Une
bien-pensance
qui, pour
protéger les femmes,
tend à
diaboliser les hommes

Les rapports
homme-femme, masculin-féminin sont le centre de
nombreux débats et il y a consensus dans les
pays occidentaux pour effacer toute trace de
société patriarcale traditionnelle et prôner
l’égalité entre hommes et femmes. L’insuffisance
de parité et l’épouvantail d’un recul des droits
acquis renforce néanmoins les féministes dans
leur lutte contre toutes les discriminations.
Cette volonté légitime et quasi unanime ne
favorise-t-elle pas cependant la perte de
l’esprit critique et l’installation d’une
bien-pensance ? La contestation des valeurs
traditionnelles et l’idéalisation de celles qui
leur sont opposées n’aboutissent-t-elles pas à
une victimisation des femmes et à une
diabolisation des hommes ?
Contestation des
valeurs traditionnelles et idéalisation des
valeurs féminines
Il y a plus de 10
000 ans, la mise en place de la phallocratie
déclenche la guerre des sexes. Alors que
l’humain reste fasciné par le féminin, la
société patriarcale traditionnelle donne la
priorité au versant masculin. Elle infériorise
d’autant plus les femmes qu’elles sont accusées
de détourner les hommes de leurs devoirs et
d’occasionner des désordres préjudiciables à
l’ordre établi. La différence féminine
transparaît dans les œuvres d’artistes et
d’intellectuels isolés ou dans des
revendications spontanées. Elle trouble les
individus mais ne peut cependant atteindre les
dirigeants qui assoient leur légitimité sur des
divinités masculines ou même sur un dieu unique
et incontesté. Il faut attendre le XVIème siècle
en Europe pour que soit remise en cause
l’origine divine de toute autorité sur terre. La
société patriarcale traditionnelle se trouve dès
lors combattue par des forces contraires qu’il
est possible de qualifier de « féministes » dans
la mesure où elles vont s’opposer radicalement à
toutes les valeurs, à toutes les règles, à
toutes les institutions mises en place par
l’homme pour maîtriser la féminité. La
contestation de la domination mâle par les
humanistes, par les philosophes des Lumières,
les révolutionnaires, les romantiques, les
libéraux, les démocrates et enfin par les
mouvements féministes, va venir à bout en
quelques siècles des régimes autoritaires et
sexistes. Ceux-ci ont pratiquement disparu, au
moins dans le monde occidental, et les rares
individus qui espèrent leur retour n’ont plus la
possibilité de le manifester en public.
Avec le refus de
la société patriarcale traditionnelle, c’est le
prestige de l’homme lui-même qui est
sérieusement mis à mal : dans tous les domaines,
sa place qui était évidente ne l’est plus. Non
seulement il ne profite plus autant de l’aura
que lui donnait le pouvoir politique, mais son
pouvoir économique n’est plus garanti. La
société organisée par lui et pour lui s’est
féminisée. Quand il « s’accroche » encore à ses
titres, il n’en retire plus la même gloire.
Enfin, cet homme que l’on pourrait croire fort
et obstiné est le premier à applaudir les
femmes ; il peut même se laisser aller à
fantasmer sur leur toute puissance : le
féminisme triomphe !
Les femmes n’ont
pas encore pris le pouvoir détenu par les
hommes, mais l’idéologie machiste sur laquelle
reposait leur domination n’est plus prééminente.
