Martinique : Liberté
douce-amère
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LUC OLIVIER /
COMITE MARTINIQUAIS DU TOURISME Sur la plage Anse grosse Roche.
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C'est un modeste restaurant – ou plutôt une
simple paillote – dont la renommée s'accroît
chaque jour par la simple magie du bouche-à-
oreille. Sur le port de Sainte-Luce (côte
sud Caraïbe), les pieds dans le sable, on
s'y régale de poissons grillés et de
produits frais. On y déguste aussi des
ti-punchs en regardant un paysage de carte
postale : des barques de pêcheurs à l'ancre
qui dansent sur les vagues des Caraïbes. Le
tout, servi avec le sourire, sur fond de
musique douce et à prix très raisonnable.
Métissage et tours de mondes mélodiques
Autant dire: une adresse précieuse dans ces
Antilles françaises où, soyons francs, les
pièges à touristes ne sont pas si rares… Le
nom de cette adresse remarquable? La Baraque
Obama! Un clin d'oeil au Président
américain, dont les Antillais se sentent
doublement proches. Parce qu'il est métis,
bien sûr, mais également parce que, comme
eux, le locataire de la Maison-Blanche est
natif d'une île tropicale (Hawaï).
“Bien avant qu'Obama n'accède à la
Maison-Blanche, j'étais déjà l'un de ses
grands fans”, explique, sans perdre de vue
le feu de cuisson des poissons, Patrick
Henry, le maître des lieux, taillé comme
roc. “Indépendamment d'Obama, je me suis
toujours senti lié aux Etats-Unis, où je me
rends régulièrement”, ajoute cet ex-marin
pêcheur qui a navigué sur toutes les mers du
globe avant de retourner au pays natal. En
Martinique, un tel sentiment de parenté avec
l'Amérique n'est pas rare. Et s'explique
aisément.
Du temps où Saint-Pierre était une plaque
tournante du commerce régional – c'était
avant l'éruption de la montagne Pelée, qui
fit 30000 morts en 1902 – des lignes
régulières reliaient ce port de la côte nord
Caraïbe à la Floride.
Plus tard, sous l'Occupation, Washington
joua un rôle déterminant dans le blocus de
l'île qui, en 1943, fit tomber le régime
pétainiste de l'amiral Robert.
Aujourd'hui, l'attirance pour les Etats-Unis
s'explique essentiellement par la
fascination du modèle américain qui a su
faire émerger une élite noire, présente dans
l'économie et les médias. La géographie joue
également son rôle : la Martinique est
quatre fois plus proche des côtes de la
Floride que de celles de la Bretagne.
Pourtant, au cours de la seconde moitié du
XXe siècle, l'île antillaise a tourné le dos
à son environnement régional.
Paradoxalement, c'est l'avion à réaction qui
l'a éloigné des îles environnantes et de
l'Amérique. Avec le boom touristique des
années 1970, les Antilles françaises se sont
installées dans un tête-à-tête quasi
exclusif avec la France métropolitaine. Au
risque d'y perdre leur identité et leur
ancrage caribéen. Un seul exemple : sur un
vallon verdoyant de Sainte- Marie (côte Nord
Atlantique), l'horticultrice Florence André
fait visiter son exploitation agricole aux
enfants des écoles. Elle se désole : “Les
enfants ne savent plus faire la différence
entre un pied de cannelle et un citronnier.
On est passé de la culture du jardin créole
à la culture McDo.”
Ce malaise s'est exprimé avec une force
inattendue pendant les grèves contre la vie
chère et la “profitation”de février et mars
2009. Depuis, on assiste à un besoin de
réaffirmation identitaire. Cela tombe bien :
cette aspiration coïncide avec celle de
nombreux touristes qui, loin de l'esprit
Club Med, sont en quête d'authenticité.
