Manifeste contre
le blocage en Guadeloupe : non-dits
et réalités.
Oui, il s’agit bien
d’un blocage généralisé et
intentionnel, plus ou moins organisé
et non d’une grève générale
illimitée comme annoncée. Ce fait
établi, nous conduit nous jeunes
Salariés, Cadres et Chefs
d’Entreprises guadeloupéens
d’origines diverses, à émettre ces
constats en quelques points.
I - Discours et
propagande
Face à des poncifs, à
de l’intoxication et autres
contrevérités, il semble urgent de
rappeler quelques éléments d’ordre
économique et sociétal. Les
principaux agrégats économiques de
notre département restent peu
significatifs, voire décourageants :
taux de chômage à deux chiffres,
taux d’endettement qui croît aussi
vite que le taux d’équipement des
ménages…
Rappelons également
que notre département jouit
largement de la générosité
européenne à travers les dispositifs
de soutien financier, que nos
richesses naturelles sont quasiment
inexistantes, que notre agriculture
est en déclin et que le tourisme est
en sursis.
Flatté par un
discours revendicatif et quelque peu
agressif, notre individualisme
exacerbé nous engage à prendre
possession de la rue au lieu de
prendre possession du pouvoir
économique et tenter d’inverser la
tendance.
Ce mouvement est une
mascarade, une tromperie collective
engagée et soutenue par un mouvement
populiste qui défend certes, une
idéologie (radicale) mais qui ne
tient compte d’aucune notion
financière, économique ou
entrepreunarial !
Se battre de manière
collective et concertée contre un
système auquel nous avons tous
contribué passe par une réflexion
bien plus profonde, bien plus
technique et moins partisane qui
permettra d’obtenir des résultats
bien plus significatifs qu’une
simple revalorisation de salaire (récompense
ultime, qui satisfera une logique de
consommation à court terme, et qui
n’améliorera au final en rien notre
situation).
II – Méthodologie,
CQFD
Nous assistons à un
véritable HOLD-UP ! Salariés et
Chefs d’Entreprises que nous sommes,
notre quotidien et notre destin est
depuis bientôt quatre semaines entre
les mains de Syndicalistes (c’est
officiel il s’agit bien d’une
profession !) qui, affirment se
battre « pour des lendemains
meilleurs pour nos enfants » alors
même qu’au rythme où vont les choses
il n’est pas certain qu’il y ait un
lendemain !
Qu’en est-il de tous
ces corporatismes qui se greffent
opportunément à ce blocage ? Les
dockers, les salariés d’EDF ou de la
Générale des Eaux sont-ils vraiment
à plaindre ?
Et que dire des
Gérants de stations-service qui
combattaient avec acharnement le
principe de la libre concurrence et
qui après avoir obtenu gain de cause
n’ont pas tenu leurs engagements,
conscients que leurs agissements
permettaient le maintien de la
mobilisation et ainsi l’étranglement
de l’économie.
III – A défaut du
carnaval, la révolution en chantant…
Fort surpris
qu’après quatre longues semaines de
blocage, qu’il n’y ait eu aucun
intellectuel et/ou universitaire
(Economiste, Sociologue…) pour
alerter l’opinion sur les méfaits
immédiats et futurs d’un tel
blocage.
Le guadeloupéen ne se
complaît-il pas dans cette
situation ?
Il est vrai qu’il est
agréable de jardiner, de faire son
jogging, de visiter sa famille
(alors même qu’on prétend ne pas
avoir de carburant pour aller
travailler !), de regarder les
télénovélas…
Pour rappel :
-
tchoké
n’est pas travailler,
ni créer de la valeur ajoutée
-
tchoké
ne mérite
certainement pas une rallonge nette
mensuelle de 200 €
-
tchoké
ne donne droit qu’au RMI, aux
allocations… et c’est déjà pas mal
Et que dire des
personnes qui défilent avec une
ardeur peu commune dans les rues de
Pointe-à-Pitre et qui, seront
frappées de stupeur et crieront à
l’injustice face à leurs fiches de
paie amputées, constatant que « le
salaud de patron » a eu le culot
(courage ?) de déduire les jours non
travaillés. Pourtant les rues de
Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre ne
tarissaient pas de ces quelques
50 000 manifestants vêtus de rouge,
chantant « La Gwadloup sé tan
nou ».
Et disons le
clairement, il faudra payer les
nombreux crédits à la consommation
contractés et ainsi répondre aux
relances et autres injonctions des
usuriers (?!) représentés par les
sociétés de crédit et les banques.
Le retour à la réalité peut faire
mal, ne l’oublions pas !
IV –
Négociations ?????!
Après les séances
filmées par CANAL 10 du
tribunal qui a siégé durant 1
semaine au WTC, inutile de rappeler
le rôle endossé par chacun :
Procureur, Juges, Avocats, Accusés,
Greffiers…ils sont venus, ils sont
tous là et les réquisitions sont
tombées. Durant ce programme
télévisé surréaliste, digne d’un
roman de science fiction avec en sus
son lot d’injures publiques, de
diffamations et autres accusations
où les élus et les représentants
( ?) du patronat local se sont en
majorité ridiculisés, était-il
véritablement question de
négociation ?
Messieurs les
Syndicalistes, « Salariés Protégés »
de l’ANPE, de la Douane, de
l’Education Nationale, du CHU…,
payés par virement bancaire à chaque
fin de mois, vous n’avez
manifestement aucune idée de la
signification du mot "négocier ".