Au contraire, toutes les valeurs masculines sont
aujourd’hui dépassées ; toutes les institutions
qui s’en réclamaient sont suspectées ; toutes
les autorités, qu’elles soient politiques,
économiques, religieuses, scolaires, médicales,
familiales … sont remises en cause. Aujourd’hui,
l’individu libre ne veut plus dépendre de qui
que ce soit ; dans une société qui a pour
principe l’égalité, la hiérarchie devient
indécente. Tout homme dans une position de
pouvoir et à plus forte raison s’il appartient
aux cadres traditionnels est menacé par le
« changement » qui apparaît inévitable et
forcément bienfaisant : la pensée dominante est
dorénavant celle des dominés ! Ainsi l’opinion,
qui adopte une position maternelle et
protectrice, préfère se situer du côté des plus
faibles, des femmes face aux hommes, des hommes
de couleur face aux blancs, des pauvres face aux
riches, des minorités face à la majorité, des
homosexuels face aux hétérosexuels … Il faut
écouter la France d’en bas, faire de la
« démocratie participative » et ne plus se fier
aux énarques ! Il ne faut plus être obéissant
mais rebelle, ne plus être raisonnable mais
spontané et même passionné ! Puisqu’il y a
égalité et que tout se vaut, apparaître cultivé
est devenu méprisant : la réflexion et le
jugement rigoureux ne font-ils pas apparaître
des nuances et des oppositions qui empêchent
d’éprouver ensemble de belles sensations…
« L’imperium de la raison a cédé le pas à la
tyrannie de l’émotion »
qui non seulement n’est plus réprimée mais
devient la clé du bonheur. Des valeurs et des
qualités dites masculines, il n’est montré que
le côté négatif alors qu’inversement celles
dites féminines apparaissent uniquement
positives. Ainsi la force devient de la
sauvagerie, la distance de l’indifférence, la
rigueur de l’inadaptation, tandis que
l’attendrissement est toujours associé à l’amour
mais jamais au manque de fermeté, la proximité à
l’écoute mais jamais à la confusion. La vision
du monde féministe dévalorise tout le versant
masculin et adulte mis en avant par les hommes
au pouvoir pour n’encenser désormais que le
féminin et la jeunesse. Elisabeth Badinter le
reconnaît elle-même : « Le rêve égalitaire a
démantelé la masculinité traditionnelle et mis
fin à son prestige. (…) Cela s’est traduit par
un rejet des valeurs masculines et
l’idéalisation des valeurs féminines. »
Cette nouvelle norme est maintenant acceptée y
compris par les hommes, tant ces derniers sont
honteux d’appartenir à l’espèce mâle coupable
des forfaits sexistes. Leur besoin de repentance
face à celles qui apparaissent toujours comme
des victimes, les obligent à se taire, à se
terrer, à s’oublier eux-mêmes. La révolution
féministe apportant liberté, modernité, harmonie
s’impose.
« Victimisation »
des femmes et « diabolisation » des hommes
La nouvelle pensée
féministe rejette toute idée de supériorité de
l’un par rapport à l’autre. Au nom de l’égalité,
la différence des sexes ayant servi à justifier
la domination de l’homme, est remise en cause.
La difficulté à assumer l’altérité, résolue par
les hommes en infériorisant les femmes, se règle
désormais en niant les différences : celles qui
sont visibles ou que la science arrive à
démontrer sont minimisées ; celles qui sont
issues de la structuration du psychisme et ne
peuvent être prouvées, puisque appartenant au
domaine de l’inconscient, sont déniées. Les
travaux de psychanalystes aussi réputés que ceux
de Lacan ou Françoise Dolto sont accusés de
cautionner le patriarcat et sont relégués dans
l’oubli au profit de ceux des sociologues
dénonçant les ravages de la construction sociale
« genrée ». L’éducation et les discriminations
sexistes pourraient en elles-mêmes expliquer
tout manque de parité.
La diabolisation
du pouvoir masculin
Déniant la différence des
sexes, la bien-pensance féministe transforme
l’égalité en droits en droit à l’égalité et la
demande d’équilibre, en droit à la parité. Le
caractère injuste et misogyne de la société
dirigée par les hommes est ainsi d’autant plus
facile à démontrer que cette exigence n’est
jamais satisfaite. Chaque homme atteignant une
fonction importante s’expose ainsi à être
dénigré ; ne sont plus mis en avant ni sa
volonté, ni sa débauche d’efforts pour y
arriver, ni son talent pour l’exercer. Il est au
contraire suspecté d’avoir bénéficié de faveurs
et d’abuser de son pouvoir. Le pourcentage de
femmes députés fait certes apparaître de très
nettes inégalités, mais s’est-on un jour demandé
quel était réellement le pourcentage de femmes
vraiment intéressées par ce poste ? Le rapport
entre femmes et hommes motivés ne serait-il pas
sensiblement le même que celui des élus ? S’il
semble difficile de ne pas imputer une part de
leur manque de combativité à la construction
sociale en place, c’est davantage leur
différence de structuration du psychisme qui
semble ici se manifester : les remarques
notamment d’Edith Cresson et de Françoise Giroud
qui laissent entendre que le pouvoir a tendance
à augmenter les capacités de séduction des
hommes et à diminuer celles des femmes, vont
dans le sens de ce postulat. Cette constatation
ne traduit-elle pas la différence de sensibilité
des hommes et des femmes face au pouvoir ? En
effet, l’homme fasciné par « La femme » qu’il
fantasme « toute-puissante » n’a-t-il pas besoin
de « gagner de la hauteur » pour la mériter ? De
son côté, celle-ci n’a-t-elle pas envie aussi
d’un homme brillant pour pouvoir l’admirer,
c’est à dire se mirer dans lui et se voir ainsi
confirmer sa toute-puissance fantasmatique ?
