Elie Domota :
Aujourd’hui encore les choses sont très floues. La
GGTG qui est le syndicat d’origine de Jacques Bino a
tenté de déposer un recours devant le tribunal pour
avoir accès au dossier. Ce recours a été rejeté. Un
jeune homme a été arrêté, il était présumé être
celui qui aurait assassiné Jacques Bino. Mais
aujourd’hui il y a beaucoup de zones d’ombres car
d’après un autre journaliste qui a fait des
investigations, il y a d’autres douilles qui ont été
retrouvées aux abords d’une rue où une personne a
été blessée par balles à la jambe et visiblement ces
indices là n’ont pas été retenus par la police.
Donc, on n’a pas d’informations précises sur ce qui
s’est passé ce fameux 18 février 2009. Hier il y a
eu une messe en hommage à Jacques Bino et
aujourd’hui il y a un dépôt de gerbe et ensuite un
meeting du LKP à Petit Canal qui est la commune de
son enfance. Ce meeting sera également en hommage à
tous les travailleurs qui sont tombés lors des
précédents mouvements de grève…..
Il est notable que
c’est bien souvent les mois de Février que des
travailleurs sont tombés en Guadeloupe sous les
coups de la répression…..
ED : En effet le mois
de février en Guadeloupe est un mois de lutte
singulièrement à travers la récolte sucrière car
c’est traditionnellement le mois ou débute la coupe
de la canne et c’est donc à ce moment que les
travailleurs revendiquaient l’amélioration de leurs
conditions de travail. C’est pour ça que ce mois-ci
dans nos meetings on fait des rappels historiques
sur des dates importantes où le sang des
travailleurs a été versé. Cela fut le cas en
janvier-février 1910 à Capesterre et Saint François
où les forces de répression ont tiré sur les
travailleurs, en 1925 à Petit-canal, en 1952 au
Moule où il y a eu 4 morts où la gendarmerie a tiré
sur les ouvriers agricoles, on voit bien pourquoi le
mois de février en Guadeloupe est un mois de lutte
comme l’est aussi d’ailleurs le mois de mai pour les
raisons liées à l’esclavage et à la grève de Mai 67.
Pour en revenir à l’assassinat de Jacques Bino,
chose curieuse entre guillemets, mais au jour
d’aujourd’hui nous n’avons aucune réponse sur qui a
tiré, qui a ordonné de tirer, en fin de compte ce
sont des crimes sans coupables comme pour la tuerie
de mai 1967.
Justement, comment
avance l’exigence de la vérité sur cette tuerie de
1967 ?
ED : Depuis 2005 nous
avons déposé des requêtes auprès de l’Etat Français,
des Préfets et Sous préfets, nous avons écrit aux
différents ministères concernés, celui des Dom, des
Affaires étrangères mais nous n’avons reçu aucune
réponse. Alors que nous avons mené des enquêtes,
rencontré de très nombreux parents de victimes. Nous
n’avons par contre eu aucune réponse de l’Etat et de
ses représentants sur ce qui s’est réellement passé,
sur qui a tiré et qui sont les responsables d’avoir
ordonné cette tuerie. Le seul politique qui ait osé
dire quelque chose à ce propos s’appelle Georges
Lemoine, il a été Secrétaire d’ Etat à l’Outre-mer
et il avait déclaré en 1983 qu’il y avait eu 87
guadeloupéens tués lors de ces évènements de mai 67,
mais jusqu’à aujourd’hui c’est le seul à l’avoir
dit.
Dix jours après
l’assassinat de Jacques Bino, le 26 février 2009 a
été signé entre toutes les organisations syndicales
de salariés et la plupart des organisations
patronales l’accord qui portent le nom de Jacques
Bino, un accord régional interprofessionnel sur les
salaires en Guadeloupe. Le 4 mars était signé par
toutes les organisations composant le LKP ainsi que
par le Préfet et les représentants de toutes les
collectivités le protocole d’accord général
comportant 165 points, protocole qui ponctuait 44
jours de grève générale en Guadeloupe. Quel bilan
tires-tu un an après de l’application de ces
accords ?
ED : L’Etat a
participé à la négociation de l’accord Bino même
s’il n’est pas signataire de cet accord. Les
négociations étaient présidées par le Préfet et
Monsieur Fillon avait mandaté deux directeurs du
travail pour organiser ces négociations et c’est
l’Etat qui a fait un certain nombre de propositions
pour aider les employeurs à payer 100 euros dans le
cadre des augmentations de salaire que nous
demandions. Ce qu’on a vu après c’est que l’Etat a
cherché à se débiner par tous les moyens et à casser
cet accord.
