Le 8 Mars est traditionnellement le
jour où les femmes font le point sur
l’avancée de leurs droits. C’est
l’occasion d’interpeller les
pouvoirs publics et l’opinion sur
les discriminations et les
injustices en tout genre que
subissent encore les femmes dans
notre pays et dans le monde :
violences (en trois ans, 17 femmes
ont été tuées par leur conjoint à la
Martinique), inégalité
professionnelle (précarité, temps
partiel imposé, discrimination à
l’embauche, harcèlement sexuel, taux
de chômage élevé…), double journée
de travail…
Le temps est
venu de faire le point sur ce que
nous voulons et où nous voulons
aller en
nous
interrogeant sur les mouvements de
femmes dans notre pays, et de faire
le bilan de plus de
63 ans d’investissement dans
la question des femmes.
C’est
volontairement que nous parlons
d’investissement dans la
« question des femmes » et non
de « mouvement féministe »,
car on peut vouloir défendre les
droits des femmes sans pour autant
vouloir remettre en question le
système de la domination masculine.
Il
n’est point question ici de rentrer
dans des querelles de personnes et
de pouvoir, nous laissons cela aux
hommes,
qui dans leur quête de virilité et
de rivalité nous font
quotidiennement la démonstration de
l’incapacité à faire prévaloir
l’intérêt général sur le
particulier.
Avant toute chose, il nous faut
rendre hommage à toutes celles qui
se sont investies et s’investissent
dans la cause
des femmes. Elles ont dû
faire preuve de courage pour
affronter une opinion publique
martiniquaise largement acquise à la
valorisation des femmes dans leur
fonction maternelle et domestique,
face à des hommes qui voyaient et
voient encore souvent
dans l’émancipation des femmes une
atteinte à leur virilité, et dans un
système sociopolitique où les
représentations sont essentiellement
porteuses de valeurs masculines.
Cela ne nous dispense pas de faire
l’économie de l’analyse de ces
mouvements qui malheureusement
aujourd’hui encore ne se sont pas
appropriés « le féminisme », en tant
que mouvement social des femmes
autonomes et libres.
La raison essentielle en est que les
mouvements de femmes ont été conçus
au sein de partis politiques dits
progressistes - PCM, PPM, GRS, UMP,
etc. – et n’ont, hélas, pas réussi à
s’autonomiser par rapport à ces
derniers, se contentant d’être des
caisses de résonance de ces partis
politiques ou de groupuscules en mal
de représentation politique. A
l’intérieur des partis ou dans les
structures filles, les femmes font
prévaloir la ligne du parti sur les
revendications spécifiquement
féminines, lesquelles sont discutées
au sein des instances du
parti dont les dirigeants
sont la plupart du temps des hommes.
Cela a deux conséquences : d’abord
cela constitue un frein à
l’émergence du féminisme ensuite
corrélativement cela conditionne la
nature des revendications.
Un frein à l’émergence de la pensée
féministe
Comment élever la conscience
féminine à travers les stratégies
politiques des partis des maris et
des frères ?
Qu’elles se
déclarent ou non féministes, les
associations martiniquaises
porteuses des revendications des
femmes se rattachent plus ou moins à
un parti politique. Leurs
dirigeantes sont assez souvent les
épouses, les compagnes ou anciennes
compagnes, les sœurs de dirigeants
de ces partis. Ces associations de
femmes reproduisent sur la scène
publique les rivalités politiques
masculines, ce qui nuit à la
construction d’une solidarité
féminine et féministe. Leur
inféodation aux partis politiques
« pères » empêche aussi l’adhésion
de femmes qui ne partagent pas les
orientations qui sont fixées par ces
partis et qui sont rarement
débattues au sein de la structure de
relais qui se présente comme
organisation des « femmes de la
Martinique ».
Celles
qui ont adhéré se voient écartées ou
exclues dans une logique de clan
lorsqu’elles contestent ces
orientations. Le turn-over permanent
qui en résulte entraîne un
gaspillage d’énergie et la perte de
femmes de grande valeur qui refusent
de se faire ainsi instrumentaliser.
Il empêche ainsi l’installation de
pratiques féministes et d’une pensée
féministe.
Comment ne pas reproduire les
schémas masculins dans la gestion et
l’animation des associations de
femmes ?
Directement inspirées des partis
politiques locaux, ces structures
leur empruntent généralement leur
fonctionnement : verrouillage des
bureaux directeurs, opacité dans la
prise de décision, manque de
démocratie, culte de la
personnalité… Ces schémas masculins
sont des obstacles à la liberté de
parole des femmes et à de nouvelles
modalités de pratiques féministes
posant sans ambiguïté
le problème du genre.