Pour rappel :
"négocier" = discuter en vue de
conclure un accord ou encore engager
des pourparlers (source
dictionnaire HACHETTE).
Nous ne vous jetons
pas la pierre car vos interlocuteurs
jusqu’ici effrayés par vos méthodes
et discours radicaux ne vous ont
jamais pris au sérieux, vous jugeant
(à juste titre ?) incapables de
transiger et d’entendre certaines
vérités sur la valeur accordée au
travail par nous Guadeloupéens.
Néanmoins, force est
de constater que si vous aviez eu
l’occasion, l’envie et/ou même ne
serait-ce que l’ambition de créer et
développer une affaire, votre vision
aurait été certainement très
différente.
On peut donc à juste
titre s’interroger sur les objectifs
cachés mais réels de cette volonté
de blocage et non de négociation.
V – Elus du peuple
souverain
Certainement reconnus
dans leurs professions respectives
(Médecin, Dentiste, Expert
Comptable, Technicien Agricole,
Avocat…) mais peu en verve sur les
aspects d’ordre économique
et encore moins loquaces sur
tout le reste, nos élus locaux
peuvent-ils régler un conflit de
cette importance ?
Ont-ils seulement la
capacité de compréhension nécessaire
des tenants et aboutissants de ce
blocage ?
Apparemment non. Ils
se contentent de botter en touche et
de fustiger l’Etat Providence (qui a
toujours donné et qui donnera
encore) ou d’exploiter cette période
de contestation à des fins purement
politiques. C’est à notre sens
consternant !
Attribuons le mérite
au Collectif pour sa capacité à
interpeller des interlocuteurs jugés
bien plus crédibles et compétents
(en métropole !!) afin de faire
enfin avancer ce conflit qui, après
deux semaines de mascarade télévisée
n’aura servi…à rien. Disqualifiés
dès les premières heures du blocage,
nos élus, se distinguent par
l’absence d’idées, d’axes de
réflexion et de propositions ou
presque.
Tétanisés par ce
réveil brutal, ils ont failli et se
sont même révélés incapables
d’organiser le débat. Leur seule
proposition débile, survenue dans un
sursaut d’orgueil, fut « une journée
île morte ». Ah bon, ce n’était pas
déjà le cas !
VI- Une goutte
d’eau qui fait déborder le vase :
Honte aux soi-disant
entrepreneurs de TPE et PME qui se
sont rendus, tels des animaux
conduits à l’abattoir, au
rendez-vous proposé le 11/02/2009,
par le collectif à LAKAZA, ou un
bien affligeant spectacle a eu
lieu :
« le YES WE CAN, made in Gwada ! »
Syndrome de Stockholm
ou consommation avérée et collective
de produits stupéfiants, on peut
légitiment s’interroger sur les
raisons amenant ces Chefs
d’Entreprise
à REMERCIER le Collectif au
lieu de DENONCER la situation dont
ils sont et seront les premières
victimes.
Prennent-ils
conscience de l’impact économique de
ce blocage ? Est-ce une manière,
face aux difficultés quotidiennes
rencontrées dans la conduite de
leurs entreprises, de jeter l’éponge
et de se débarrasser à moindre frais
des employés en les envoyant grossir
les rangs de l’ANPE suite à une
cessation d’activité prévisible !
Fort heureusement,
une fois les effets indésirables des
substances illicites atténués,
certains d’entre eux, hors caméra et
hors pression du Collectif ont
retrouvé la raison, se rendant
compte qu’il ne suffit pas de le
vouloir pour le pouvoir.
VII- Presse qui
roule (pour qui ?) n’amasse pas…
Conforme à son image
et à son positionnement la chaîne
privée locale CANAL 10 fait son
travail : proximité, réactions à
chaud, commentaires…
La chaîne publique
locale est à la rue comme
d’habitude, les journalistes (?)
font preuve d’une vraie connivence
avec l’establishment et soutiennent
ouvertement le Collectif afin d’être
certain de pouvoir filmer et obtenir
des déclarations exclusives et
tonitruantes, le tout avec un
éclairage du Docteur ès Economie
(Politicien à ses heures à
Saint-François).
Bref, entendre
suffit, nous préférons de loin
contempler la mire de TDF !
A la radio, RCI fait
mieux en distinguant clairement
l’information de la partie
éditoriale, même si elle connaît
aussi quelques tentations…
La presse écrite,
quant à elle, par l’intermédiaire de
notre soi-disant quotidien régional,
au service des guadeloupéens, semble
prendre le sujet par la lorgnette !
VIII– Une note
positive pour finir
Il est à espérer que
ce blocage historique, par sa durée,
sa nature et ses composantes,
entraînera un changement profond
dans notre société et dans les
mentalités, avec une prise de
conscience collective, incluant
également le monde syndical, non
exempt de tout reproche.
Nous verrons
certainement naître des vocations
d’entrepreneurs, pour enfin changer
la donne et briser les atavismes,
faisant d’un fils d’ouvrier un
ouvrier… et faire enfin émerger une
nouvelle classe dirigeante. Il est
certain que ces derniers trouveront
face à eux des syndicalistes, l’un
n’existant pas sans l’autre, n’en
déplaise au prophète et à ses amis
(pas d’entreprise = pas de
syndicat).
Nous dirons enfin,
que l’histoire mouvementée de la
première république noire, nous rend
humble et nous invite à nous méfier
de tout homme providentiel !
Réagissez à cette adresse:
contre.leblocage@yahoo.com