Quelle forme a
pris ce non respect des engagements en particulier
pour les 200 euros d’augmentation de salaire ?
ED : Dans l’accord,
la base de référence pour prendre en compte qui va
bénéficier des 200 euros, c’était le salaire de base
horaire, sans primes, sans accessoires. L’Etat a
modifié de façon unilatérale ce cadre de référence
et a pris comme base le salaire brut en y
incorporant les primes et les accessoires. Ce qui
fait que tu as des travailleurs qui touchent dans
l’entreprise l’aide de l’employeur parce qu’ils sont
en dessous de 1,4 SMIC avec le barème de l’Etat qui
prend en compte les primes et les accessoires, ils
sont au-dessus de 1,4 SMIC et donc ne touchent pas
la contribution de l’Etat.
Il est aussi
question je crois d’une remise en cause par le
gouvernement d’un article de l’accord Bino….
ED : En effet, c’est
la deuxième entourloupe de l’Etat, celle dont Mr
Hortefeux s’est rendu coupable. Il était alors
Ministre du travail et dans un arrêté du 3 avril
2009 il a amputé l’accord de son article 5 dans le
cadre de son extension. Cet article prévoyait
qu’au-delà des aides de l’Etat, de celles des
collectivités régionales et départementales,
l’employeur prenait en charge la totalité des 200
euros, l’aide des collectivités cessant au bout de
12 mois et celle de l’Etat au bout de 3 ans. En
supprimant cette clause de convertibilité dans
l’article 5, dorénavant les employeurs n’ont aucune
obligation de prendre en charge les 200 euros. Nous
qui avions flairé le coup, nous avons signé des
accords de branche et d’entreprise et nous avons
signé avec 5 confédérations patronales (accord du 26
Février) le maintien des 200 euros et la prise en
charge des 200 euros au-delà des prises en charge de
l’Etat et des collectivités.
Et ces accords de
branche et d’entreprise touchent combien de
travailleurs ?
ED : Cela concerne
environ 50 000 travailleurs. Mais cela veut dire que
la décision de l’Etat aujourd’hui met sur le carreau
environ 30 000 personnes qui sont dans le privé.
Cette décision de Monsieur Hortefeux pose deux
problèmes : celui premièrement de la discrimination
salariale entre travailleurs. Tu as ceux qui gardent
les 200 euros et il y en d’autres qui les perdent et
ça c’est très grave. Deuxièmement c’est une
discrimination au niveau des employeurs : ceux qui
ont accepté la négociation se retrouvent lésés car
ils prennent en charge les 200 euros au-delà des
aides des collectivités et de l’Etat, alors que ceux
qui refusent la négociation s’en sortent bien.
Qui précisément
refuse la négociation ?
ED : Toujours les
mêmes, ceux du Medef. C’est à la demande du Medef
que l’Etat a pris cette décision concernant
l’article 5. Mais je le rappelle, le Medef est une
organisation patronale en Guadeloupe qui est
minoritaire, par contre elle est puissante car elle
regroupe la majorité des importateurs-distributeurs
qui sont la majorité des grandes fortunes de notre
île. Voilà la vérité. Et donc aujourd’hui cette
position de l’Etat ne peut qu’entrainer la
permanence des conflits sociaux dans les entreprises
car tu t’imagines bien que perdre 200 euros par mois
sur 12 mois cela fait une belle somme alors que par
ailleurs dans d’autres entreprises, les travailleurs
vont garder cette augmentation de salaire. Il s’agit
là d’une volonté manifeste de l’Etat de remettre en
cause ce que nous avons obtenu c'est-à-dire
quasiment un SMIC à 1500 euros. Il s’agit aussi de
tenter d’éviter la contagion de faire en sorte que
les travailleurs français ne rentrent pas aussi dans
la danse.
Sur d’autres
grandes revendications parmi les 146 de la
plateforme, quel est le bilan de ce qui a été
effectivement obtenu et appliqué ou non ?
ED : Sur 3 ou 4
questions essentielles, nous avons obtenu des
avancées comme la baisse des prix de l’eau, des
loyers, des carburants, des produits de première
nécessité, etc… Mais en fin de compte la machine qui
génère la pwofitasyon est encore là et bien active.