Ainsi, dans la commune de Marigot (côte Nord
Atlantique), ils s'aventurent de plus en
plus souvent au Ghetto, un troquet qui ne
paie pas de mine mais où l'on célèbre la
culture créole sous toutes ses formes, en
proposant une cuisine antillaise épicée, des
expositions d'artistes locaux et, à
l'occasion, des soirées musicales
caribéennes, en live. “Contrairement à ce
que son nom indique, le Ghetto est un lieu
d'échanges ouvert à tous”, précise, en
souriant, Félix Fleury, le chaleureux
propriétaire, qui s'est imposé comme l'un
des gardiens de la culture antillaise.
Plusieurs fois par semaine, il organise des
“tours de mondes mélodiques”où des musiciens
du cru explorent ce métissage qu'est la
world music.
Mais les soirées concerts les plus prisées
sont celles dédiées à la mémoire d'Eugène
Mona, l'un des plus grands musiciens
martiniquais, disparu en 1991. Ce soir-là, à
partir de 20 heures, la pulsation des
percussions afro-caribéennes de Mona, la
sonorité cristalline de ses flûtes,
emplissent la salle comme une mélopée
entêtante teintée d'influence samba, gospel
et blues. Derrière son comptoir Félix Fleury
se fait historien de la musique : “Comme Bob
Marley, disparu dix ans avant lui, non loin
d'ici, à la Jamaïque, Eugène Mona avait pour
thèmes de prédilection la défense du
patrimoine culturel, la dénonciation des
injustices, la satire sociale ou politique,
la défense de la nature, la spiritualité. Le
dépositaire de notre identité musicale,
c'est lui.” Une certitude : pour aborder
l'âme antillaise, rien de tel qu'une soirée
au Ghetto.
Partir à la recherche de la Martinique
authentique est une entreprise de longue
haleine. Non seulement parce que les
Antillais, comme tous les insulaires, sont
de prime abord réservés. Mais également
parce que l'identité martiniquaise est
multiple. “La mentalité des gens de la côte
Nord Atlantique est fondamentalement
différente de celle des habitants du Sud
Caraïbes où la pression touristique est plus
forte”, affirme Patrick Duchel, président du
réseau touristique Tak-Tak, spécialisé dans
la promotion de l'identité martiniquaise à
travers un tourisme intelligent fondé sur le
contact avec la population. De fait, la
Martinique est un pays de terroirs aux
paysages variés, aux micro-climats
distincts, aux cultures locales contrastées.
Selon que l'on se trouve dans une plaine
agricole, au bord de la mer ou encore au
pied de la montagne Pelée, les réalités
rencontrées sont radicalement différentes.
Dans ce pays mosaïque, on passe en quel -
ques minutes d'un paysage de littoral
rocailleux à une forêt tropicale en
montagne, verte et luxuriante. Journaliste à
Radio Caraïbes International, Béatrice Van
de Voorde a trouvé un moyen de faire
comprendre ces contrastes saisissants à ses
amis qui débarquent pour la première fois
sur l'île : “Dans la même journée, raconte
cette Martiniquaise d'adoption, je les
envoie se baigner sur l'une des plages
sauvages du Vauclin (côte Sud Atlantique).
Puis je les em - mène dans les terres, en
montagne, chez Léon Tisgra.” Cet agriculteur
bio possède, à Fonds- Saint-Denis (au pied
de la montagne Pelée), une exploitation
agricole et une table d'hôte perchés à 575
mètres, sur un piton. Depuis ce nid d'aigle,
la vue en direction de la mer est
époustouflante : on domine une plaine de
champs de cannes, vert vif, avec la
sensation de la survoler.
“Mes patates douces sont plus sucrées…”
“En Martinique, la structure des sous-sols
est tellement variée que le goût des fruits
et légumes varie d'une commune à l'autre,
explique Léon Tisgra, alias Tonton Léon. Mes
carottes, mes tomates, mes patates douces
sont beaucoup plus sucrées qu'ailleurs en
raison du quartz présent dans le sous-sol
volcanique des abords de la montagne Pelée.”