Ainsi, combien de femmes soit disant dans
l’ombre, poussent-elles leur compagnon vers les
titres et les honneurs pour en jouir autant,
sinon plus que lui, lorsqu’il les obtient ! Le
goût des hommes pour les honneurs serait-il
moins glorieux que celui des femmes pour les
hommes célèbres ! Ces quêtes ne sont-elles pas
tout simplement différentes et humaines et
n’expliquent-t-elles pas en grande partie les
écarts de motivation et le manque de parité dans
ce domaine !
La
diabolisation de la sexualité masculine
La dénégation de
la différence des sexes a aussi bouleversé les
règles de vie en société. Alors que le port du
voile sert encore à inférioriser la femme, la
politique du « tout sauf le tchador » est
appliquée par la femme libérée. Au nom de
l’égalité, il n’est plus tenu compte du regard
de l’homme et celui-ci, s’il est troublé par un
déshabillé, est invité à fermer les yeux ou à
régler lui-même ce qui est considéré « comme son
problème ». Alors que ces tenues vestimentaires
ou l’absence de tenue sont destinées à attirer
l’attention et surtout celle de l’homme, il lui
est demandé de rester neutre et distant. L’homme
ne doit plus libérer sa sexualité, comme le
demandaient les soixante-huitards, mais s’en
libérer. Pour être correct face à une femme qui
libère la sienne, il doit maîtriser ses pulsions
et ne plus avoir de désirs s’il ne veut pas être
perçu comme un obsédé sexuel et condamné pour
harcèlement.
La
diabolisation de la violence masculine
La victimisation
des femmes est encore plus nette lorsqu’on
aborde le sujet sensible des violences. S’il
n’est pas question de justifier, ni même de
minimiser celles qui leur sont faites, il est
néanmoins possible de se demander pourquoi les
études ne concernent que celles-ci et jamais
celles faites aux hommes. L’étude de l’Enveff
(que de
nombreuses féministes, parmi lesquelles
Elisabeth Badinter, contestent) est de plus très
souvent manipulée : les 10 % de femmes victimes
de violences conjugales deviennent parfois des
femmes battues alors que ce sont les violences
verbales les plus nombreuses. Les hommes ne
recevraient-ils jamais de gifles ni jamais
d’insultes ? Si l’on veut bien admettre la
différence des sexes et donc que la violence
physique d’un homme sur une femme fait plus de
dégâts que celle d’une femme sur un homme, ne
faudrait-il pas alors se demander si la violence
psychique exercée par une femme sur un homme,
qui certes ne laisse pas de traces visibles, ne
fait pas plus de dégâts que celle d’un homme à
l’encontre d’une femme ? Mais là encore cette
question est d’autant plus choquante que les
hommes eux-mêmes, subissant ce que certains
appellent « un viol psychique », ne le
comprennent pas et ne veulent pas le
reconnaître : cette agression qui les renvoie à
la castration psychique primaire est encore trop
insupportable et ils préfèrent la refouler. Très
souvent, et d’autant plus facilement qu’ils
culpabilisent eux-mêmes, ils sont pourtant
renvoyés à leurs problèmes personnels et invités
à se « faire soigner ». Cette réponse n’est-elle
pas comparable à la défense de certains violeurs
qui, n’éprouvant pas ce les femmes peuvent
ressentir, leur reprochent de « faire toute une
histoire » d’avoir été « un peu forcées » à
faire l’amour. L’homme moins sensible aux
brutalités physiques peut s’imaginer qu’il en
est de même pour le sexe opposé. Il ne peut
respecter « la fragilité physique » de l’autre
sexe que s’il s’efforce de la concevoir. Alors
pourquoi les femmes, qui ne peuvent éprouver la
fragilité psychique des hommes, ne
devraient-elles pas elles aussi accepter de
l’entendre et d’en tenir compte ? Si la
fragilité physique n’est pas une infériorité de
la femme, pourquoi la fragilité psychique des
hommes devrait-elle être une faiblesse ? Si les
agressions faites aux femmes sont inacceptables,
pourquoi faudrait-il cautionner celles faites
aux hommes ? Le fait que les victimes feminines
puissent être plus nombreuses et depuis plus
longtemps, devrait-il les y autoriser ?