Je prends l’exemple des prix des produits :
l’autorité de la concurrence à la demande de
Monsieur Jego a fait sortir un rapport le 8
septembre dernier qui dit que c’est ni l’octroi de
mer ni le prix des transports et des carburants qui
expliquent des écarts de prix aussi importants. Ca
veut dire que les importateurs distributeurs s’en
mettent plein les poches. Il est dit dans le rapport
qu’il y a des situations de monopole qui sont
illégales, qu’il y a des ententes commerciales qui
sont illicites, que les marges arrières ne sont pas
reversées, qu’il y a des clauses d’exclusivité qui
sont illégales.
Au regard de ces
constats établis dans ce rapport officiel, quelles
ont été les décisions prises par les autorités ?
ED : On était en
droit d’attendre des décisions fermes notamment au
regard de la législation française et de la
législation européenne. Et bien non ! La trouvaille
de Monsieur Sarkozy est de dire qu’il va mettre en
place un GIR, un groupe d’intervention régionale
composé de la Répression des fraudes, de
l’Inspection du travail, des Douanes pour surveiller
un peu ce qui se passe. C’est ce que Monsieur
Sarkozy a annoncé le 6 novembre dernier. On voit
bien que ce fameux GIR est une version tropicale de
la mise en œuvre de la RGPP, la révision générale
des politiques publiques et deuxièmement, c’est un
leurre, une vaste fumisterie pour ne pas poser les
vrais problèmes. Le problème c’est quoi ? C’est la
liberté des prix et la liberté de la concurrence et
de la circulation des marchandises dans l’espace
économique européen. Ca veut dire aujourd’hui que
n’importe quel importateur-distributeur peut faire
entrer n’importe quel produit qu’il veut, au prix
qu’il veut, dès lors que ce produit n’est pas
illégal et ne met pas en cause la santé des
personnes, voilà la vérité. Aujourd’hui le dossier
de la pwofitasyon sur les prix est plus que jamais
d’actualité. Il y a des prix qui ont baissé,
d’autres ont augmenté parce qu’ils ont repris d’une
main ce qu’ils avaient lâché de l’autre, mais l’Etat
qui s’était engagé à contrôler et à sanctionner ne
remplit pas son rôle et pour cause. On aurait pu
attendre du secrétariat d’Etat au commerce qu’il
s’attarde sur ce dossier et qu’il porte plainte
devant les tribunaux contre les ententes illicites,
et bien rien n’a été fait.
Et sur le prix des
carburants précisément, où en est-on ?
ED : Sur ce point
nous avons obtenu une baisse au total de 49 centimes
sur le prix des carburants. Aujourd’hui Madame
Panchard qui est secrétaire d’Etat à L’Outre mer a
augmenté avec le Préfet le prix des carburants de 10
centimes en deux fois, le 16 septembre 2009 et le 1er
janvier 2010, pendant les fêtes, en prenant deux
arrêtés préfectoraux totalement illégaux. Le prix
des carburants en Guadeloupe, Martinique et Guyane
est réglementé par un décret de décembre 2003 qui
fixe le cadre des prix. L’arrêté préfectoral du 16
septembre et celui du 1er
janvier modifient la structure des prix et en droit
français jusqu’à preuve du contraire, la hiérarchie
des normes oblige, on ne peut pas modifier un décret
avec un arrêté préfectoral.
Quelle a été la
réaction du LKP face à cela ?
ED : Nous avons donc
déposé un référé en annulation devant le tribunal
administratif de Basse Terre concernant l’arrêté du
16 septembre. Cela fait 3 mois. Nous n’avons depuis
aucune date d’audience de la part du tribunal alors
qu’un référé est fait pour un jugement en urgence.
Ils sont bien embêtés car le tribunal va devoir dire
le droit alors ils sont entrain de chercher des
entourloupes pour nous couillonner mais de toutes
les façons les choses sont claires, en droit
français, on ne peut pas modifier un décret avec un
arrêté préfectoral. Nous allons déposer un deuxième
référé pour l’arrêté du 1er
Janvier et on a déjà interpelé le Président du
tribunal administratif pour lui dire qu’un référé
est censé obtenir un jugement en urgence.
Ou en est le
dossier sur la jeunesse, les revendications de la
plateforme concernant l’emploi, la formation ?
ED : Sur cette
question on a entendu pendant le carnaval qui vient
d’avoir lieu qu’il y avait eu 2 agressions à Basse
Terre dont une s’est terminée tragiquement, un jeune
a été tué de plusieurs balles. Aujourd’hui la
Guadeloupe est vice championne d’Europe concernant
le chômage des jeunes. Première la Réunion, 60% des
jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, deuxième
la Guadeloupe avec 59%, troisième la Martinique avec
58%, quatrième la Guyane, voilà le palmarès. Nous
avons pratiquement 6 jeunes sur 10 de moins de 25
ans diplômés ou pas qui sont au chômage. Tout
n’explique pas tout, mais on ne peut pas parler de
paix sociale, d’évolution, de développement
économique et social quand la jeunesse est à la rue.