Amoureux et connaisseur de la nature, il est
intarissable sur le potentiel du tourisme
écolo. “Les décideurs politiques ont eu tort
de tout miser sur la mer. Fondamentalement,
notre vocation, c'est le tourisme vert, la
randonnée pédestre, le développement
durable.” Il a raison : la “vraie”
Martinique se rencontre à mesure qu'on
pénètre à l'intérieur des terres. Rien
d'étonnant à cela : au cours des siècles,
les Martiniquais ont tourné le dos à la mer,
synonyme de trafic négrier et symbole de
malheur. Aujourd'hui encore, nombreuses sont
les maisons qui, quoique dotées de vues
imprenables sur l'océan, sont volontairement
orientées vers l'intérieur des terres, avec
des terrasses et des balcons dirigées vers
la route.
Aveugles pour rester fidèles aux ancêtres
Dans le même ordre d'idée, les pêcheurs
n'ont jamais bénéficié d'une bonne image aux
yeux de la population. “Longtemps, on nous a
considérés comme des vauriens”, pointe
Raymond Coureur, 42 ans, président de
l'association maritime du Vauclin, l'un des
ports de pêche (Sud Atlantique) les plus
actifs de la Martinique. “Mais depuis une
dizaine d'années, le regard des Martiniquais
évolue.
Friands de poissons, ils prennent conscience
du rôle écologique que nous pouvons jouer
pour la préservation du patrimoine marin.”
Or l'heure est grave : en l'absence d'une
politique de pêche raisonnée, on assiste à
une inquiétante diminution des stocks de
poissons. “Sur la côte Sous-le-Vent, les
réserves halieutiques sont en chute libre.
Certains jours, les pêcheurs rentrent au
port bredouilles”, poursuit ce navigateur,
qui pourfend la surpêche et tire le signal
d'alarme. Et de conclure : “Défendre notre
écosystème, c'est défendre l'identité
martiniquaise.”
Quoi qu'il en soit, le principal défi de
l'île n'est pas uniquement économique mais
aussi social, politique et… historique. Lors
de la grève générale de 2009, la question de
la mémoire a littéralement explosé au visage
de l'Etat français et des 4000 Békés
martiniquais (les Blancs descendants
d'esclavagistes). Photographe d'origine
béké, Jean-Luc de la Garrigue consacre
précisément sa vie à photographier la
Martinique dans toutes ses dimensions
sociales et historiques. “Lorsque j'étais
enfant, raconte-t-il en se promenant dans
les allées du sublime jardin botanique de
Balata, le mot esclavage n'était pas
prononcé. Quand j'interrogeais mes parents
sur le sujet, ils chuchotaient leur réponse
: Tout ça, c'est du passé, n'en parlons
plus…” Elevé dans ce déni, le photographe
devra attendre d'être adulte pour trouver
des réponses à ses questions. “En 1991,
l'exposition Les Anneaux de la mémoire,
organisée à Nantes, où je me trouvais, a été
un tournant.
Pour la première fois, ce ‘passé qui ne
passe pas' était évoqué dans l'espace
public. L'existence de la tragédie
esclavagiste était officiellement reconnue.
C'était il y a moins de vingt ans…” Depuis,
les mentalités ont (un peu) évolué. Mais
trop de Békés restent repliés sur eux-mêmes.
Et ne parviennent pas à briser le tabou.
“Beaucoup sont habités par des sentiments de
honte et de culpabilité, estime de la
Garrigue.
Ils savent qu'ils se trouvent, aujourd'hui,
du mauvais côté de l'Histoire. Le drame,
c'est que la majorité refuse de reconnaître
certaines réalités historiques. Par crainte,
peut-être, d'être déloyaux vis-à-vis de
leurs ancêtres…” En face, pourtant, le reste
de la population espère un geste fort de
leur part. Et rêve qu'un “Barack Obama
martiniquais” les réconciliera avec leur
passé. En attendant, il est possible de se
réconforter autour d'un verre à la… Baraque
Obama.
Le guide d'Ulysse : 1. Préparer son voyage
Y ALLER
Corsairfly : Vols directs depuis Paris,
Nantes et Lyon.
Renseignements au 0820 042 042
www.corsairfly.fr
QUAND PARTIR ?
Sur cette île tropicale, l'année se divise
en deux. De janvier à juin, saison sèche et
touristique ; de juillet à décembre, saison
des pluies (plus de troisquarts des pluies
de l'année) et des cyclones.
