A Boca
del
Monte,
en
novembre
2006,
des
enquêteurs
examinent
le
cadavre
d'une
femme,
criblé
de 16
balles.
WALTER
ASTRADA/WPN
Le
climat
de
terreur
instauré
par les
gangs
s'étend
dans le
pays, en
campagne
pour les
élections
générales
du 9
septembre.
En 2006,
565
femmes
ont été
tuées
Doña Paula
n'arrive
plus à
retenir ses
larmes. "
Depuis huit
jours, je
vis en
enfer. Je ne
peux plus
dormir ",
soupire-t-elle
dans la
maison-refuge
où elle est
cachée.
Seules les
responsables
de
Survivantes
du
Guatemala,
une
association
d'aide aux
femmes
menacées de
mort ou
maltraitées,
connaissent
la
localisation
du refuge.
Une femme
avec trois
jeunes
enfants et
deux
adolescentes
de 13 et 14
ans sont les
compagnes
d'infortune
de Paula.
Les cinq
chambres de
la maison,
louée depuis
un an,
peuvent
accueillir
25
pensionnaires.
La plus
âgée des
adolescentes
est menacée
de mort par
une mara,
un gang de
jeunes très
violents.
Elle a été
témoin de
l'assassinat
de son frère
et de son
petit ami.
La plus
jeune n'a
aucun
document
d'identité.
" Elle a
sans doute
été volée
lorsqu'elle
était enfant
",
avance
Silvia, qui
administre
le refuge.
Seul espace
ouvert, la
terrasse est
cachée des
regards par
une
palissade de
tôle
surmontée de
fils de fer
barbelés
électrifiés
le soir.
Dans la
petite salle
à manger aux
tables
recouvertes
de toile
cirée, Paula
Berganza,
quatre fois
grand-mère à
43 ans,
raconte son
cauchemar
d'une voix
monocorde.
Une histoire
qui résume
le climat de
terreur qui
s'étend au
Guatemala,
où la
violence a
marqué la
campagne
pour les
élections
générales du
9 septembre.
Selon les
chiffres
officiels,
565 femmes
ont été
assassinées
en 2006,
souvent
après avoir
été violées
et
torturées.
" Nos
chiffres
sont plus
élevés.
Depuis le
début de
l'année,
nous sommes
déjà à 322
assassinats
de femmes ",
précise
Norma Cruz,
directrice
de
Survivantes
du
Guatemala.
" 80 %
des cas sont
imputables
au crime
organisé,
notamment
aux conflits
entre
maras ",
ajoute-t-elle.
Ancienne
combattante
de la
guérilla,
Norma Cruz a
fondé
l'association
après que sa
fille d'un
premier
mariage a
été victime,
enfant,
d'abus
sexuels de
la part de
son
compagnon,
un
ex-jésuite
et dirigeant
de la
guérilla,
qui faisait
partie de la
commission
d'application
des accords
de paix
signés en
1996. Depuis
plusieurs
semaines,
Norma reçoit
des menaces
de mort pour
avoir
dénoncé un
réseau de
vol de bébés
destinés à
l'adoption
aux
Etats-Unis.
Paula ne
quitte pas
des yeux son
téléphone
portable.
Depuis une
semaine,
elle a
ajouté "
los malos "
(les
méchants) à
sa liste de
contacts.
Tout a
commencé par
un appel
anonyme,
exigeant le
paiement de
50 000
quetzals (4
800 euros).
" Ce
n'est pas
une
plaisanterie.
Si vous ne
payez pas,
on
commencera
par tuer
votre fils
Davicito,
puis votre
fille, puis
votre mari ",
a menacé le
correspondant
anonyme.
"
Avant-hier,
ils m'ont
appelé
dix-sept
fois,
confie
Paula, avant
d'ajouter :
Je leur
ai pourtant
dit que je
n'ai pas
d'argent,
que la seule
chose que je
peux donner,
c'est ma
vie. "
Depuis
vingt-cinq
ans, Paula
résidait
avec sa
famille à
Ciudad
Quetzal, une
banlieue
pauvre à 25
km du centre
de la
capitale.
