme, élu, pauvre, riche,
patron, chômeur ou syndicaliste pèse
autant que quiconque. Car il sait qu’il
en va de son avenir face aux forces qui
cherchent à conserver le pouvoir ou à
s’en emparer. Le peuple, quitte à se
tromper, vote toujours au mieux de ses
intérêts du moment. Mais qui demande
chez nous au peuple d’assumer ses
choix ? NEANT. Sauf peut-être… Cédric
Cornet !
La grande originalité, la
grande utilité du LKP a été de mettre en
lumière une partie des
dysfonctionnements de notre société. Sa
grande faiblesse fut de ne pas proposer
de voie crédible pour y remédier. Car
cela demandait l’effort de nous regarder
nous-mêmes, TOUS, sérieusement, an
mitan zyé. Nou poko pawé pou sa.
Son ossature idéologique comportait une
impossibilité congénitale à transformer
l’essai sociétal (et plus si affinités)
sur le terrain politique. J’admets qu’on
ne peut pas dénoncer l’Etat Colonial
pipeur de dés et participer à ses
élections ! Ça se tient. C’est cohérent…
Sauf que :
Si il y a une chose que
les indépendantistes doivent retenir de
cette bataille, c’est que l’Etat sait se
rendre intangible et qu’il a tout son
temps. Un bon paquet de temps ! Le temps
par exemple que le peuple réfléchisse à
deux fois. Et chaque seconde qui passe
pèse lourdement en sa faveur. Car
l’Etat, comme le Peuple dans sa
majorité, sont d’accord sur ceci :
On ne peut pas être
fonctionnaire du service Public et
demander au peuple de boycotter les
élections. On ne peut pas être employé
de bureau climatisé et conseiller au
peuple d’aller travailler la terre. On
ne peut pas demander aux autres de tenir
une grève dure lorsqu’on est sûr de
garder son emploi et ses 40% chéris qui
font flamber les prix. On ne peut pas
dénoncer la survivance de pratiques
coloniales sans exiger la suppression de
l’Octroi de Mer qui plombe l’économie
locale. On ne peut pas dénoncer la
société de consommation et exiger de
quoi brûler plus de thunes dans des
couillonnades. On ne peut pas à la fois
dénoncer et réclamer plus d’assistanat.
On ne peut pas demander aux autres de
garder leurs enfants au pays lorsqu’on
envoie les siens faire des études
partout dans le monde. On ne peut pas
demander aux gens d’arrêter de « bourrer
caddie » en continuant pépère a faire
ses courses chez Reynoird ou Hayot… (A
pa moun ki di mwen y, sé mwen menm ki
vwèy an dé zyé an mwen).
On pourrait ainsi noircir
dix pages. Le LKP est devenu un parti
politique qui va en politique anba
fèy. Alors on le vénère ou l’on s’en
méfie, comme de n’importe quel parti
politique. C’est dommage mais c’est
comme ça.
Passons sans plus
attendre au générique de fin de ce
nouvel épisode de « La Baie des
Flamboyants » :
LES GAGNANTS
Victorin Lurel a
apparemment bouclé une boucle lors du
débat bouffon du CWTC. Il est
aujourd’hui l’ani-mâle politique alpha,
le grand carnassier qui se hisse au
sommet de la chaîne alimentaire. On ne
gagne pas deux élections régionales
d’affilée par hasard. Surtout après
l’année 2009. C’est la fin sans appel de
l’ère LMC-Larifla, respectivement
ex-reine mère et ex-faiseur de rois.
Toto Lurel s’est battu et a gagné. Il
convient de respecter cela. Cependant
qu’il soit conscient que la suite est
entre ses mains. La Région Guadeloupe,
il l’a voulue, il l’a eue. Je ne
voudrais pas être à sa place. Qu’il
assume ses choix et garde à l’esprit que
nous tendons manifestement à devenir un
peuple impatient en plus d’être
gourmand.
