Comme on se
retrouve !

Dieudonné chez
Le Pen : quand la passion
judéophobe l'emporte sur toutes
les autres
Les
détracteurs les plus acharnés de
Dieudonné et du dieudonnisme
n'auraient même pas osé rêver
confirmation aussi éclatante de
la dérive d'un humoriste qui ne
fait plus rire personne. Sa
visite soigneusement préparée,
samedi 11 novembre, à la fête
Bleu-Blanc-Rouge - on dit
maintenant BBR - du Front
national au Bourget, sa brève
rencontre, nullement fortuite,
avec Jean-Marie Le Pen au
croisement de deux allées,
venant après son soutien à Bruno
Gollnisch poursuivi pour
négationnisme, devraient ouvrir
les yeux aux plus incrédules.
Quand deux passions contraires
viennent à cohabiter chez un
individu, il faut qu'à la fin
l'une d'entre elles l'emporte,
comme les gènes dominants
l'emportent sur les gènes
récessifs.
Il a donc
fallu, pour accoucher de cette
rencontre au sommet entre deux
champions de la judéophobie,
que, chez Le Pen, l'aversion
traditionnelle envers les juifs
l'emporte sur les préventions à
l'égard des Noirs tandis que,
chez Dieudonné, cette même
aversion l'emporte également sur
les réticences envers
l'extrême-droite. C'est là le
ténébreux mystère : pourquoi
donc, fût-ce en l'absence de
tout fondement rationnel, la
passion judéophobe
l'emporte-t-elle en puissance et
en stupidité sur les plus
puissantes et les plus stupides
des passions ? Peut-être
justement à cause de son
irrationalité même, comme un feu
sans matière qui se nourrit de
son vide et s'enchante de sa
pureté ! En tout cas, voilà la
fête Bleu-Blanc-Rouge devenue la
fête Rouge-Brun. Lugubre !
Voilà
surtout, pour mille raisons qui
n'ont plus rien à voir avec
Dieudonné, Le Pen reparti pour
un tour. Un tour au moins !
Voilà le pirate au bandeau noir
de jadis métamorphosé sur les
affiches de nos villes en
grand-père gâteau, l'œil humide
et le regard bienveillant.
Assurément, le diable s'est fait
ermite. Assistons-nous, comme on
le dit toujours, à une
banalisation des idées
lepénistes ou bien plutôt, comme
je le crois, à une lepénisation
des idées banales ? Déjà, lors du
succès du non au référendum de
mai 2005 sur l'Europe, on avait
connu une première, passée
inaperçue dans la sidération du
résultat mais saluée à sa valeur
au Front national : celui-ci
faisant désormais partie de la
majorité victorieuse !
Je supplie mon lecteur
philononiste de ne pas voir là
je ne sais quelle réouverture de
la controverse, et je lui
accorde d'avance que l'urne est
un lieu interlope où l'on fait
de drôles de rencontres ; c'est
un chaudron où les ingrédients
les plus divers mijotent de
concert. Reste que, dans le
cocktail qui a permis le succès
du non, figuraient quelques
herbes vénéneuses qui
disaient... qui disaient que le
pays réel est différent du pays
légal, que la lutte contre les
élites - Le Pen dit «
l'établissement » - est le
commencement de la démocratie
enfin que l'Europe des
technocrates est la fin de la
France des Français.
C'est l'herbier même du
lepénisme. Si vous ajoutez qu'il
condamne désormais sans appel le
mondialisme libéral, accusé de
produire «chômage de masse,
pauvreté, assistanat, travail
clandestin, stagnation des
salaires», vous conviendrez
qu'il faudra désormais regarder
à deux fois avant de distinguer
un tract du Front national d'un
autre des altermondialistes ou
d'Arlette Laguiller. Pour
couronner le tout, le voici qui
prend la défense des
fonctionnaires, dénonce la
destruction des services
publics, vante la laïcité,
l'économie mixte et l'Etat
social.
Car ce Le Pen-là mange à tous
les râteliers. Assuré, grâce à
un demi-siècle de xénophobie, de
la fidélité sans faille de sa
clientèle traditionnelle, le
voilà qui va braconner sur les
terres de la gauche
conservatrice pour ajouter à sa
panoplie une touche républicaine
et sociale, voire socialisante,
qui peut lui valoir de nouveaux
ralliements. Et si après cela,
mon cher Jean-François Kahn,
vous vous obstinez à ne pas
vouloir comprendre les dangers
du populisme, appelez-moi : la
prochaine fois, je vous le
chanterai.
source : Le
Nouvel Observateur le 16/11/2006
auteur : Jacques Julliard

Jean-Marie Le Pen trouve "drôle"
l'antisémitisme de Dieudonné
Dans un entretien à BFM télé,
jeudi 21 décembre, le président
du Front national a estimé que
l'antisémitisme reproché à
l'humoriste Dieudonné pouvait
"aussi être drôle", estimant
qu'il "ne doit pas y avoir de
sujets qui échappent à la
critique ou à l'ironie".
Le Pen connaît un
antisémitisme drôle. Dans un
entretien à BFM télé, jeudi
21 décembre, le président du
Front national a estimé que
l'antisémitisme reproché à
l'humoriste Dieudonné
pouvait "aussi être drôle",
estimant qu'il "ne doit pas
y avoir de sujets qui
échappent à la critique ou à
l'ironie".
A une journaliste qui lui
demandait, sur BFM télé et
radio: "Est-ce que c'est
l'antisémitisme affiché de
Dieudonné que vous trouvez
assez drôle?", Jean-Marie Le
Pen a répondu: "oui... ça
peut aussi être drôle... il
ne doit pas y avoir de
sujets qui échappent à la
critique ou à l'ironie".
"Tout dépend de la
manière dont on les traite
(ces sujets). M. Dieudonné
les traite d'une certaine
manière. Devant son
spectacle, il y a des
moments où on a envie
d'applaudir et des moments
où on est plutôt discrets,
peut-être même quelque fois
gênés. Mais il en est de
même dans tous les
spectacles", a-t-il
poursuivi.« L’humour juif »
"Vous venez de nous dire que
si l'antisémitisme est
exprimé de façon drôle,
pourquoi pas?", lui a
redemandé la journaliste. "Vous
savez que les gens qui se
moquent le plus des juifs,
ce sont les juifs eux-mêmes.
Il y a un humour juif très
célèbre, très connu", a
répondu Jean-Marie Le Pen.
Lundi, plusieurs
personnalités du FN ont
assisté au spectacle de
Dieudonné au Zénith à Paris.
Jean-Marie Le Pen n'y était
pas mais son épouse Jany
était présente, comme le
numéro 2 du FN Bruno
Gollnisch et d'autres
responsables du parti.
Dieudonné était lui-même
venu en novembre à la grande
fête Bleu Blanc Rouge du FN
au Bourget, dans une visite
abondamment commentée.
Dieudonné a été condamné en
mars à 5.000 euros d'amende
par le tribunal
correctionnel de Paris pour
"incitation à la haine
raciale", après avoir
comparé les "juifs" à des
"négriers" dans une
interview au Journal du
Dimanche. Il a fait appel.

Manifestation
de soutien à
Dieudonné
à Fort-de-France
en 2005