INDISPENSABLE
Un passeport ou une carte d'identité en
cours de validité.
ADRESSES UTILES
Comité martiniquais du tourisme (en France)
2, rue des Moulins, 75001 Paris
Tél. 01 44 77 86 00
www.martiniquetourisme.com
Comité martiniquais du tourisme (en
Martinique)
Immeuble de Beaupré Pointe de Jaham 97233
Schoelcher
Tél. 05 96 61 61 77
L'Internaute : de nombreuses informations
dans la rubrique “Guide de voyage”
www.linternaute.com/voyage
GUIDE
“Geoguide Martinique” éd Gallimard,14,50 €
Reconnaissable à sa couverture verte, Le
Geoguide est facile d'usage, complet et
régulièrement mis à jour. Les cartes sont
claires et les conseils souvent pertinents.
Le guide d'Ulysse : 2. Sur place
SE DÉPLACER
En voiture : Louer une voiture est
indispensable à la Martinique compte tenu de
l'absence de transports en commun. Le trafic
est très dense (notamment aux abords de
Fort-de- France), les routes sont étroites
et les excès de vitesse déconseillés
(nombreux radars). Si vous résidez aux
Trois-Ilets, il est préférable de se rendre
à Fort-de-France par bateau (navettes chaque
demi-heure) afin d'éviter le casse-tête du
parking.
Les adresses Europcar : Aéroport, Le
Lamentin Tél. 05 96 42 42 42
Club Med Tél. 05 96 76 47 18
Diamant Tél. 05 96 76 47 18
Fort-de-France Tél. 05 96 73 33 13
Marin Tél. 05 96 74 17 17
Sainte-Anne Tél. 05 96 76 03 51
Trois-Ilets Tél. 05 96 66 04 29
OÙ DORMIR?
Hôtel Plein Soleil
La route pour y arriver n'est pas très bien
indiquée. Mais une fois sur place, on n'a
pas envie de faire demi-tour. A 20 km de
l'aéroport du Lamentin et 30 km du centre de
Fort-de-France, l'hôtel Plein Soleil est
l'une des meilleures adresses de la
Martinique. Cette maison d'hôtes se compose
de cinq villas (dont certaines avec piscine
privative) et offre une variété
d'hébergement : chambre double, suite
jardin, duplex. Le parc de l'hôtel, planté
de bananiers et de flamboyants, surplombe la
baie de Thalémont, sur la côte au vent, et
bénéficie donc d'alizés rafraîchissants. Le
restaurant, une table d'hôtes, est réputé
dans toute l'île. En contrebas, les pêcheurs
vous conduisent en cinq minutes à la
découverte des magnifiques Fondes Blancs du
François aux eaux cristallines où se trouve
la réputée Baignoire de Joséphine : une
langue de sable fin immergée à faible
profondeur qui doit sa renommée à son petit
côté jet-set, et aux légendes liées à son
nom Les plages du sud se trouvent à vingt
minutes en voiture.
Chambre à partir de 170€.
Pointe Thalémont 97240 Le François
Tél. 05 96 38 07 77
www.pleinsoleil.mq
Hôtel Bakoua
Considéré comme l'un des plus beaux hôtels
de la Martinique, le Bakoua (139 chambres),
est situé sur la plage où se trouvent
également les deux restaurants, le bar et la
piscine de l'établissement.
Seul bémol, il se situe sur la Pointe du
Bout, où se concentrent d'innombrables
hôtels depuis les années 1980.
La Pointe du Bout 97229 Trois-Ilets
Tél. 05 96 66 02 02
GÎTE ET TABLE D'HÔTE EN ALTITUDE
Chez Léon Tisgra
La route pour accéder chez Léon se gravit
sans passer la deuxième vitesse et… en
faisant ronfler le moteur. Arrivé sur place,
l'endroit est idéal pour se ressourcer dans
le silence de l'altitude, le temps d'un
ti-punch, d'un repas ou d'un week-end. Situé
dans un cadre de verdure, la vue est
inoubliable : depuis la terrasse, on tombe à
pic sur une vallée plantée de champs de
cannes et, au loin, la mer des Caraïbes.
