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dit Mixité? |
Depuis l'entre-deux-guerres, les inégalités
hommes-femmes qui étaient inscrites dans le
droit ont peu à peu disparu : les femmes mariées
ne sont plus frappées d'incapacité civile depuis
1938, elles peuvent voter depuis 1944 et ont
obtenu l'égalité dans le mariage au fil des
années 1960 et 1970. " Mais l'égalité
juridique formelle ne parvient toujours pas à
défaire les discriminations dont les femmes
continuent d'être victimes, dans leurs cursus
scolaires comme dans le recrutement et l'emploi,
dans le déroulement de leurs carrières
professionnelles comme dans les disparités de
salaire à travail égal, dans l'accès aux
fonctions politiques comme dans la vie publique
en général ", constatent Henri Eckert et
Sylvia Faure dans Les Jeunes et l'agencement
des sexes.
Pour
venir à bout
de ces
inégalités,
beaucoup ont
parié sur
les effets
positifs de
la mixité.
C'est en
mélangeant
filles et
garçons dans
les mêmes
classes que
l'éducation
nationale
espérait
garantir
l'égalité
des chances.
C'est en
s'ouvrant
aux femmes,
à partir des
années 1960,
que le monde
de
l'entreprise
comptait
mettre fin
aux
inégalités
professionnelles.
C'est en
acceptant
l'idée de
parité, en
2000, que la
classe
politique
pensait
faire
évoluer la
culture
parfois
machiste des
élus. Ce
pari a-t-il
réussi ? La
mixité
a-t-elle
ouvert la
voie à
l'égalité ?
La présence,
dans un même
lieu, de
femmes et
d'hommes
suffit-elle
à éroder
jour après
jour les
stéréotypes
sexistes ?
C'est la
question que
pose Les
Jeunes et
l'agencement
des sexes.
Pour
répondre à
ces
interrogations,
les auteurs
de cet
ouvrage
collectif se
sont
intéressés
au système
de relations
entre filles
et garçons.
Ils ont pour
cela exploré
la pratique
du hip-hop,
analysé la
lecture "
sexuée " du
Seigneur
des anneaux,
interrogé de
jeunes
footballeuses
qui se sont
aventurées
en
territoire
masculin ou
étudié les
échanges qui
rythment les
" chats "
entre
adolescents.
A l'école,
dans la rue,
au cours de
leurs
loisirs, ces
jeunes
vivent en
effet dans
un monde où
la mixité
est souvent
la règle, ce
qui n'était
pas le cas
de leurs
parents. Les
valeurs
qu'ils
véhiculent
sont-elles
pour autant
très
différentes
?
Dans les
univers
étudiés, les
codes
traditionnels
du masculin
et du
féminin
restent
souvent très
prégnants.
Sylvia Faure
montre ainsi
que, dans le
hip-hop, les
garçons se
tournent
volontiers
vers la
compétition,
conformément
au modèle
classique de
leur sexe -
force
physique et
affirmation
de soi -
alors que
les filles
préfèrent le
hip-hop " de
création ",
qui
correspond
aux valeurs
féminines
d'esthétisme
et de
discrétion.
Selon Cécile
Metton, ces
stéréotypes
sont plus
marqués
encore dans
les " chats
", où les
adolescents
adoptent,
dans leurs
pseudos
comme dans
leurs
échanges,
les
représentations
traditionnelles
de la femme
fatale - "
la Lionne du
71 ", "
Tigress 31 "
- et du mâle
viril - "
Bomec ", "
Bogoss ".
Dans le
monde du
travail, les
stéréotypes
sont parfois
tellement
forts que la
mixité se
transforme
en épreuve :
Thomas
Couppié et
Dominique
Epiphane
expliquent
ainsi que
les femmes
qui
choisissent
d'investir
les métiers
traditionnellement
" masculins
" sont
souvent en
grande
difficulté.
Mais toutes
ces
contributions
montrent
malgré tout
que les
jeunes
jouent avec
les codes
traditionnels
du masculin
et du
féminin avec
une certaine
liberté,
arrangeant
et
réarrangeant
constamment
les modèles
sociaux.
" Si les
situations
de mixité
n'effacent
pas les
frontières
entre les
sexes, elles
favorisent
l'apprentissage
d'un "vivre
ensemble",
concluent
Henri Eckert
et Sylvia
Faure.
Cadres
puissants de
la
socialisation
sexuée, ces
situations
de mixité
conduisent à
légitimer
les
frontières
et les
différences
de sexe,
mais
favorisent
en même
temps la
confrontation
des unes et
des autres
et suggèrent
ainsi de
dépasser les
clivages. "
Anne
Chemin
Les
Jeunes et
l'agencement
des sexes
Coordonné
par Henri
Eckert et
Sylvia Faure
Editions
La Dispute,
246 pages,
21 ¤