Et un jour ou l’autre quand on est à la rue, diplôme
ou pas, on tombe dans la déviance sociale. Les
autorités ont signés le 4 mars 2009 avec le LKP un
plan d’urgence pour la formation des jeunes qui
définit avec l’intervention du Conseil général, du
Conseil régional, de l’Etat, de Pôle emploi,
etc….avec tous les partenaires censés mettre la main
à la pate pour, avec les entreprises, mettre un
véritable plan de formation et d’insertion
professionnelle pour la jeunesse et singulièrement
en insistant sur ce que nous avions pointé du doigt,
la discrimination raciale à l’embauche à l’encontre
des Guadeloupéens en Guadeloupe.
Quelles sont les
premières retombées de ce plan d’urgence pour la
jeunesse ?
ED : Au jour
d’aujourd’hui, 11 mois plus tard, le résultat est
néant. Nous avons entendu le Préfet lors d’une
Conférence de Presse il y a quelques jours dire
qu’en fin de compte il programmait de trouver du
travail pour la jeunesse et ayant fait le tour de la
Guadeloupe il avait noté qu’il fallait couper les
herbes dans les communes. Couper les herbes, c’est
un métier comme un autre, mais on ne va pas proposer
à tous les jeunes de Guadeloupe de couper des arbres
et de l’herbe. Nous sommes la seule région de France
et de Navarre où il n’y a pas d’AFPA parce qu’elle a
été fermée, liquidée en octobre 2007 et son
personnel licencié. Aujourd’hui c’est la croix et la
bannière pour qu’un jeune puisse accéder à une
formation professionnelle alors que nous avons 80%
des personnes inscrites à Pôle emploi qui ont à
peine un niveau CAP-BEP. Nous avons 1200 jeunes qui
sortent chaque année du système scolaire sans
formation, sans qualification. Nous avons un jeune
sur trois d’une même classe d’âge qui arrive au BAC.
Ca veut dire qu’en matière de système éducatif, de
formation initiale, de formation professionnelle il
y a un très gros travail à faire et aujourd’hui rien
n’est fait. Pire encore, puisqu’il y a ces jours ci
des élections régionales, tout le monde aime la
jeunesse, tout le monde aime la Guadeloupe, mais les
vrais problèmes ne sont pas posés. C’est pour ça que
nous avons rencontré Madame Penchard secrétaire
d’Etat à deux reprises. Nous n’avons pas eu devant
nous un ministre mais une candidate aux élections
qui est venue polémiquer, faire de la publicité,
voir ses amis pour le financement de sa campagne
électorale, mais elle a été dans l’incapacité de
répondre à aucune des exigences du protocole, aucune
réponse sur les questions fondamentales posées, sur
la pwofitasyon, sur l’accord Bino, sur la situation
de la jeunesse, sur les discriminations à
l’embauche.
Revenons si tu le
veux bien sur la création du LKP, ce front de 48
organisations, syndicales, politiques, associations
et mouvements culturels. Comment cela a-t-il été
possible d’arriver à cette unité avec une plate
forme commune de 146 revendications, de pouvoir
maintenir cette unité un an plus tard ? Pour la
constitution de ce front, quels ont été le rôle et
l’apport de l’UGTG syndicat majoritaire,
indépendantiste, de lutte de classe dont tu es le
secrétaire général ?
ED : Nous nous sommes
mis d’accord entre nous pour qualifier le LKP comme « un
mouvement de masse, politique, anti capitaliste et
anti colonialiste ».
Ce n’est pas une création spontanée, c’est une
accumulation d’expériences, de luttes, de victoires
et d’échecs, de toute l’histoire du mouvement
ouvrier guadeloupéen, des échanges avec des
camarades de différents pays, et les apports des
luttes des travailleurs d’autres pays que le nôtre.
Cela fait des années que l’on travaille avec
certaines organisations sur les différents sujets.
Cela fait plus de 15 ans que l’on fait en Guadeloupe
les 1er
Mai ensemble même si les lendemains on ne retrouve
pas toujours. Cela fait plusieurs années qu’on a
constitué un comité sur la question de la répression
et la défense de Michel Madassamy, mais aussi
concernant les tueries de mai 67. Il y a des années
où l’on se retrouve avec d’autres organisations pour
prendre des initiatives ensembles. Cela fait partie
de la ligne d’action de l’UGTG, de ses statuts, des
résolutions de ces congrès, toujours se battre pour
l’unité, la solidarité de la classe ouvrière…
Justement, parlons
si tu le veux bien de la place de du rôle de L’UGTG
dans la constitution du LKP….