Préparez l'appareil photo.
Nuit à partir de 90€ pour 2 ou 3 personnes.
Morne des Cadets 97250 Fonds Saint-Denis
Tél. 05 96 55 83 30
www.tonton-leon.com
Courriel : info@tonton-leon.com
OÙ MANGER, OÙ BOIRE ?
Plein Soleil
Sans doute la meilleure table de la
Martinique. 40 €, sans le vin.
Pointe Thalémont 97240 Le François
Tél. 05 96 38 07 77
www.pleinsoleil.mq
La Baraque Obama
L'endroit ne paie pas de mine mais c'est
bien l'un des meilleurs plans de la
Martinique. On y mange du poisson frais et
grillé, à l'ombre d'une paillote qui donne
sur la mer. Service sans chichi et
attentionné. Si seulement c'était le cas
partout… Dans le village de Sainte-Luce, sur
le bord de mer, prendre vers la droite.
Auberge de la Montagne Pelée
Cuisine créole.
Morne Rouge Tél. 05 96 52 32 09
Tante Arlette
Bonne cuisine traditionnelle, spécialités :
écrevisses.
Menus à 16 et 30€ Grand-Rivière
Tél. 05 96 55 75 75
Les Fruits de la patience
Recettes traditionnelles.
Grande Anse
Trois-Ilets
Le guide d'Ulysse : 3. Connaître le pays
A VOIR, A FAIRE
Habitation Clément : au cœur d'un parc
arboré, l'Habitation Clément fait partie des
incontournables. Parfaitement restaurée,
l'ancienne distillerie témoigne du
patrimoine industriel martiniquais. De son
côté, la maison de maître, véritable modèle
d'architecture créole, conçue pour résister
aux vents et à la chaleur, rappelle l'époque
coloniale. Cerise sur le gâteau, la
Fondation Clément a ouvert une galerie d'art
de niveau international entièrement
consacrée aux artistes et plasticiens de la
région Caraïbes. On y admire à la fois la
collection permanente et des expositions
temporaires d'œuvres d'art moderne signées
des plus grands artistes des de la mer des
Antilles.
Domaine de l'Acajou Le François
Tél. 05 96 54 62 07
www.habitation-clement.fr
Exposition à Paris : la Fondation Clément
propose l' exposition “3x3” qui présente les
travaux de trois artistes antillais (deux
Martiniquais, un Haïtien) dans trois
galeries différentes : Bruno Pédurand,
Ernest Breleur, David Damoison. Jusqu'au 15
juillet 2010. Programme sur
www.fondation-clement.org
Le Tour de la Martinique des yoles rondes
En Guadeloupe, l'événement sportif de
l'année est le Tour cycliste, équivalent
local du Tour de France. La Martinique,
elle, possède son Tour des yoles rondes, qui
a lieu tous les ans, entre la fin du mois de
juillet et le début du mois d'août.
Véritable phénomène de société, cet
événement fait l'objet d'un engouement qui a
pris une ampleur considérable ces dernière
années. Embarcations traditionnelles, les
yoles rondes sont des canots de 10,50 m,
sans quille, avec une pagaie en guise de
gouvernail. Elles sont donc particulièrement
difficiles à manœuvrer.
Les quatorze équipiers son accrochés en
l'air à des perches pour faire contrepoids à
la voile de 80m2. Cet exploit physique
s'accompagne d'autres difficultés : ne pas
entrer en collision avec la horde des
suiveurs qui accompagnent le Tour à bord de
scooters de mer.
Jardin de Balata : situé à vingt minutes de
Fort-de-France, on atteint ce jardin
botanique enchanteur par la route de la
Trace, l'une des plus belles de l'île. Sur
place, une profusion de plantes et d'arbres
tropicaux rapportés du monde entier dominent
une vallée verte qui tombe à pic. Tapis
d'anthuriums, d'hibiscus, de bégonias de
balisiers, au milieu desquels s'élèvent des
fougères arborescentes, le tout savamment
disposé de part et d'autre d'un parcours qui
s'effectue en trente minutes. C'est beau et
apaisant. On comprend pourquoi Balata est
l'une des principales attractions de l'île.
