|
 |
|
--__- |
"Kiss-in" contre
l'homophobie, le 14 février 2010 à
Paris |
La Gay Pride est politique
Lesbian
& gay prides" ou "marches des fiertés", les manifestations qui
traversent les villes chaque année, en couleurs et en musique, portent
un message politique. Elles perpétuent l'hommage rendu aux émeutiers
new-yorkais de 1969 qui se sont élevés contre le harcèlement policier
des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bis et trans). Depuis quarante
ans, ces marches permettent aux personnes LGBT de mener leur combat en
s'exprimant à la première personne. Elles rassemblent aujourd'hui bien
au-delà des seuls militants LGBT.
A travers le succès de
ces manifestations, c'est le mouvement historique de libération
sexuelle qui se poursuit. Leurs combats contre la lesbophobie,
l'homophobie et la transphobie font écho aux premières luttes pour
l'affirmation de l'égalité des genres. Les victoires des féministes
pour la maîtrise de la procréation annonçaient celles de tous ceux qui
s'affranchissent aujourd'hui des normes biologiques de la famille.
La
part de transgression qui caractérise ces manifestations n'est pas
gratuite. Elle traduit une volonté d'émancipation, un refus des normes
inutiles qui restreignent les libertés individuelles. Ce combat
politique est d'actualité. Il s'agit bel et bien d'une marche
politique, dont les victoires sont politiques : la dépénalisation de
l'homosexualité, la reconnaissance de tous les couples, l'ouverture du
mariage, la reconnaissance des familles homoparentales, la libre
définition de son identité de genre, etc.
Ces manifestations
viennent réaffirmer la valeur des libertés individuelles et de
l'égalité, au moment où s'engage la préparation du rendez-vous de 2012.
Pour les socialistes, en 2012, il ne s'agira pas seulement de rattraper
le retard pris par la France pendant les deux derniers quinquennats. Il
s'agira aussi de dire quelle est la société que nous voulons, quelles
sont les libertés que nous protégeons et quelles sont les familles que
nous reconnaissons.
SOLIDARITÉ
La société que nous
voulons est fondée sur l'attention aux autres et sur le respect de
chacun. Chacun doit pouvoir construire sa vie comme une œuvre
personnelle, et faire de cette œuvre l'expression de ses libertés
individuelles. Dans le contexte dangereux de la multiplication des
fichiers nominatifs, il est temps de redéfinir quelques principes. Il
est temps de rendre à chacun la maîtrise de l'identité de genre à
travers laquelle il souhaite que la société le reconnaisse. Cette
identité de genre est une réalisation personnelle, détachable des
mesures biologiques. L'archaïsme du droit français aboutit à des
impasses ubuesques qui mettent en danger les personnes "trans".
Devant
la dureté des déséquilibres économiques, l'individu est plus fragile.
Chacun doit pouvoir s'appuyer sur la solidarité de tous. Or la famille
reste un maillon essentiel de cette solidarité. Mais elle a évolué
beaucoup plus vite que la loi, à tel point que notre droit la maltraite
plus qu'il ne la protège. Revenir sur la définition de la famille, ça
n'est pas seulement dénoncer les injustices évidentes qui pèsent sur
les enfants des familles homoparentales. C'est aussi proposer une
société qui ne fonde plus le lien familial sur la biologie, mais sur
l'engagement des parents et sur leur responsabilité. Au-delà de la
famille, c'est aussi la solidarité en matière de protection sociale
qu'il s'agit de réaffirmer, à l'heure où les franchises médicales et la
réforme hospitalière compliquent l'accès des séropositifs à des soins
de qualité et où les moyens consacrés à la prévention du VIH restent
insuffisants.
C'est bien d'un projet de société dont il est
question dans les revendications politiques portées par ces
manifestations. C'est un projet qui répond à la société individualiste,
empreinte d'ordre moral, qui s'est installée en France. Un projet
laïque qui préfère, en somme, le "un pour tous, tous pour un" au
"chacun pour soi et dieu pour tous".
Gilles Bon-Maury a publié Familles en miettes (Bruno Leprince, janvier 2010).