ED : L’UGTG a été à
l’initiative d’une rencontre le 5 décembre 2008 et
ça c’est passé de la façon suivante. Avec
l’UTPP-UGTG qui est notre syndicat qui regroupe les
travailleurs des produits pétroliers, nous étions
entrain de travailler sur le prix des carburants,
sur l’accès des produits au marché et également sur
l’installation des pompes automatiques qui allaient
mettre en cause l’emploi d’à peu prés 1 000
travailleurs. On s’est rendu compte à partir de là
qu’il y avait de nombreux problèmes autour des prix,
qu’il y avait beaucoup d’opacité sur cette question.
J’ai proposé aux camarades de l’UGTG de rencontrer
les autres organisations, que ce soit les
organisations syndicales, politiques proches des
travailleurs, les associations de consommateurs, et
on a proposé de se rencontrer le 5 décembre, c’est
d’ailleurs le camarade de la CGTG qui a choisi la
date. J’ai pris mon téléphone et j’ai appelé tout le
monde en leur disant :
« voilà la situation sur la question des prix, c’est
un dossier que nous UGTG ne pourrons pas porter tout
seul et cela concerne tous les travailleurs,
discutons-en ensemble. » C’est tout
naturellement que tout le monde a répondu présent,
tout le monde était là, certains en ont amené
d’autres, ce qui fait que quelques jours plus tard,
le 16 décembre, nous étions 8 000 à défiler dans les
rues de Pointe à Pitre.
C’est ce jour là,
le 16 décembre 2008 que vous adressez ensemble vos
revendications aux autorités ?
ED : Ce jour là le
Sous Préfet a refusé de nous recevoir et après
plusieurs tours de la ville, il a fini par accepter
de nous rencontrer. Il nous a dit qu’il nous
recevait par civilité mais qu’il n’avait rien à nous
dire et on lui a demandé de transmettre notre
demande d’audience au Préfet. Le lendemain, le
Préfet refusait de nous recevoir au prétexte qu’il
n’avait pas le temps car il faisait le noël des
enfants des employés de la Préfecture. A 18h 30 le
mercredi 17 décembre devant les grilles de la
préfecture, nous avons pris la décision solennelle
d’’appeler à un mouvement de grève générale à partir
du 20 janvier 2009. Du 17 décembre au 20 janvier
nous avons fait le tour de la Guadeloupe, nous avons
élaboré notre cahier de revendications qui fait 28
pages, nous avons fait des réunions et des meetings
partout sur l’île, nous n’avons pris que 2 jours de
repos, le 25 décembre et le 1er
janvier.
Comment
pratiquement s’est constitué ce cahier de 146
revendications ?
ED : Il s’est battit
avec toutes les organisations et à partir des
discussions que nous avons eues avec des milliers de
travailleurs dans les réunions et meetings. Nous
nous sommes aperçus qu’en additionnant nos visions
et approches différentes de la Guadeloupe, nous
avions une photographie très précise de notre pays à
tous les niveaux. En fin de compte avec nos
différences, notre diversité, on a fait l’unité. La
CGTG est venue avec son expertise dans tel et tel
domaine, l’UGTG idem, l’UPLG, le Parti Communiste,
les associations de consommateurs, les mouvements
culturels, tous sont venus avec leurs expertises et
lorsqu’on les a combinées, on s’est rendu compte
qu’on avait une cartographie quasi parfaite des
exigences des travailleurs et de la population de
Guadeloupe.
L’appel à la grève
générale pour le 20 janvier est lancé, c’est donc à
ce moment que se constitue formellement le LKP, avec
ses structures, son mode de fonctionnement, son
porte parole ?
ED : Le LKP se
constitue effectivement avant le déclenchement de la
grève générale. La décision de me désigner comme
porte parole a été prise tout simplement. En tant
que secrétaire général de l’UGTG j’avais été à
l’initiative de la rencontre du 5 décembre, j’avais
présidé par la suite les premières réunions, c’est
donc naturellement que tous les camarades des
différentes organisations se sont trouvés d’accord
pour que je sois le porte parole.
L’aspect de ce
front appuyé sur une plate forme de 146
revendications précises, fonctionnant unitairement,
démocratiquement, rendant compte en direct des
négociations, tout cela a beaucoup surpris les
militants ouvriers en dehors de la Guadeloupe qui il
faut bien le dire sont confrontés bien souvent à des
pratiques syndicales totalement opposées. C’est donc
possible se sont-ils dit….