Accès : de la rocade de Fort-de- France,
prendre la N3 direction le Morne-Rouge. Le
Jardin se trouve à 10 km environ.
Tél. 05 96 64 48 73.
www.jardindebalata.fr
Une soirée au Ghetto : ce modeste restaurant
est aussi une galerie d'art et se conçoit
comme un espace culturel créole où l'on
mange un bonne cuisine locale avec la
possibilité d'admirer les œuvres d'artistes
du cru. Mais surtout on y passe des soirées
musicales où des musiciens font swinguer au
rythme des Caraïbes. Nombreuses soirées
dédiées à Eugène Mona, le dépositaire du
patrimoine musical martiniquais décédé en
1991.
Le Marigot
Tél. 05 96 53 50 09
Plongée en Martinique : une association de
quatorze centres professionnels sur la côte
ouest propose un Pass Madinina
(chéquier-plongées) : dix plongées pour
376€.
Tél. 06 96 24 39 45.
www.plongezenmartinique.com
Découvrir le nord de la Martinique : le
réseau Tak-Tak permet aux groupes de
découvrir le nord de la Martinique, moins
touristique que le sud.
www.taktak-martinique.com
SUR INTERNET
Aimé Césaire parle de l'esclavage
www.parolesdesclavage.com/sitefr
A LIRE
Paul Butel, “Histoire des Antilles
françaises”, éd. Perrin, 11 €. C'est la
seule histoire complète des Antilles
disponible en poche. Elle s'ouvre sous Louis
XIII par la saga des pionniers, à la fois
explorateurs et entrepreneurs, se poursuit
par la révolte des esclaves en 1791 et
l'abolition de l'esclavage en 1848, et,
enfin, s'achève en 1946. La Martinique et la
Guadeloupe mais également la Guyane et la
Réunion obtiennent alors (tardivement) le
statut de département et la reconnaissance
de leur citoyenneté pleine et entière au
sein de la République française. Professeur
émérite d'histoire moderne à Bordeaux, Paul
Butel a également signé "Les Caraïbes au
temps des flibustiers".
Michel Leiris : “Contacts de
civilisations en Martinique et en
Guadeloupe”. Publié en 1955 à la suite
de deux voyages d'étude sur place. L'ouvrage
est épuisé, hélas non réédité mais
disponible en PDF sur Internet. Contacts de
civilisations en Martinique et en
Guadeloupe, de Michel Leiris, rend compte de
la complexité des structures sociales et des
mentalités antillaises. Plus d'une
demi-siècle après, l'essentiel du texte
reste d'actualité.
Jacques Dumont, “L'Amère Patrie, histoire
des Antilles françaises au XXe siècle”,
éd. Fayard, 20 €. Sur les relations
complexes entre les Antilles françaises et
la patrie, voici un ouvrage éclairant centré
sur l'histoire du XXe siècle. Où l'on mesure
pourquoi, après s'être engagés corps et âmes
aux côtés de la République française pendant
la Première Guerre mondiale, puis dans la
Résistance contre l'Allemagne, les Antillais
éprouvent une certaine amertume lorsque la
mère-patrie –l'amère patrie – les regardent
comme des habitants de territoires
lointains.
Indispensable pour comprendre l'arrière-fond
historique des conflits identitaires de
l'année 2009 à la Guadeloupe et en
Martinique.
Raphaël Confiant, “Le Nègre et l'Amiral”,
Le Livre de poche, 6,50€ Sous la plume du
chantre de la créolité, ce roman désormais
classique est riche en personnages hauts en
couleurs. Il reconstitue l'atmosphère
tragicomique qui régnait sur l'île pendant
le régime vichyste dirigée par l'amiral
Robert. Une oeuvre savoureuse signée par le
“Gabriel García Márquez des Antilles
françaises”.
Gilles Perrault, “Les Vacances de l'Oberleutnant
von La Rochelle”, éd. Fayard, 17 €.
Vichy sous les Tropiques, c'était comment?
