Franchement, j'en ai marre....
J'ai regardé l'émission... Franchement, j'en ai marre de ces journalistes métros qui débarquent avec leurs idées pré conçues et
tirent de grandes conclusions sur l'"Apartheid" martiniquais.
La seule chose choquante, à mon avis, ce sont les propos du père
Despointes sur la "race pure". Mais comment accorder du crédit à un
type qui nous explique, en même temps qu'il parle de race pure, de
"colons tous issus de Jacques Assier". On parle plus de consanguinité dans ces cas, non ?
Et pourquoi, notre bon petit journaliste métro dans son reportage
sur les békés ne nous parle pas du béké Roger de Jaham qui a créé
une association "Tous Créoles" ?
Ce même journaliste devrait faire un reportage sur les grandes familles "hexagonales", l'aristocratie. Je pense qu'on a le même
type de répartition : 1% de la population française doit posséder
plus de 50% du foncier et une grande partie de l'économie. Je ne
connais pas un pays ou la majorité de la population possède la majorité des richesses. Et ce quelque soit l'ancienneté de la civilisation.
Il y a eu une tentative d'inversion du cours des choses : l'URSS.
Les possédants ont été dépossédés, et les nouveaux possédants ont
tous possédés sans partager leurs nouvelles possessions. C'est une
description caricaturale certes, mais pas si loin de la réalité.
Le thème est à la mode, on parle de vie chère à la Martinique. Je
ne connais pas les comptes de résultats et bilans de toutes les sociétés d'import de Martinique. Il y a peut être ou certainement
de l'abus. Mais pour avoir travaillé dans la grande distribution et
avoir moi même établi des prix de ventes, je peux aujourd'hui dire
que les surcoûts ne sont pas là ou l'on veut faire croire qu'ils
sont. Il faut comparer ce qui est comparable. Quand on calcule des
prix ici, il faut tenir compte du stockage (en moyenne 3mois), des
coûts de transport, des taxes à l'importation, des coût salariaux
(moins d'automatisation, plus de main d'oeuvre due à nos petits marchés), du surcoût engendré par les grèves du port, etc... Le distributeur français, lui, passe sa commande par fax et est livré
dans les 48 heures maximum de la quantité dont il a besoin. Quand on négocie des prix d'achat avec un producteur, un
industriel, on négocie des quantités. N'oublions pas que nous sommes un marché
de 400 000 habitants. Pour se faire entendre et obtenir des prix
(toujours moins intéressant que ceux des multinationales comme Carrefour), il faut un poids certain. Alors, oui les békés (Hayot
et Despointes), les nègres (Lancry) et les chinois (Ho HIO HEN) ont
été obligés de faire des "plates formes" d'achat, des grossistes. Pour
les plus importantes de ces plateformes, les achats sont mutualisés
pour la Guadeloupe et la Martinique. Parce que si chaque magasin
commandait dans son coin pour faire venir les petites quantités
dont il a besoin, nous payerions nos marchandises beaucoup plus chères.
Mais c'est vrai aussi que
cela entraine des cumuls de marge. Cumul
de marge qui permette aussi de créer de l'emploi, ne l'oublions
pas. N'oublions pas non plus que quant on parle de magasin Carrefour, Champion, 8 à Huit, ici on parle de franchisés indépendants. Ils achètent aux entités export du groupe Carrefour. Le seul contre exemple donné par le journaliste à la toute
puissance béké est Robert Parfait qui résiste depuis 20 ans. Il me semble qu'il fait mieux que résister avec 2 hyper U, dont l'un des plus
grands de France. Et puis, les pièces chez Auto GM ne sont pas
moins cher qu'ailleurs.
Quant à la grande distribution, il me semble qu'elle a permis de
faire chuter les prix dans beaucoup de secteur. Il faudrait faire
une enquête économique sérieuse pour juger de l'efficacité de la
grande distribution sur l'évolution des prix. N'oublions pas cependant que nous avons connu une hausse importante de tous les
cours des matières premières avant notre fameuse crise internationale. Donc les prix ont forcément augmenté au cours des
dernières années.
Je ne nie pas l'existence de la misère en Martinique. Mais est ce
crédible de défiler pour le pouvoir d'achat, crier que l'on meurt
de faim, paré de bijoux, de vêtement de marque ? Est ce crédible de se
plaindre du coût de la vie et de se vanter d'être l'un des premiers
départements en termes de consommation de Champagne ? L'un des premiers en termes de vente de téléphones portables ? Je me
souviens d'un reportage de TF1 lors d'un salon du 4x4 ou un représentant de
Land Rover se plaignait des difficultés du marché hexagonal mais se
réjouissait de l'équilibre qu'amenait dans ces ventes les départements d'Outre Mer. Personne ne me fera croire que ce sont
nos 1% de béké, soit 4 000 personnes hommes, femmes, enfants compris
qui nous permettent d'avoir de si "bon" palmarès..
Revenons à notre reportage. Je suis plutôt heureux que nos békés
aient compris l'importance du lobbying et qu'ils s'en servent pour
défendre la banane. Nous devrions nous en inspirer pour d'autres
dossiers... Que l'on soit pour ou contre la monoculture de la banane, le fait est qu'elle est aujourd'hui incontournable. Ni le
groupe Hayot, ni aucun autre martiniquais n'a intérêt à la voir disparaître au profit de la banane dollar. Alors laissons les faire
avec les armes qui peuvent être les
nôtres. Ils n'ont rien inventé
et toutes les branches d'activité, tous les courants de pensées ont
leurs lobbyistes.
Que le béké fasse du lobbying pour utiliser du chloredécone et que
le gouvernement accepte. Ou est la faute ? Qui a des scientifiques,
des laboratoires d'analyse à disposition ? Ne serait pas à plus grande échelle un scandale du sang contaminé bis ? Ici la faute incombe à l'Etat. Le seul fait de demander à l'Etat n'entraine pas
forcemment acceptation... nous en avons quelques exemples. Et puis
notre vaillant journaliste devrait faire analyser les eaux des rivières de sa France vertueuse et toujours donneuse de leçon.
Il est quand même curieux que ce journaliste ne parle pas des sociétés métropolitaines qui s'installent en Martinique, de la facilité déconcertante que nos "z'oreilles" ont à s'installer, à
créer des entreprises, à obtenir des prêts bancaires, à acheter des
terrains et à construire.... Il est vrai que ce n'était pas un reportage sur la Martinique, mais sur nos derniers maîtres békés.
Je ne dis pas que nous vivons dans une société parfaite. Loin de
là. Nous devrions être capable de faire notre auto critique. Nous n'avons pas besoin de donner de "grains à moudre" à des
journalistes étrangers pour que notre pays soit montré du doigt de manière caricaturale. Les mauvais békés d'un côté, les pauvres nègres qui
n'ont que la vulgarité comme moyen d'expression devant le port.
Nous avons un pays dans lequel nous vivons (béké, nègre, mûlatre, chinois, indien) dans une harmonie relative. Préservons là.
Unissons nous pour la consolider. Construisons ensemble notre avenir.
N'attendons pas 200 milliard de "réparation" pour avancer.
Voilà, j'ai été un peu long, mais ce type de reportage m'exaspère.
Nous avons nos qualités et nos défauts. Nos défauts et nos excès
sont souvent mis en avant, jamais nos qualités. Mettons en avant
nos réussites qu'elles soient békés, nègres ou mûlatres, car personne ne
le fera pour nous. Utopies ?
Franck Wan-Ajouhu Martiniquais.