Pire encore, lorsque l’intérêt des
femmes entre en contradiction avec
celui des partis politiques, c’est
ce dernier qui prévaut. Il y a donc,
sans conteste, atteinte à la liberté
des femmes et à leur combat pour
leur émancipation.
La nature des revendications et des
actions
Il existe une analogie flagrante
entre les modalités d’action des
partis politiques et celles des
organisations de femmes dont elles
dépendent, avec des confusions qui
décrédibilisent la revendication
féministe. Les stratégies
électoralistes conduisent à évacuer
des revendications non porteuses de
succès mais essentielles pour faire
évoluer les mentalités et la
condition des femmes: la liberté du
choix de l’orientation sexuelle, la
liberté sexuelle des femmes…
Le mouvement féministe partage
certes un certain nombre des
revendications sociopolitiques
avancées par les partis, mais il ne
doit pas y souscrire sans les avoir
inscrites auparavant dans une
analyse de la situation et des
revendications des femmes.
Depuis 63 ans les mouvements de
femmes ont mené des actions
honorables…
Mais l’essentiel reste à faire

De tous temps, les partis de droite
ont défendu la famille, la patrie,
la religion, le capitalisme - et les
femmes en étaient les rouages, pas
les actrices. La gauche a, elle,
donné plus de place aux femmes,
elles furent « les camarades » car
le prolétariat était le ciment des
luttes contre le grand capital et
les patrons, mais, là encore, on
rencontrait plus souvent les dites
camarades dans l’exécution des
tâches que dans les prises de
décision encore dévolues aux
hommes : le balai pour nettoyer le
local plutôt que le stylo pour
rédiger les tracts « en toute
camaraderie ».
Il est
difficile de faire tomber les
tabous, y compris au sein des
organisations politiques
de gauche, voire d’extrême
gauche, et si les femmes entrées en
résistance ont fait preuve d’autant
de courage que les hommes, peu
d’entre elles ont été repérées dans
l’histoire. Il a fallu du temps à
nos historiens pour repérer dans les
luttes post-esclavagistes
les Lumina Sophie
Il est temps que les femmes en
Martinique se retrouvent et
s’organisent en tant que féministes
- dans un mouvement dont la
problématique ne soit pas posée en
terme d’appartenance politique,
religieuse, sexuée, mais en termes
de genre, c’est-à-dire d’analyse
conjointe du masculin et du féminin.
Parce que appartenant à la gente
féminine- ce qui détermine la
plupart des inégalités et
caractérise les discriminations,
les oppressions et toutes les formes
de violences.
Les femmes ne sont pas en dehors du
champ social et
, en tant que telles en subissent
les méfaits et les avantages, comme
tout le monde, hommes et femmes
mais de façon
discriminatoire.
C’est cela que nous devons poser
en tant que féministes ce 8
Mars.
Sortir des dominations masculines
fussent-elles de gauche et d’extrême
Gauche, sortir
des partis, des églises, des
syndicats où peuvent être posées,
discutées toutes
les formes d’oppressions,
répressions, aliénations, mais, nous
femmes nous
revendiquons le droit de nous
émanciper de tout pouvoir masculin ,
le droit de penser et d’agir
par nous-mêmes et pour
nous-mêmes.
La lutte contre
toutes les
discriminations envers
les minorités invisibles –
qu’elles soient de classe, de race,
y compris envers
des femmes qui peuvent
cumuler les précédentes- fera de
toute façon avancer la démocratie et
si tout un chacun dans son domaine
respectif, syndical, politique,
religieux
participe activement à cette prise
de conscience et organise la lutte ,
nous disons bravo, mais nous
savons très bien
que ce sont les esclaves qui,
historiquement se sont libérés même
si c’est aussi grâce aussi à l’appui
de gens comme Schoelcher . Ce sont
les travailleurs qui s’organisent
comme tels dans leurs syndicats, ce
sont donc aussi les femmes, en tant
que genre, qui
doivent être entièrement
responsables de leurs luttes.
4-mars-07
Groupe de réflexion :
rapport de genres dans les
sociétés post-coloniales.
Notre objectif :
permettre une réflexion sur le
féminisme en Martinique, son
histoire et ses espoirs.
Myriane JOLY,
Sonia ROBERTSON,
Jocelyne ARNOUX et…. toutes les
autres
Contacts :
joluste@wanadoo.fr
joly.myriam@wanadoo.fr
0696959254 et 0696275773