Les initiatives mondiales contre les grandes
maladies ont des effets imprévus sur les systèmes de
santé locaux
Les programmes mondiaux pour la santé obtiennent de
bons résultats dans des domaines spécifiques
(VIH/sida, tuberculose, paludisme, etc.) mais
engendrent des effets imprévus sur les systèmes de
santé locaux. Sortant de la "spéculation et des
anecdotes", un rapport sans précédent de
l'Organisation mondiale de la santé (OMS), publié
samedi 20 juin par la revue The Lancet,
rassemble les données existantes et celles de quinze
nouvelles études pour établir ce bilan nuancé.
Depuis 2000, plusieurs grandes initiatives mondiales
sur la santé ont été lancées pour combattre
spécifiquement une maladie. Le groupe constitué par
l'OMS sur "la maximalisation des synergies
positives" a centré son attention sur les quatre
principales initiatives mondiales : le Fonds mondial
de lutte contre le sida, la tuberculose et le
paludisme, le Plan d'urgence du président des
Etats-Unis d'Amérique pour l'aide à la lutte contre
le sida (Pepfar), l'Alliance mondiale pour les
vaccins et la vaccination (Gavi) et le Programme
plurinational de lutte contre le VIH/sida (PPS) de
la Banque mondiale. Premier constat : ces
initiatives ont "changé la manière dont les
donateurs internationaux fournissent l'aide à la
santé publique", indique le rapport. L'aide au
développement consacrée à la santé est passée de 4
milliards d'euros en 1990 à 16 milliards en 2007.
L'ATTRAIT DES ONG
Les initiatives mondiales ont aussi apporté des
progrès substantiels à des millions d'individus,
notamment en renforçant les soins de santé primaires
et l'implication des communautés. La population
couverte par des interventions ciblées pour la
prévention et les soins contre le VIH, par exemple,
s'est notablement accrue.
Au Malawi, l'étude menée montre que là où des
programmes soutenus par ces initiatives mondiales
sont en place, le nombre de personnes sous
traitement antirétroviral, se soumettant aux tests
de dépistage et bénéficiant de la prévention de la
transmission du virus de la mère à l'enfant, a
presque quadruplé entre 2005 et 2008.
La stratégie collaborative adoptée par l'Afrique
du Sud, le Swaziland et le Mozambique, avec le
soutien du Fonds mondial, a réduit l'incidence du
paludisme de plus de 85 %. De plus, dans bien des
cas, ces initiatives ont agi comme facteur d'équité,
en supprimant la participation financière des
bénéficiaires des programmes.
Elles ont aussi permis d'innover en mettant en
place un système public d'assurance-maladie, comme
au Rwanda, de contribuer à développer les
compétences des personnels soignants, comme en
Afrique du Sud, ou d'accentuer les transferts de
compétences vers des personnels moins qualifiés,
ainsi que l'illustre le cas du Malawi.
Cependant, ces initiatives augmentent la pression
sur les systèmes de santé locaux. La charge de
travail des soignants s'est nettement accrue : au
Malawi, elle a été multipliée par 3,5,
principalement du fait des programmes contre le VIH.
Autres conséquences : l'accentuation de la fuite des
cerveaux, non vers les pays riches, mais du secteur
public vers celui des organisations non
gouvernementales (ONG), comme au Kenya ou en Zambie,
et le renforcement des déséquilibres entre zones
urbaines et rurales. A cela s'ajoutent l'émergence
de bureaucraties parallèles ou encore la diminution
des dépenses de santé intérieures.
A partir de ce bilan plus contrasté que les
évaluations traditionnelles des institutions
internationales, le groupe constitué par l'OMS
souligne que "les initiatives mondiales pour la
santé et les systèmes de santé nationaux ne sont pas
indépendants, mais inextricablement liés". Il
formule plusieurs recommandations : consacrer une
part plus importante du financement international
aux systèmes de santé ; donner une plus grande
priorité au renforcement de ceux-ci dans les
initiatives mondiales ; et documenter plus
sérieusement les effets de ces initiatives.
Sur le Web :
www.thelancet.com (en anglais).
Article paru dans l'édition du 23.06.09
Le Monde