La
diabolisation de l’homme
La vision du monde
féministe qui diabolise ce qui émane du genre
masculin ne reconnaît pas pour autant les
nouvelles valeurs de référence comme féminines :
elle les considère comme des qualités dont
l’homme et la femme sont également pourvus et
qu’ils peuvent et doivent donc l’un et l’autre
développer : l’égalité entre eux paraissant
possible, toute différence de performance est
jugée anormale. Alors que l’incomplétude de la
femme serait la conséquence d’une construction
sociale sexiste, les manquements de l’homme
proviendraient, quant à eux, d’une mauvaise
éducation à corriger impérativement. Obligé de
se mettre à niveau, il pourrait bénéficier d’une
compassion toute maternelle, s’il acceptait de
se remettre en cause. Il sera par contre rendu
responsable de son exclusion, s’il se montre
réfractaire au « progrès ».
Bien-pensance et
perte de repères
Après des siècles
de dictature mâle, la réaction féminine apparaît
comme un juste retour de balancier. La
diabolisation de l’homme et du masculin
déconcerte ce sexe autrefois dit « fort ». Elle
laisse aussi les femmes dans le regret de ne
plus trouver face à elles un homme avec lequel
se confronter et sur lequel s’appuyer. Celui-ci
a perdu son prestige et abandonné l’autorité
paternelle. Or, la transformation de cette
dernière en autorité parentale se traduit le
plus souvent par la perte de l’autorité du père.
La dénonciation justifiée de son rôle
traditionnel, tyrannique et sexiste, a permis le
rejet à l’unanimité de sa fonction éducative
forcément répressive. Si la fin des conflits et
l’installation d’un dialogue démocratique et
apaisé avec les enfants semblent pour la
majorité un progrès incontestable, qu’en est-il
exactement ? Ne voit-on pas de plus en plus
d’enfants sans limites ? Ne voit-on pas de plus
en plus d’enfants « hors la loi » incapables de
suivre les règles de vie en société, les règles
de la discipline, de l’écriture, de la langue,
du calcul et donc inaptes à apprendre quoi que
ce soit dans la famille ou à l’école ? Comment
pourraient-ils d’ailleurs apprendre d’un
professeur dont l’autorité est de moins en moins
reconnue ? Considérés avec une compassion toute
maternelle, ces élèves sont excusés pour leur
manque de motivation et la responsabilité de
l’échec scolaire est attribuée à l’école alors
qu’elle n’a jamais été aussi accueillante, que
les enseignants n’ont jamais été aussi
compétents, que les méthodes pédagogiques n’ont
jamais été aussi pointues.
La dévalorisation
de la fonction du père est en grande partie
responsable des difficultés d’apprentissage.
Elle favorise aussi ce qu’elle voulait
empêcher : la montée de la violence et du
machisme. En effet, la non-violence engendre
souvent la violence. Le pacifisme affiché sert
parfois de paravent au laxisme et au refus
d’entrer en conflit pour maintenir des liens
affectifs fusionnels. La condamnation des
anciennes méthodes éducatives, parfois
inhumaines, justifie aussi le refus de fixer les
limites. L’enfant, sans repère, ne pouvant se
confronter à une autorité qui lui résiste et ne
pouvant exprimer sa révolte, a alors tendance à
« avoir la haine ». Ne sachant ni comment
l’exprimer, ni contre qui la diriger, il ne peut
que la retourner contre lui-même ou contre le
premier venu. Les femmes en sont les premières
victimes. Le machisme s’est longtemps reproduit
par l’éducation mais aujourd’hui il est surtout
la conséquence d’un manque d’éducation. Les
néomachos sont souvent des enfants sans père et
sans repères. N’ayant pas eu de modèle d’homme à
imiter, ils l’inventent en le caricaturant. Ne
pouvant admirer des pères humiliés par la
révolution industrielle, par la défaite de 1918,
par le chômage, les jeunes allemands des années
trente avaient trouvé leur référence chez les
nazis ! De même aujourd’hui, pour se prouver
qu’ils sont des hommes, certains adolescents
ont-ils besoin de dominer les jeunes filles et
de se montrer violents : le viol devient pour
eux le moyen de retrouver l’honneur perdu des
mâles. Pour se construire une identité, certains
peuvent investir une religion qu’ils ne
connaissent que très peu et qu’ils vont
pratiquer de façon caricaturale, l’intégrisme
devenant alors le moyen de justifier leur
machisme. Ces nouveaux machos sans cadre sont
ainsi plus dangereux que les anciens, qui
étaient malgré tout limités par les règles
strictes de la société traditionnelle.
