POUR SAUVER L’IRAV
par Patrick Chamoiseau
La
présence d’une école de l’Art dans
un pays qui cherche à se construire
est essentielle. Les lieux de l’Art
sont ceux de la liberté, de la
créativité libre, de l’audace
conceptuelle, de l’insurrection des
imaginaires. Ce sont donc des lieux
de résistances — de celles qui
dépassent les impossibles d’un réel
et qui fournissent à notre futur sa
plus sûre origine. Ce sont les lieux
de la beauté, donc du renouvellement
constant par lequel les hommes et
les cultures fondent leur vision du
monde et les projections qu‘ils
peuvent y déployer. Ces lieux sont
essentiels à la prise en main de ce
que nous voulons ou que nous saurons
être. Dans une politique culturelle,
les lieux de l’Art, et
singulièrement celui de l’école,
sont de l’ordre du vital.
C’est pourquoi on ne saurait
l’abandonner à l‘appétit d’un
potentat dérisoire, dont la seule
perspective est de s’assurer un
pré-carré, voire un petit joujou, et
d’invalider non seulement tout
projet pédagogique mais la présence
de celui ou de celle qui saurait le
mettre en œuvre, à savoir d’un
directeur, responsable devant le
Conseil d’Administration, mais
disposant d’une pleine autonomie de
gestion et de mise en oeuvre.
L’Institut Régional d’Arts visuels
(I.R.A.V.) est en train de mourir
dans une désorganisation insidieuse
et une asphyxie insupportable. Les
voix internes se taisent car la
précarité des situations sous
l’autoritarisme ambiant anesthésie
bien des indignations.
Nous rendons hommage au plus
considérable de nos plasticiens. En
mettant sa santé, sa vie même en
péril, il nous a fait la
démonstration qu’une conscience
d’artiste, qu’un rapport à la
beauté, est toujours un rapport à
l’exigence sans faille. Que c’est
surtout une affaire de courage. M.
Ernest Breleur n’a poursuivi aucun
intérêt personnel. Son retrait de la
vie enseignante est déjà programmé.
Il a seulement eu le souci de ne pas
laisser mourir un outil qu’il
considère — et nous le considérons
avec lui — indispensable à la
vitalité de nos imaginaires, donc à
notre futur.
C’est pourquoi nous demandons de
manière solennelle au Président du
Conseil Régional :
De
remplacer l‘actuel président du
Conseil d’Administration de l’
I.R.A.V. par un homme politique
sérieux et responsable ;
D’inscrire, dans la gouvernance
constitutionnelle de cette école, le
partage non négociable entre le
politique et le pédagogique ;
D’ouvrir ce Conseil d’Administration
à des personnalités impliquées dans
la vie artistique et culturelle des
Amériques, du monde, et de veiller à
son véritable fonctionnement ;
De
nommer sans attendre, — sur la seule
base non d’un simple profil mais
d’un projet pédagogique accordé à
notre souci de plénitude et de
responsabilité collective — un
directeur pédagogique disposant
d’une pleine autonomie de
conception, d’adaptation et de mise
œuvre ;
Enfin, d‘assurer financièrement à l’
I.R.A.V. les moyens d’un audit
financier et d’une refondation.
Pour le collectif « Konvoi ba
l’I.R.A.V. »
Patrick CHAMOISEAU.