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Lettre ouverte à un vieux frère et ami *

 par Marius Gottin

 

« Les innommables » 

 Les pièces du dossier

 

Pendant longtemps je me suis dit que ma petite voix ne servirait à pas grand chose dans ce que l'on présente comme un débat fondamental, important certes, mais fondamental, allons bon!

D'autant que de si belles plumes s'étaient déjà exprimées, disant pratiquement tout et son contraire, selon le bord que l'on a choisi...

Je ne partage pas (tu t'en serais douté) ni votre soutien ni vos arguments concernant un écrivain dont je m'entête à croire qu'il persiste à montrer, fondamentalement, dans la vraie vie, la face sombre, oukaziste, anti démocratique et ayatollesque des personnages si séduisants et rieurs qu'ils nous laisse entrevoir dans sa littérature, en plus d'être assez manipulateur pour faire croire, à qui veut bien le lire, qu'il ne veut pas dire ce qu'il a dit, voire même ce qu'il n'a pas dit.... ou écrit.

Maintenant je sais que l'échec du Prix Goncourt 91 l'a profondément blessé, ce qui ne donne que plus de grâce et de hauteur à l'attitude silencieusement sereine d'Aimé Césaire et de tous les autres qui n'ont rien eu, question récompenses, prix, décorations et autres colifichets (décernés en outre par qui?)

Maintenant je suis confirmé (en fait je viens de me confirmer moi même) dans l'idée qu'on ne m'aura décidément plus avec le miel d' un Nationalisme identitaire pur et dur( le Martiniquais versus le reste du Monde si nécessaire) auquel j'ai cru si longtemps, pas plus que tout ce qui pourrait s'apparenter à une dénonciation ethno-raciale( si peu politique, si peu sociale) tant j'ai chanté, urbi et orbi:

-"Nous sommes tous des juifs allemands" en Mai 68

-"Qu'est ce l'humanité si elle ne suspend pas son souffle quand un homme crève?" Paul Guimard dans "Les choses de la vie" et là, j'ajoute, même s'il m'en coûte, y compris quand crève le vieux salaud de Pinochet, moi qui pendant si longtemps ai refusé d'acheter américain en mémoire de mon frère Salvador...

-"L'Internationale sera le genre humain" et autres "Bandera rossa","Hasta siempre comandante"

ET POUR FINIR

-" Mon nom: offensé, mon prénom: humilié...ma religion: la fraternité" que  son auteur fait dire à deux voix pour dire et redire ce qu'il a toujours dit, écrit et répété (y compris dans le superbe et courageux passage du nègre dans un tramway, texte qui célèbre le nègre dans sa lumineuse visibilité), une (notre?) complexité humaine que l'on ne saurait réduire à une unicité, faussement ontologique, d'encore colonisé en reconquête et affirmation de sa fière identité injustement encore contrecarrée par les forces du grand Capital, du grand Décervelage et ses affidés...

Voilà pourquoi, moi qui ai fait partie de ceux qui clamaient par le passé:

Moi, je suis descendant de prince (évidemment loin du vulgus pecus) de l'Empire du Mali où dès le XIIè siècle...

-il faut tuer les békés ou les foutre à l'eau, ce ne sont pas des martiniquais

-les blancs doivent tout de même payer pour ce qu'ils ont fait, non?

et autres conneries du même acabit que j'ai fini par jeter aux orties,

je refuse tout ce qui pourrait, avec les meilleures raisons du monde, réveiller (oui réveiller!) l'immonde bête en moi qui fait que des Hutus massacrent des Tutsis (et inversement*), des Serbes exécutent des Bosniaques*, des Israéliens ne s'émeuvent même pas quand des "erreurs" de tir sont commises sur des Palestiniens* et que Bernard Coard fait fusiller Maurice Bishop, facilitant l'entrée de la Force Américano-caribéenne à Grenade, pour ne parler que de cela...

J'ai, comme tant d'autres, déjà donné dans l'horreur avec les meilleures intentions du monde et je revendique désormais (Papa, Manman merci de m'avoir envoyé et maintenu à l'école!) avec Mandela, sous l'amicale pression de Desmond Tutu, de faire la paix avec mon bourreau, comme Itshak Rabin, discuter avec mon ennemi et serrer la main d'Arafat, comme Jacky Dahomay et Pascal Vaillant  Pierre Pinalie et comparses, me battre pied à pied, en argumentant sans fausse rhétorique, avec une langue si bellement maîtrisée, contre tous les blancs (et nègres et coulis et... mais n'avais je point souscrit à l'expression de race humaine?) Croisés si susceptibles et si sûrs de leur bon droit, qu'il ne leur est pas venu une seule fois à l'idée que le Dieu, la Cause qu'ils prétendaient défendre, palpitait sur toute l'étendue à consolider, fraternelle aussi et surtout, de la Terre et du Ciel...

 

 Marius Gottin _libre penseur et bien évidemment droit de l'hommiste

* "Une absence du pays a fait que Marius m'a "volé" cette prise de position EXCELLENTE. Je l'embrasse , c'est sa punition."

 Camille Darsières le 1' décembre 2006 à 19h 58.