ED : On s’est mis
d’accord : il y a du travail qui a été fait dans
toutes les organisations Il y a des expertises dans
certains domaines ou une organisation est beaucoup
plus compétente qu’une autre, parce que les uns se
sont intéressées à des questions depuis longtemps et
d’autres non. Et bien, nous avons décidé sur les
différents sujets qu’il y avait 3 ou 4 personnes qui
prenaient la parole sur ça et ça, les dossiers
étaient préparés par les militants reconnus les plus
compétents dans tel ou tel domaine. La méthode est
qu’on se met d’accord entre nous et qu’on prend le
temps pour cela. Un exemple : si on prend les
problèmes liés à la défense de l’environnement et
ses défenseurs et les conséquences de l’utilisation
du pesticide chlordécone, comment concilier les
agriculteurs, les marins pêcheurs et les défenseurs
de l’environnement par rapport à la problématique
des sols et des poissons qui sont contaminés. Nous
discutons, nous nous mettons d’accord et à travers
le débat, une position émerge, et cette position là
devient celle du LKP portée par tout le monde. Nous
ne faisons pas de vote. Tu viens avec tes arguments,
je viens avec les miens, nous prenons le temps qu’il
faut pour débattre argument contre argument et la
position qui ressort c’est la position du LKP et ça
fonctionne.
A la veille des
élections régionales, on voit écrit ici ou là que la
grève générale de 44 jours était exclusivement un
mouvement social sur les revendications, qu’il n’y
avait pas d’autres aspirations plus politiques
exprimées par l’immense majorité des travailleurs et
du peuple mobilisé. Quel est ton point de vue sur
ces questions ?
ED : J’ai dit tout à
l’heure que nous avions qualifié le LKP comme « un mouvement de
masse, politique, anti capitaliste et anti
colonialiste ».
Les réponses aux revendications ne peuvent être que
des réponses politiques. Un exemple : les prix. La
réponse de l’Etat est de dire liberté du commerce,
libre concurrence, liberté de circulation des
personnes et des biens. On ne peut pas accepter ça !
On ne peut pas accepter que sur un petit pays de
1600 km2 on vienne nous dire « liberté des
prix »
alors que le commerce est organisé par 4 à 5 grandes
familles. On ne peut pas accepter non plus comme
Monsieur Sarkozy nous le propose pour faire baisser
les prix, d’accroitre la concurrence, de faire
entrer d’autres enseignes commerciales pour
soi-disant faire baisser les prix. Nous avons 50 000
hectares de terres agricoles, nous voulons conserver
ces terres pour développer notre production
agricole, développer l’agro transformation. C’est
cela que nous voulons. Et eux ce qu’ils veulent
c’est faire entrer des supermarchés supplémentaires
et faire un port en eau profonde pour faire entrer
par an en Guadeloupe un million de containers
remplis de produits. Ce sont des décisions
politiques qui donnent l’orientation politique et
sociale. Nous sommes bien sur un terrain politique.
La grève générale
a dressé tout un peuple contre les profiteurs et
l’Etat. 100 000 manifestants à Pointe à Pitre c’est
l’équivalent de 15 millions à Paris ! Ce mouvement a
fait quelque peu vaciller le gouvernement français
et les institutions, alors c’était un début de
processus révolutionnaire ou une révolution comme
j’ai pu le lire ?
ED : Je crois qu’on
ne peut pas parler de révolution mais plus
exactement comme tu le suggère d’un processus
révolutionnaire. Que ce soit ceux qui sont opposés
au LKP ou les pros LKP, tout le monde est d’accord
pour dire que les mécanismes de domination
capitaliste et colonialiste qui existent dans ce
pays sont inadmissibles et qu’on ne peut pas
continuer comme ça. Je dirai même que le LKP est une
soupape de sécurité pour l’Etat Français car le LKP
fédère beaucoup de mécontentement et les accompagne.
On imagine comment pourrait être la Guadeloupe dans
quelques temps sans LKP et sans organisations
syndicales. 50 000 chômeurs, 6 jeunes sur 10 sans
emploi, s’il n’y rien de réalisé dans les mois et
années qui viennent, il ne faudra pas qu’on se mette
à pleurer.
