A l'affiche
Cinéma
Expositions
Musique

Théâtre

 

 

 


powered by

FreeFind

Lien1
Lien2 Lien3

 

Haro sur le Dahomay !


 

Ou comment l’orthodoxie pseudo-révolutionnaire veut en finir avec le débat en Guadeloupe

Certains échotiers véhiculent dans leurs articles une vision bien navrante du débat politique et social en Guadeloupe. Ils tirent jouissance de l’attribution de bons et de mauvais points aux uns et aux autres au nom d’une légitimité militante autoproclamée. Là ou on attend des contributions au débat, on assène des certitudes. D’autres lancent des attaques glauques sous le prudent couvert de l’anonymat, alors qu’eux attaquent les gens nommément. Est-ce une façon de les jeter en pâture à la vindicte des «vrais Guadeloupéens»? On sait dans quelle tradition s’inscrit ce genre d’attaque.

On a affaire à une nouvelle bienpensance pseudo-militante;  une bienpensance d’autant plus moralisatrice qu’elle est creuse sur le fond. On écrit comme si les problèmes de la Guadeloupe étaient identifiés, analysés, ficelés, emballées et livrables à domicile. On oublie que tout militant anticolonialiste est d’abord un militant des droits de l’homme (une personne qui abhorre les pwofitasyon et les dénis de justice), et on s’en prend a ceux qui osent rappeler que la lutte politique et sociale en Guadeloupe ou, plutôt, le discours politique et sociétal, quels que soient les oripeaux dont il s’affuble, ne peut faire l’impasse sur la question de la construction d’un espace politique moderne fondée sur la loi. Et ce, au-delà même des convictions nationalistes. En effet, il nous faut construire le vivre-ensemble. Il nous faut garantir la liberté de l’individu face au groupe, clarifier les limites entre les droits et les devoirs. Les Guadeloupéens ne peuvent pas faire l’économie, sans courir le risque de graves déboires ultérieurs, d’une réflexion sur les dangers des tentations intégristes et macoutistes qui hantent les esprits. Disons non à toute vérité révélée et oui à la discussion et au débat contradictoire.

Jacky Dahomay est mis au pilori parce qu’il ne donnerait pas la priorité absolue à la lutte pour l’émancipation du peuple guadeloupéen, parce qu’il se ferait complice du système, bref, parce qu’il refuserait d’être un « bon Guadeloupéen ». Mais n’a t-on lu ses interventions contre, entre autres, Finkielkraut, Dieudonné, la manipulation du 7 décembre? Ne lui reproche t-on pas surtout d’être un homme réfractaire à l’alignement et à la pensée unique, insensible aux sirènes d’un nationalisme bon teint fondé sur la démission du droit et la compromission des principes ? Mais, loin de répondre sur le fond, ses contradicteurs réduisent le débat à des attaques ad hominem. Lui envie t-on sa liberté de ton, son audace, sa forte individualité ? Pas étonnant que certains médias privés aillent jusqu’à des amalgames malsains entre sa vie privée et son action publique.

Mais qu’en est-il aujourd’hui des luttes pour l’émancipation politique et sociale de la Guadeloupe? Notre pays est actuellement le théâtre de nombreuses luttes légitimes des travailleurs pour la conquête d’avantages économiques et sociaux. Mais on voit mal comment une Guadeloupe qui serait parvenue à accumuler un maximum de droits et d’avantages dans le cadre franco-européen serait en route vers l’émancipation. Il y a là une contradiction vielle comme le combat anticolonialiste en Guadeloupe. Plus nous conquérons des droits dans le cadre franco-européen, plus, de fait, nous nous intégrons à la France, et plus le kascod devient problématique. En outre, cette intégration a comme effet d’atténuer chez nous l’impact déstabilisateur du capitalisme libéral mondialisé que nos voisins de la Caraïbe subissent de plein fouet, ce qui nous fait vivre dans ne sorte de bulle économique et sociale qui fausse notre perception des réalités internationales.

Maintenant, que dire de la poursuite d’objectifs symboliques comme la commémoration de l’Abolition de l’esclavage ou la reconnaissance du combat héroïque de nos ancêtres neg mawon et rebelles historiques? Ces avancées sont très importantes mais ne sont qu’une étape vers la construction d’une société moderne multiconfessionnelle et multiethnique. Par ailleurs, les contraintes écologiques le disputent désormais aux considérations économiques et politiques. La question nous est déjà posée: peut-on concilier un modèle de développement qui, de fait, privilégie la consommation à outrance avec les nécessités de la protection de l’environnement?

Disons pour conclure que nous sommes tous en grand besoin d’humilité. Ce que Dahomay vient questionner, c’est le prêt-à-porter idéologique qui prétend toujours « encadrer » les mouvements de lutte d’émancipation partout dans le monde. Certains ne sont-ils pas tentés de prendre des raccourcis simplificateurs et de rendre le colonialisme responsable, en vrac, de l’arrivée massive d’immigrés, de la démotivation des élèves, de la diminution de la ressource halieutique, de l’accroissement du nombre de divorces, des cas de dengue et de Sida en Guadeloupe? Quoi encore ? Il nous faut davantage de Jacky Dahomay.

Guy Lubeth