Jacques Gillot,
l’homme du consensus, mais surtout
l’homme qui dure. Il a des chances de
devenir le boss du GUSR. Il prononcera
sûrement un poignant requiem aux
funérailles politiques de Dominique
Larifla.
Cédric Cornet
semble avoir capté le vote des déçus du
système. Il vole la vedette aux grandes
figures du LKP en prônant travail et
réconciliation.
Harry Durimel qui
naguère soutenait le kalbandaj,
reussit l’exploit de figurer parmi les
garants politiques du système. Il peut
désormais revendre sur e-bay son
mégaphone et sa 205.
Philippe Chaulet et
Gabrielle Louis Carabin ont
considérablement pesé sur la campagne de
terrain. Ils savourent leur revanche sur
LMC, MLP et l’UMP parisien. Reste a
refonder une droite locale…
Pèp Gwadloup, qui
une fois de plus a bien niqué tout le
monde.
LES PERDANTS
Eric Jalton et ses
troupes sont les grands perdants de la
course. Pour ne pas tirer sur
l’ambulance, contentons nous de dire
qu’ils sont allés là où le riz n’avait
aucune chance de gonfler… Veni,
vidi mais pas vici,
c’était bien la peine de franchir le
rubicon.
Blaise Aldo semble
plutôt cuit mais MLP obtient son
mandat local. Mission accomplie. En tant
que pièce lourde de la Sarkostratégie
Outre-Mer, elle devrait conserver son
ministère… pour peu que le LKP fasse des
vagues !
Jeanny Marc
comprend peut-être aujourd’hui qu’elle
ne s’est pas faite toute seule.
Jean-Marie Nomertin,
Alain Plaisir, Eric Desfontaines, Rosan
Mounien, Alain Felix Flémin vont
avoir un mal fou a remobiliser le peuple
avec le Mouvman Nonm et l’UGTG…
Difé kako en perspective !
José Toribio va
tenter de garder sa mairie. Chienne de
vie…
Marlène Mélisse ?
Mais que diable allait-elle faire dans
cette galère ?
Alain Lesueur
gagnerait sûrement à faire semblant
d’être modeste. Enfin, moi, ce que j’en
dis…
Pèp Matnik, si
vous pouviez juste faire quelques
erreurs avec Sarko, ça nous éviterait de
commettre les mêmes. Merci d’avance !
Sans rancune ?
La société guadeloupéenne
nie farouchement avoir encouragé
l’emballement du quadrige
« Décentralisation, Société de Loisirs,
Société de Consommation,
Globalisation ». Ainsi tel « jeune »,
n’ayant pas demandé à naître, n’a aucun
devoir envers la collectivité. Encore
moins envers l’adulte qu’il risque de
devenir. Tel parent se prive sans
compter pour que sa marmaille ait le
superflu nécessaire. Tel chef d’édilité,
de compromis en choses dues, se
verrouille à son siège tel un bougo
sur une caye. Tel journaliste fait ce
qu’il peut, écartelé entre démocratie
d’opinion, pression des annonceurs et
promiscuité syndicalo-politicienne.
L’entreprise est cette boucherie où
s’étripent cordialement patrons et
syndicats. Les commerçants dilatent
leurs prix en remerciant le Ciel pour la
martingale du passage à l’Euro.
Aujourd’hui plus qu’hier,
il est utile de se demander si la
Division n’est pas le noyau dur de notre
Identité. Le NOUS guadeloupéen ressemble
à s’y méprendre à un serpent de mer
chassant désespérément sa propre queue.
Le poids de l’Histoire, sans doute.
L’évidence est que nous vivons DES
réalités personnelles que nous ne
souhaitons pas à élargir au delà d’une
couleur ou d’un clan. Le problème est
que nous ne voulons pas confronter,
amender, raboter, mettre à jour nos
convictions afin de cerner froidement
notre Réel collectif. L’emmerdant est
qu’il y a chez nous pléthore de « Je »
Noirs, Blancs, Roses, Marrons-à-pois et
que sais-je encore.
Dominique DOMIQUIN
Goyave, le 16/03/2010