La réponse se trouve également dans ce roman
publié en 2001 par l'auteur du Pull-Over
rouge. D'une irrésistible drôlerie, il se
situe au printemps 1942. La Martinique est
sous la coupe de l'amiral Robert,
représentant de Vichy sur l'île. Alors que
la bataille sous-marine fait rage dans
l'Atlantique, un U-Boot allemand dépose sur
une plage de la Martinique, un jeune
officier allemand atteint d'une péritonite.
Peu à peu, ses certitudes sont confrontés à
la sensualité martiniquaise…
DVD
Euzhan Palcy, “Rue Cases-Nègres”, DVD
Carlotta Films Une adaptation du roman de
Joseph Zobel. Le film, lion d'argent au
festival de Venise en 1983. Il est l'un des
plus intelligents qui soit sur le
colonialisme. L'histoire se déroule en 1930
dans une immense plantation de cannes. José,
11 ans, orphelin élevé par sa grandmère,
veut étudier…
A ÉCOUTER
Stellio, “Intégrale chronologique”,
Frémeaux & Associés, 17,98€ Ce clarinettiste
et compositeur martiniquais aura porté au
plus haut le swing caraïbe, en des
variations qui tutoient les improvisations
de la Nouvelle Orléans. Réécoutez l'agile
“Serpent Maigre” ou le subtil “Paris
Biguine”, des monuments qu'il colore de sa
sonorité lyrique et de son inventivité
mélodique. A sa mort, en juillet 1939, il
laisse un patrimoine que les cadets ne
cessent de réinvestir.
Henri Guédon, “Early Latin and Boogaloo
Recordings by the Drum Master”, Comet
Records, 14,95€. Né à Fort-de-France le 22
mai 1944, jour anniversaire de l'abolition
de l'esclavage, ce fan de Dizzy Gillespie va
inoculer le son du barrio new-yorkais aux
Antilles. A la tête d'orchestres à géométrie
et géographie variables, aux sonorités
toutes tropicales, Henri Guédon sera même le
géniteur du mot zouk avec l'ambitieux album
“CosmoZouk”.
Malavoi & Ralph Thamar, “Pép La”,
Atzec Musique, 16,95€ En Martinique, c'est
une vénérable institution, malgré les
périodes d'interruption… Ce que rappelle la
sortie en 2009 de “Pép La”, suite à
“Marronnage” en 1998 ! On y retrouve le
chanteur Ralph Tamar, de retour après vingt
ans d'absence dans le groupe. Conseillé à
ceux qui savent que Malavoi va au-delà des
clichés zouk, reformulant sans cesse toutes
les musiques-racines.
Eugène Mona, “La Légende”, Hibiscus,
10,52€ Natif du Vauclin, ce chanteur et
flûtiste deviendra l'un des porte-voix pour
les musiques-racines, bwa-bwa et bélé.
L'auteur de l'incroyable Roi Nigot porte en
lui les valeurs apprises des aînés, dont le
flûtiste des mornes Max Cilla, qu'il réforme
en les mélangeant à une orchestration
moderne.
Jacques Coursil, “Clameurs”,
Universal Jazz, 21,96€ Mots dits et notes
chantées, le trompettiste Jacques Coursil
touche au coeur de la musique spirituelle en
invoquant dans cet oratorio à haute valeur
artistique quelques pairs fondateurs de la
pensée “créolisée”, dont Edouard Glissant et
Franz Fanon. A ses côtés, le verbe poétique
de Joby Bernabé et les nappes synthétiques
de Jeff Baillard. A méditer…
Remerciements à l'agence COMECLA et au
Comité martiniquais du tourisme pour l'aide
qu'ils nous ont apportée.
Roland Hugo
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La famille matrifocale au coeur de la
Martinique
Mère courage et père absent, c'est la
particularité des familles martiniquaises,
dénommées familles “matrifocales”. Analyses
et conséquences avec Viviana Romana,
ethnopsychiatre antillaise.
Connaissez-vous la famille “matrifocale” ?
