La hargne de Sarkozy
envers Obama

C'est plus fort que lui : quand on lui
parle de ses échecs, Nicolas Sarkozy
renvoie vers ceux de Barack Obama.
Interrogé, lundi dernier sur TF1, sur sa
méthode consistant à multiplier les
réformes tous azimuts, il a répondu par
une pique cinglante : "J'ai vu que M.
Obama, pour lequel j'ai de l'estime et
même de l'amitié, [a tout misé sur sa
réforme de la santé]. Je n'ai pas vu que
ça rendait les choses plus simples."
LES REMARQUES D'ALAIN MINC
Le président français n'en est pas à son
coup d'essai. Début novembre, il avait
déjà énoncé cet argument devant quelques
journalistes – mieux vaut faire beaucoup
de réformes qu'une seule –, assorti d'un
commentaire peu amène : "Obama est au
pouvoir depuis un an et il a déjà perdu
trois élections partielles. Moi, j'ai
gagné deux législatives et les
européennes. Qu'est-ce qu'on aurait dit
si j'avais perdu ?" Loin d'être
anecdotique, la mauvaise humeur envers
son homologue américain est devenue
quasiment structurelle chez Nicolas
Sarkozy. "Chaque fois qu'il peut le
critiquer, il le fait, que ce soit en
Conseil des ministres ou devant des
visiteurs", indique, sous le couvert de
l'anonymat, un bon connaisseur de la
diplomatie française.
"Il n'arrive pas à avoir des rapports
normaux avec Obama, ajoute cette source.
Il dit toujours : 'Si j'avais fait la
même chose que lui, qu'est-ce qu'on
m'aurait dit ?' C'est une relation
malsaine. On a l'impression qu'il tire
prétexte des difficultés d'Obama à
chaque fois qu'il peut. Son comportement
est infantile, indigne d'un président."
Sur le plan officiel, l'Elysée assure
que la relation entre les deux hommes
est excellente. Mais le fond de la
pensée sarkozyenne s'exprime sans doute
mieux dans la bouche de conseillers
informels, comme Alain Minc. Depuis
quelques semaines, ce dernier s'en prend
systématiquement au président américain,
qu'il décrit comme mou face aux Chinois
et "sous l'influence" de Wall Street.
"Il est charmeur, conciliant, mais je ne
suis pas sûr que ce soit un leader très
ferme dans une crise", déclarait-il le
27 décembre au Parisien.
Pourquoi tant de hargne ? Les
spécialistes situent l'origine du
problème au voyage éclair de Barack
Obama en France, en juin 2009. Lors de
son séjour à Paris, il avait évité toute
rencontre avec Nicolas Sarkozy, alors
que ce dernier brûlait de s'afficher à
ses côtés. "Il avait fait dire
clairement qu'il ne voulait pas de
contact avec lui, rappelle l'observateur
cité plus haut. Ça n'est jamais arrivé
dans toute l'histoire de la Ve
République."
BONNE ENTENTE
L'adulation de la gauche bobo pour
Barack Obama, ou ses comparaisons
désobligeantes entre son physique et
celui du président français, n'ont rien
fait pour arranger les choses. Les
déboires récents de l'hôte de la
Maison-Blanche – défaite dans le
Massachusetts, baisse de popularité –
risquent de conforter Nicolas Sarkozy
dans son attitude, lui qui pense avoir
vu ses faiblesses plus tôt et mieux que
les autres.
Cela n'empêche pas la France d'afficher
sa bonne entente avec les Etats-Unis. Le
19 janvier, Nicolas Sarkozy a salué "la
mobilisation exceptionnelle du président
Obama et de l'administration américaine"
en faveur d'Haïti. Le 27 janvier, à
Davos, il s'est dit "d'accord avec le
président Obama" concernant ses projets
de mise au pas de la finance. Enfin, le
président français pourrait annoncer
prochainement l'envoi de nouveaux
soldats (des "formateurs") en
Afghanistan, une mesure réclamée de
longue date par les Américains.
Article publié lundi 1er février dans
LeTemps.ch
Sylvain Besson
LE TEMPS.CH |
01.02.10 |