Le manque de père
est peu évoqué pour expliquer la délinquance,
l’échec scolaire ou la montée du machisme. Ce
sont au contraire les contextes sociaux
difficiles qui deviennent les causes alors
qu’ils ne sont souvent que des phénomènes
aggravants. La victimisation des dominés évite
ainsi de s’interroger sur la façon dont on
éduque nos enfants dans une société égalitariste
où les fonctions symboliques non
interchangeables de père et de mère ont été
abandonnées au profit des seuls rôles affectifs
semblables ? Ce sujet est cependant trop
dérangeant puisqu’il remet en cause la
conception de l’autorité parentale et donc de
l’égalité défendue par les tenants de la
bien-pensance féministe.
Bien-pensance et
idéologie sexiste
Luttant contre le
sexisme des hommes et se positionnant du côté de
la démocratie, la pensée féministe apparaît
infaillible. Se réclamant des principes
d’égalité et réfutant la supériorité ou
l’infériorité des uns ou des autres, les
bien-pensants féministes disent condamner le
sexisme. Ils n’infériorisent effectivement pas
les hommes en tant que groupe sexué, mais
peuvent par contre les accuser de lenteur pour
acquérir des qualités que les femmes possèdent
et qui sont imposées comme modèle. Par ce
subterfuge très subtil, ils semblent ne
critiquer que les individus mal éduqués ou
malades et non le sexe mâle, mais pourtant les
sujets concernés et diabolisés sont toujours de
sexe masculin. Ils sont englobés dans « l’axe du
mal » (du mâle) contre lequel il faut lancer la
croisade. L’autre sexe, non admis par
l’idéologie machiste ne l’est pas davantage par
le gynocentrisme féministe. En effet, celui-ci,
en considérant les hommes « malades », n’est-il
pas le pendant féminin du sexisme masculin qui
faisait des femmes « des hommes imparfaits » ?
La différence entre ces deux sexismes ne
réside-t-elle pas simplement dans le fait que
l’un est maintenant condamnable et même condamné
alors que l’autre devient la norme ?
Aujourd’hui, ne
pas s’inscrire dans le mouvement progressiste et
féministe est devenu une marque d’immobilisme,
d’obscurantisme et de collusion avec les
adversaires de la démocratie. La lutte exige une
adhésion totale : la critique de son groupe fait
de son auteur un ennemi, un traître qu’il faut
éliminer. Désapprouver la vision du monde qui
transforme l’égalité en droits en égalitarisme
est inimaginable. Ne pas dénoncer dans toute
différence une discrimination est assimilé à du
révisionnisme. Les tenants de la bien-pensance
féministe, comme de toute idéologie, ne peuvent
concevoir qu’ils puissent dériver. Ils
apparentent le moindre questionnement à une
remise en cause des droits des femmes, à une
attaque venant du « camp adverse ». Le simple
fait qu’il y ait interrogation est la preuve de
l’existence d’une menace réactionnaire qui
légitime une riposte radicale. Comme dans les
régimes totalitaires, la ligne officielle ne
peut être contestée et ceux qui émettent des
réserves sont traqués. Ces dissidents sont alors
jugés avant d’être entendus. Ils ne sont pas
condamnés au goulag mais ne sont pas écoutés et
cloués au pilori avec l’étiquette de « vieux
machos réactionnaires » par le « camp du bien ».
Réduits au silence et à l’oubli, ils n’empêchent
plus les bien-pensants de bien penser en
s’auto-congratulant.
La réaction
féministe aux outrances de la société
patriarcale traditionnelle a fait avancer la
société occidentale. En devenant une idéologie
dominante, cette réaction dérive et se sclérose
en une nouvelle bien-pensance qui bloque toute
réflexion. La nécessité de continuer la lutte
pour le respect des droits n’a pourtant pas à
craindre la démobilisation des militants. Au
contraire, les questionnements sont
indispensables pour faire progresser une pensée
et évoluer les projets. Non seulement les
dérives décrédibilisent le féminisme mais alors
que ses partisans veulent en faire un rempart
contre les réactionnaires, ils leur donnent des
armes pour dénoncer la démocratie. Ainsi, le
conservatisme de ceux qui veulent remettre en
cause les droits acquis est alimenté par
l’extrémisme de ceux qui se figent sur des
positions utopistes. Ce manichéisme stérile et
les tensions qu’il engendre entre les hommes et
les femmes, ne favorise jamais le dialogue. Il
ne permet ni la réflexion ni la recherche de
règles du jeu acceptables pour vivre ensemble
dans le respect des uns et des autres. N’est-ce
pas au final la démocratie qui en pâtit ?
N’est-ce pas au final les sujets hommes ou
femmes qui en sont les victimes ?
Jean
GABARD,
http://www.jeangabard.com
Le
féminisme et ses dérives - Du mâle
dominant au père contesté.
Les
Editions de Paris, mai 2006.