Le LKP vient
d’adopter une position très nette à propos des
élections régionales. Le LKP s’est prononcé
concernant les listes et ceux qui sont présents sur
ces listes tout en étant des militants et
responsables du LKP…
ED : Les élections
politiques sont facteurs de division au sein du
peuple. Il y a des alliances que les gens ne
comprennent pas, les gens sont capables de se
déchirer entre eux pour tel ou tel homme politique
alors qu’au final les revendications essentielles
notamment celles portées dans les différents
protocoles ne sont pas respectées. Il s’agit donc
pour nous de continuer à battre le pavé, faire
passer l’information et dire aux gens : « oui la lutte est
difficile mais sans lutte il n’y aura pas de
progrès, il est donc impératif de rester mobilisé et
de surtout bien se mettre dans la tête que quand tu
plantes une graine, avant de la planter, tu as
débroussaillé, tu as nettoyé, préparé le sol,
ensuite tu plantes et tu continues à enlever les
mauvaises herbes, la graine va donner un arbre qu’il
faut protéger et qui va un jour donner des fleurs,
donner des fruits et qu’on est pas obligé de voir
grandir l’arbre, de le voir en fleur, de manger ses
fruits. Mais l’objectif c’est qu’un jour ou l’autre,
nos enfants, nos petits enfants, puissent manger les
fruits de cet arbre. »
Il est important pour nous de bien se mettre en tête
que ce ne sont pas 44 jours de grève qui vont régler
tous nos problèmes et que nous sommes véritablement
dans un processus qui doit nous mener vers une
société plus juste et plus équitable, que le combat
est difficile, qu’il ne faut surtout pas baisser les
bras car la machine de la pwofitasyon est là et que
tous les jours ils mettent de la graisse pour en
faire fonctionner les rouages.
Pour en revenir à
la position officielle du LKP à propos des élections
régionales….
ED : Le LKP n’a pas
de liste, le LKP ne va pas aux élections, le LKP ne
soutient aucune liste ni aucun candidat même si ce
sont des militants du LKP, le LKP n’autorise aucune
liste ni aucun candidat à parler en son nom. Voilà
notre position. On l’a vu il y a différentes
organisations politiques qui sont membres du LKP qui
depuis toujours vont aux élections et elles sont
dans cette logique de parti et en même temps elles
nous disent : « nous
demeurons membre du LKP et nous sommes convaincus
que c’est la mobilisation de masse qui va faire
avancer la cause des travailleurs et du peuple. »
La
position que nous avons prise sur les élections
régionales et que j’ai résumé tout à l’heure est la
position de tout le monde dans le LKP.
Peux-tu faire le
point maintenant concernant les procès, jugements et
les différentes formes de répression organisées
contre les militants, et tout d’abord où en est
l’action en justice contre toi ?
ED : Sur cette
dernière question, concernant l’application de
l’accord Bino, nous avions eu énormément de
difficultés dans les commerces, notamment ceux
détenus par les importateurs-distributeurs et les
békés qui refusaient d’appliquer cet accord. Nous
avions alors décidé de faire grève et de nous
mobiliser dans l’ensemble des entreprises détenues
par les békés et les importateurs-distributeurs en
étant sur place en grève et où nous demandions aux
Guadeloupéens de ne pas acheter dans les magasins de
ces gens là tant qu’ils n’appliquaient pas l’accord
Bino. C’est à cette occasion que le 6 mars 2009 dans
une interview sur RFO j’ai dit et je le redis
aujourd’hui,
« on ne laissera pas une bande de békés
rétablirent l’esclavage en Guadeloupe. » A l’issue de cela et
sans doute à la demande toujours des mêmes, le
procureur qui entend ce qu’il veut entendre, a
décidé d’ouvrir une information judiciaire contre
moi « pour
incitation à la haine raciale et extorsion de
signatures. »
Mais à ce jour, près d’un an plus tard, je n’ai
aucune information sur les éventuelles suites de
cette affaire.
Et concernant les
autres militants, où en est-on des actions en
justice et des condamnations ?
ED : Le 15 mai 2009 il y a
eu le procès
des jeunes de Gourbeyre pour entrave à la libre
circulation.
