Certes, les voleurs en cravate qui
font des profits honteux sur le dos
de leurs semblables qu’ils
méprisent, méritent notre
contestation déterminée, légitime et
loyale. Mais la surenchère des
revendications nous décrédibilise,
ainsi que les dérives à connotation
ethnique.
Après tout, dans une planète en
crise où la plupart des hommes
vivent moins bien que nous, pouvons
nous espérer obtenir des avantages
qui nous permettraient de continuer
à consommer frénétiquement, dans nos
arrogants 4x4 climés, avec notre « bling
bling » ?
Peut-on cracher sur ceux à qui l’on
demande l’aumône, par des paroles de
division quand nous avons besoin de
solidarité, quand les comportements
voraces et prédateurs se manifestent
sous toutes les couleurs de peau ?
Finalement, nos orgueilleuses
démonstrations de force ne fatiguent
que nous-mêmes, et nous pourrions
laisser les gérémiades de victimes
et nous prendre vraiment en main :
n’est ce pas la société de
consommation qu’il appartient à
chacun de boycotter ? en nous
concentrant sur nos besoins réels,
ne serions-nous pas moins
malheureux, et riches d’une
indépendance paisible ?
Ce qui a fait l’efficacité de
Césaire, c’est sa véracité ;
l’impact de Gandhi, ses actes purs,
Luther King transforma le monde par
des paroles bienveillantes, Mandela
eut le courage assumé du sacrifice,
tandis que le modèle populiste du
poing levé, vociférant, plonge les
peuples dans les dérèglements guidés
par une colère aveugle plutôt que
des valeurs fondatrices de
civilisation.
Nous confondons modernité, progrès
et matérialisme, et cette confusion
fait souffrir tous les hommes, y
compris riches et puissants. Tant
que nous resterons dans les schémas
compétitifs destructeurs du passé,
nous ne changerons pas vraiment ce
monde qui a un intense besoin
d’unité, de coopération, de
détachement.
Cette transformation débute par
l’éducation de la conscience
individuelle, responsable,
lorsqu’elle se traduit en actions
exemplaires, fondées par le désir
enthousiaste de servir, de parfaire
son devoir, ce qui est bien plus
exigeant que de dénoncer les
manquements, mais peut néanmoins
s’accomplir gratuitement dans chaque
foyer, sans attendre le soutien des
autorités.
Il ne sera pas non plus inutile de
veiller à l’instruction politique de
nos futurs citoyens, afin qu’ils se
souviennent des cadres exacts du
droit de grève qui s’exerce dans le
respect de la population, sans le
mêler à des pratiques douteuses qui
vont jusqu’à priver les enfants de
leur droit d’instruction… De même,
comprendront-ils qu’une démocratie
cohérente ne peut voter une
politique libérale, pour réclamer
ensuite des mesures socialistes, et
peut-être comprendront-ils qu’on ne
peut favoriser à la fois
l’individualisme net d’impôts et les
prestations étatiques : ils auront
alors une perception plus autonome
et étendue des réalités.
F.Cuvillier