Ce concept désigne un certain type
d'organisation familiale qui prévaut dans
les Caraïbes. Il se définit par la place
centrale qu'occupe la mère au foyer et
l'absence du père. Il est au coeur du
travail de l'Antillaise Viviane Romana,
docteur en psychologie à Paris, qui anime à
Paris une consultation d'ethnopsychiatrie,
une discipline qui prend en compte l'origine
socioculturelle des patients.
Sa clientèle est constituée d'hommes et de
femmes antillais “impactés” par l'histoire
de l'esclavage, mais également d'immigrés
confrontés à des difficultés d'intégration
en France métropolitaine.
“Je me suis rendue compte qu'aux Antilles
les relations homme-femme sont
conflictuelles. L'instabilité affective des
couples et la précarité du lien conjugal
révèlent avant tout les dysfonctionnements
d'une organisation familiale née de
l'esclavage”, explique cette disciple du
psychiatre Tobie Nathan, le représentant le
plus connu de l'ethnopsychiatrie en France.
Schématiquement, la famille antillaise
repose sur un personnage : la mère dont la
force garantit l'équilibre familial. Cette
famille, qualifiée de “matrifocale”, est
structurée autour de la mère ou de la
grand-mère. “Les hommes sont généralement
absents, pointe Romana, car souvent de
passage.
Ils engrossent et ils partent, encore soumis
malgré eux à l'article 12 du Code Noir,
lequel stipule : les enfants qui naîtront de
mariages entre esclaves seront esclaves et
appartiendront aux maîtres des femmes
esclaves, et non à ceux de leur mari, si le
mari et la femme ont des maîtres
différents.”
Dans le dispositif matrifocal, la mère est
décrite comme un être exceptionnel, forçant
l'admiration de tous par son courage et sa
force à affronter une situation économique
souvent précaire tandis que l'homme se
distingue par son irresponsabilité, son
machisme, son donjuanisme, son alcoolisme.
Pour se convaincre de la prégnance de
l'histoire de l'esclavage sur les schémas
mentaux – souvent inconscients – en place
aux Antilles, il faut tenter de se
représenter ce que serait le fait d'avoir
des aïeux esclaves.
“Imaginez une seconde qu'en remontant
seulement cinq générations tous vos
ascendants ont vécu le pire des
avilissements”, lance Viviane Romana pour
qui être un descendant d'esclave est
extrêmement lourd et complexe à porter.
“Nombre de mes patients ont le sentiment de
porter cet héritage dégradant au fond d'eux.
Cela leur pose des difficultés
psychologiques. Certains Noirs ont des
difficultés à établir une relation normale
et naturelle avec les Blancs, qui sont
pourtant loin d'être tous des racistes. La
société est encore marquée par le schéma
ancien qui assignait à chacun – Blanc, Noir
ou Mulâtre – une place précise. Dans ce
cadre, le Blanc reste au sommet de la
hiérarchie.”
Pour saisir ce qui se joue dans les rapports
sociaux aux Antilles, la grille de lecture
proposée par l'ethnopsychiatrie est
particulièrement utile. La société reste en
effet marquée par des tensions latentes et
des affrontements sous-jacents qui puisent
leurs racines dans l'histoire. Au moindre
conflit social, celles-ci remontent à la
surface. Cependant, et pour ajouter à la
complexité, les rapports des Békés avec le
reste de la population ne sont pas forcément
toujours antagonistes. “En Martinique, il
existe une relation de proximité, voire
d'intimité, entre le Béké et le Noir, qui
provient du voisinage qui existait entre le
maître et l'esclave, sur la même terre. Les
Noirs et Békés sont également créoles et
appartiennent au même sol, à la même
histoire. Et ils parlent la même langue : le
créole.”
Chronologie
1671 : L'esclavage s'intensifie avec les
cultures de cannes.
1685 : Le Code Noir de Colbert réglemente
devoirs et châtiments.
1793 : La Convention vote l'abolition de
l'esclavage.
27 avril 1848 : Le Décret d'émancipation est
signé à Paris.
2009 : Grève contre “la profitation” du 5
février au 14 mars.
2010 : Référendums sur l'évolution
statutaire.
Ulysse | 30.06.10 | 14h10 • Mis à jour le
30.06.10 | 14h50