Peuple
guadeloupéen où es-tu ?
par
Jacky Dahomay
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Prémonition de la
guerre civile - Dali 1936 |
Décidément, comme disent certains
théoriciens du politique, le peuple est
vraiment introuvable ! Est-ce comme le
pensaient les pères fondateurs de la
république, l’ensemble des citoyens
administrés par un même Etat régi par
une administration et une législation
communes ? Dans ce cas, il y a un
peuple français mais non un peuple
guadeloupéen car nous ne sommes pas
gouvernés pas des institutions qui
seraient radicalement indépendantes de
celles de la France. On pourrait dire
que nous sommes une nation mais sans
Etat propre. Mais la nation peut-elle
exister sans Etat ? Les premières
nations qui se sont constituées dans
l’histoire de l’humanité, notamment en
Europe, ont dépassé la cité et l’Empire
grâce au renforcement de leur Etat sous
la monarchie absolue. Les nations n’ont
donc pas toujours existé et il y a eu
d’autres formes d’identité collective
que l’identité nationale.
Mais il y a bien eu un peuple caraïbe
ignorant totalement l’Etat. Dans ce cas,
nous entendons par peuple une communauté
soudée par une culture, une histoire et
un destin commun. C’est donc une
définition anthropologique du peuple qui
convient ici et nul ne saurait nier
qu’il existe en ce sens un peuple
guadeloupéen et un peuple martiniquais
dans cette acception anthropologique et
non politique du terme.
Cependant, l’actualité vient précipiter
le débat autour de la notion de peuple.
Pour l’Etat français, il n’y a qu’un
peuple français c’est-à-dire la
communauté des citoyens formant la
nation française et un guadeloupéen en
ce sens est aussi français qu’un Breton
car juridiquement, en tant que citoyen
français, il a les mêmes droits
politiques que tous les autres Français.
La Constitution ne peut donc
légitimement parler de peuples
d’Outre-mer mais de populations
d’Outre-mer. Mais n’est-ce pas du mépris
pour nous, une non reconnaissance de nos
spécificités voire de notre identité ?
Car nous avons bien le sentiment de
faire peuple. Or, qu’est-ce que faire
peuple ? C’est à y perdre son créole ou
son français si vous préférez. Car si
nous sommes sûrs d’être un peuple
pourquoi vouloir « faire peuple » ?
C’est que nous sommes peuple sur le mode
de ne-l’être-pas ou de ne-l’être-pas
–assez. Nous ne voulons pas nous
contenter d’être simplement un peuple
anthropologique nous voulons faire
peuple politiquement.
Les choses alors se clarifient. Voilà un
peuple anthropologique qui veut devenir
un peuple politique. La solution ?
L’indépendance bien sûr, la chose est
claire. Or, nous voulons être
guadeloupéens sans renoncer à la
citoyenneté française. Qu’ils sont donc
compliqués, ces Antillais, dira-t-on de
l’Hexagone ! Saurons-nous donc jamais ce
qu’ils veulent ? Le peuple veut donc
faire peuple politiquement mais sans
constituer une collectivité politique
indépendante. Comment se sortir d’un tel
imbroglio ? Consultez donc le peuple et
il vous dira ce qu’il veut. Mais c’est
précisément là où le bât blesse.
Avec les états généraux, le Président de
la république espère se débrouiller de
tous ces problèmes que lui posent ces
DOM quelque peu tumultueux. Il pense
ainsi consulter les peuples ou plutôt
les populations (on ne sait plus très
bien) d’Outre-mer sur leur devenir.
Fausse légitimité diront certains élus,
c’est nous les représentants politiques
du peuple guadeloupéen ou du peuple
martiniquais et nous sommes dûment
mandatés pour consulter notre peuple
comme nous le faisons en Guadeloupe avec
sa consultation quant à un projet
guadeloupéen. Contrairement à leurs
homologues martiniquais, nos élus
veulent un projet qui vienne du peuple,
élaboré par le peuple et sur lequel le
peuple tranchera dans dix-huit mois.
Belle leçon tout de même de démocratie
participative.
Non ! disent Domota et les dirigeants du
LKP. Le peuple c’est nous, pèp-la ;
nous avons mis des dizaines de milliers
de manifestants dans les rues et nous
exprimons toutes les demandes du peuple
donc nous sommes le peuple légitime.
D’ailleurs les élections sont un piège à
cons, les élus des pantins ou bwa bwa
et la démocratie directe doit prévaloir
sur la démocratie représentative. Je
dois avouer que je m’y perds et que
l’heure de ma retraite
philosophico-politique a bientôt sonné.
Faisons encore un effort même si nous
nous sentons quelque peu « moribond »
pour reprendre une expression de Domota
nous qualifiant.
Entre le peuple de Sarkozy et celui de
nos élus, la question semble réglée car
le Président a déclaré solennellement
que la position de nos élus est légitime
et qu’il la respectera. Cela fait
avancer les choses. Reste donc à choisir
entre le peuple de nos élus et le peuple
de LKP. Mais comment trancher ? J’avoue
mon total embarras. Je suis persuadé que
la solution ne sera pas purement
intellectuelle. Si le LKP maintient sa
position, on va donc vers un
affrontement entre les deux peuples,
chacun étant assuré de sa légitimité, un
conflit entre deux peuples dans un même
peuple, ce qu’on appelle au fond une
guerre civile. Que faire ? La balle est
dans ton camp, peuple guadeloupéen,
source de la souveraineté, et tu as
intérêt de te grouiller car il ne te
reste que dix-huit mois pour trancher.
Jacky Dahomay, Juin 2009