Pendant
longtemps je me suis dit que ma
petite voix ne servirait à pas
grand chose dans ce que l'on
présente comme un débat
fondamental, important certes,
mais fondamental, allons bon!
D'autant que
de si belles plumes s'étaient
déjà exprimées, disant
pratiquement tout et son
contraire, selon le bord que
l'on a choisi...
Je ne partage
pas (tu t'en serais douté) ni
votre soutien ni vos arguments
concernant un écrivain dont
je m'entête à croire qu'il
persiste à montrer,
fondamentalement, dans la vraie
vie, la face sombre, oukaziste, anti
démocratique et ayatollesque
des personnages si séduisants et
rieurs qu'ils nous laisse
entrevoir dans sa littérature,
en plus d'être assez
manipulateur pour faire croire,
à qui veut bien le lire, qu'il
ne veut pas dire ce qu'il a dit,
voire même ce qu'il n'a pas
dit.... ou écrit.
Maintenant je
sais que l'échec du Prix
Goncourt 91 l'a profondément
blessé, ce qui ne donne que plus
de grâce et de hauteur à
l'attitude silencieusement
sereine d'Aimé Césaire et de
tous les autres qui n'ont rien
eu, question récompenses, prix,
décorations et autres
colifichets (décernés en
outre par qui?)
Maintenant je
suis confirmé (en fait je viens
de me confirmer moi même) dans
l'idée qu'on ne m'aura
décidément plus avec le miel
d' un Nationalisme identitaire
pur et dur( le Martiniquais
versus le reste du Monde si
nécessaire) auquel j'ai cru si
longtemps, pas plus que tout ce
qui pourrait s'apparenter à une
dénonciation ethno-raciale( si
peu politique, si peu
sociale) tant j'ai chanté, urbi
et orbi:
-"Nous
sommes tous des juifs allemands"
en Mai 68
-"Qu'est
ce l'humanité si elle ne suspend
pas son souffle quand un homme
crève?" Paul Guimard dans
"Les choses de la vie" et là,
j'ajoute, même s'il m'en coûte,
y compris quand crève le vieux
salaud de Pinochet, moi qui
pendant si longtemps ai refusé
d'acheter américain en mémoire
de mon frère Salvador...
-"L'Internationale
sera le genre humain" et
autres "Bandera rossa","Hasta
siempre comandante"
-" Mon
nom: offensé, mon prénom:
humilié...ma religion: la
fraternité" que son auteur
fait dire à deux voix pour dire
et redire ce qu'il a toujours
dit, écrit et répété (y compris
dans le superbe et
courageux passage du nègre dans
un tramway, texte qui célèbre le
nègre dans sa lumineuse
visibilité), une (notre?)
complexité humaine que l'on ne
saurait réduire à une unicité,
faussement ontologique, d'encore
colonisé en reconquête et
affirmation de sa fière identité
injustement encore contrecarrée
par les forces du grand Capital,
du grand Décervelage et ses
affidés...
Voilà
pourquoi, moi qui ai fait partie
de ceux qui clamaient par le
passé:
- Moi, je
suis descendant de prince
(évidemment loin du vulgus
pecus) de l'Empire du Mali
où dès le XIIè siècle...
-il faut
tuer les békés ou les foutre à
l'eau, ce ne sont pas des
martiniquais
-les
blancs doivent tout de même
payer pour ce qu'ils ont fait,
non?
et autres
conneries du même acabit que
j'ai fini par jeter aux orties,
je refuse
tout ce qui pourrait, avec les
meilleures raisons du monde,
réveiller (oui
réveiller!) l'immonde bête en
moi qui fait que des Hutus
massacrent des Tutsis (et
inversement*), des Serbes
exécutent des Bosniaques*, des
Israéliens ne s'émeuvent même
pas quand des "erreurs" de tir
sont commises sur des
Palestiniens* et que Bernard
Coard fait fusiller Maurice
Bishop, facilitant l'entrée de
la Force Américano-caribéenne à
Grenade, pour ne parler que de
cela...
J'ai, comme
tant d'autres, déjà donné dans
l'horreur avec les meilleures
intentions du monde et je
revendique désormais (Papa,
Manman merci de m'avoir envoyé
et maintenu à l'école!) avec
Mandela, sous l'amicale pression
de Desmond Tutu, de faire la
paix avec mon bourreau, comme
Itshak Rabin, discuter avec mon
ennemi et serrer la main
d'Arafat, comme Jacky Dahomay et
Pascal Vaillant Pierre Pinalie
et comparses, me battre pied à
pied, en argumentant sans fausse
rhétorique, avec une langue si
bellement maîtrisée, contre tous
les blancs (et nègres et coulis
et... mais n'avais je
point souscrit à l'expression de
race humaine?) Croisés si
susceptibles et si sûrs de leur
bon droit, qu'il ne leur est pas
venu une seule fois à l'idée que
le Dieu, la Cause qu'ils
prétendaient défendre, palpitait
sur toute l'étendue à
consolider, fraternelle aussi et
surtout, de la Terre et du
Ciel...
Marius
Gottin _libre penseur et bien
évidemment droit de l'hommiste
*
"Une absence du pays a fait que
Marius m'a "volé" cette prise de
position EXCELLENTE. Je l'embrasse ,
c'est sa punition."
Camille Darsières le 1'
décembre 2006 à 19h 58.