" J'ai
étudié le
catéchisme,
puis je me
suis vite
orientée
vers le
travail
social ",
poursuit-elle.
Elle a monté
une
coopérative,
El Esfuerzo,
qui mobilise
les bonnes
volontés du
quartier
pour
réaliser de
petits
projets,
comme
l'adduction
d'eau.
" Les
voisins se
sont cotisés
pour acheter
les tuyaux
et une
pompe. On
nous l'a
volée. Il a
fallu en
racheter une
qu'on a
enterrée
dans un
endroit qui
n'est connu
que de deux
personnes ",
ajoute
Paula, qui a
obtenu
l'appui
d'UNIS, une
ONG
espagnole.
Fin juillet,
Paula a
hébergé
plusieurs
membres de
l'ONG. "
Selon un
voisin,
c'est la
cause de mon
malheur. Les
malos
pensent que
les
Espagnols
sont venus
me donner de
l'argent. "
Le travail
communautaire
de Paula lui
a créé des
ennemis et a
fait des
envieux : le
propriétaire
du camion
qui vendait
l'eau au
prix fort,
par exemple,
ou le maire,
jaloux de
ses
réalisations.
Mais Paula
est
convaincue
que le chef
des malos
est un jeune
du quartier,
en prison
pour
assassinats.
" J'ai
travaillé
avec lui,
j'ai reconnu
sa voix. La
police a
confirmé que
les appels
venaient
d'un
portable,
depuis la
prison ",
dit-elle
avec
tristesse.
Après le
premier
appel, elle
s'est
réfugiée
avec sa
famille dans
une garderie
construite
par la
coopérative
pour les
femmes qui
travaillent
dans les
maquilas,
les usines
d'assemblage.
Dès le
lendemain,
les malos
informaient
Paula qu'ils
savaient où
elle se
trouvait.
" J'ai alors
décidé de me
réfugier
chez
Survivantes
du
Guatemala,
dont m'avait
parlé une
amie. Mon
mari, mes
enfants et
mes
petits-enfants
ont entassé
les meubles
dans une
fourgonnette
et sont tous
partis. Ils
sont loin à
présent. Le
lendemain,
des coups de
feu ont été
tirés sur la
maison et un
dépôt de la
coopérative
a été
saccagé. "
Tous les
jours, des
centaines de
Guatémaltèques
victimes
d'extorsion
et menacés
de mort
doivent
fuir,
abandonnant
leur maison
et leur
emploi. Un
exode comme
du temps de
la guerre
civile, qui
a fait 200
000 morts
entre 1960
et 1996.
" Nous
n'avons pas
de chiffres,
car les gens
ont peur de
parler. La
présence de
maras,
de tueurs à
gages et de
policiers
corrompus a
créé une
sorte d'état
de siège
dans de
nombreux
quartiers ",
confirme
Anders
Kompass,
représentant
du
Haut-Commissariat
des Nations
unies aux
droits de
l'homme.
" Dans
mon
quartier, le
boulanger et
la vendeuse
de tortillas
sont partis.
Les
malos ont
enlevé la
fille du
grossiste de
légumes et
exigé une
rançon de
250 000
quetzals -
24 000 euros
- . Les
Eglises
évangéliques
sont visées.
Tout le
monde veut
fuir ",
raconte
Paula. Il
n'y a que
six
policiers
pour 90 000
habitants.
" Le
malo m'a dit
que ce
n'était pas
la peine
d'alerter la
police,
parce
qu'elle
était avec
eux. Avec
toute la
douleur de
mon coeur,
je me dis
que je ne
pourrai plus
retourner
dans ma
maison ni
dans mon
Eglise, que
je vais
devoir
abandonner
les projets
auxquels
j'ai
consacré ma
vie. Et
puis, je me
dis que
s'ils ont
tué Dieu
parce qu'il
voulait
instaurer la
justice, moi
aussi ils
vont me tuer
", ajoute
Paula.
Jean-Michel
Caroit