Le 19 mai
Maîtres Sarah Aristide et Patrice Tacita ont été mis
en examen pour diffamation et violation du secret de
l’instruction pour avoir dénoncé et porté plainte
contre un magistrat qui avait organisé des écoutes
téléphoniques illégales à leur encontre. Le 20 mai nouvelle convocation
devant la chambre de l’instruction de Michel
Madassamy et de Gabriel Bourguinon, dirigeants de
l’UGTG, cette affaire dure depuis 7 ans. A noter que
Maîtres S. Aristide et P. Tacita sont leurs avocats. Le 26 mai
a eu lieu le
procès de Raymond Gauthierot, ancien Secrétaire
général de l’UGTG qui a été condamné en première
instance à trois mois de prison ferme. Cette peine a
été confirmée en appel le 12 janvier 2010. Le 29 mai s’est déroulé le
procès de Jocelyn Leborgne, membre du Conseil
Syndical de l’UGTG et le 4 juin a eu lieu le procès
du camarade Max Deloumeau, pour sa participation aux
mobilisations du LKP. Le 9 juin
c’était le procès du camarade Christophe Theophile,
membre du Conseil syndical de l’UGTG et de plusieurs
autres militants pour leur participation aux
mobilisations du LKP. Le 12 Février 2010
a eu lieu le
procès de Denis Dorvilius pour refus de se soumettre
au prélèvement ADN. Condamnés à une peine d’amende
pour entrave à la circulation, plusieurs camarades
sont également poursuivis aujourd’hui pour avoir
refusé de se soumettre aux prélèvements ADN.
Ce sont quasi
exclusivement des militants UGTG qui sont inquiétés
par la justice…
ED : Non, nous ne
sommes pas les seuls à avoir ces procès sur le dos,
d’autres organisations, l’UNSA, la FSU, ont aussi
certains de leurs militants aux prises avec leur
hiérarchie administrative avec des avertissements,
des menaces de licenciements, etc. La situation est
la suivante : non respect des engagements pris dans
les accords et comme nous continuons à revendiquer,
il faut nous faire taire. Il s’agit de persécuter
les travailleurs de faire pression sur eux, de
réprimer, de convoquer les militants devant les
tribunaux et tenter de nous faire peur.
Face à cette
situation de répression, l’UGTG en appelle à la
solidarité du mouvement ouvrier international….
ED : Tout à fait.
Nous avions déjà appelé à la solidarité
internationale il y quelques mois, car il est bon de
le préciser, c’est l’information, l’unité et cette
solidarité internationale qui se sont manifestées il
y a un an qui ont fait que les forces de répression
n’ont pas tiré sur nous comme elles l’avaient fait
en mai 67. Depuis septembre, ce sont 600 à 800
gendarmes qui sont dans les hôtels de Guadeloupe et
qui sont entrain de surveiller les magasins des
importateurs-distributeurs, qui sont sur les ronds
points même si ces jours-ci ils se font un peu plus
discrets à cause du carnaval. La solidarité du
mouvement ouvrier français, la solidarité du
mouvement ouvrier international et la présence de la
presse internationale ont fait qu’ils n’ont pas osé
tirer l’an dernier. Mais tout le monde sait
maintenant aux quatre coins du monde, qu’au-delà des
beaux discours sur la déclaration des droits de
l’homme et les libertés fondamentales, etc… dans les
dernières colonies, l’Etat Français a des pratiques
d’un autre temps. Il est important aujourd’hui
qu’avec les échanges, avec les communiqués de
soutien, que les travailleurs restent mobilisés pour
nous protéger et se protéger. On voit bien ce qui se
passe en France où il n’y a pas une journée où une
grève n’éclate quelque part. Cela montre que les
travailleurs sont en confiance, qu’ils ne se
laissent pas faire et qu’ils continuent à se battre
et ils ont raison. On ne peut pas dire d’un côté
qu’il y a une crise financière mondiale et constater
qu’il n’y a jamais eu autant de dividendes reversés,
autant de bonus distribués alors que des millions de
gens crèvent de faim et perdent leur emploi par
centaines de milliers. C’est inadmissible, c’est une
société qui est faite par les capitalistes, pour les
capitalistes et cette situation, on ne peut pas
l’accepter. Pour notre part nous continuons à nous
battre et c’est le sens de l’appel que lance l’UGTG
au mouvement ouvrier français et international pour
leur dire que face au non respect des engagements le
peuple guadeloupéen continue à se battre mais comme
toujours, la réponse de l’Etat français, c’est la
répression.
Le régime de
retraite par répartition, l’âge de départ, le niveau
des cotisations sont dans le collimateur de Sarkozy
et du gouvernement qui appelle les organisations
syndicales a un consensus sur cette question.
Qu’est-ce que cela t’inspire ?
ED : Il s’agit d’une
vaste mascarade. Nicolas Sarkozy cherche une caution
en rendant les organisations syndicales
co-décisionnaires, co-responsables de mesures
politiques dictées directement par l’OMC et l’Union
européenne au nom du grand capital international.
Aujourd’hui il s’agit de casser le régime à la
française, de casser le régime par répartition, de
casser la solidarité entre les générations et de
mettre sur pied le régime par capitalisation.
S’assoir à côté de Nicolas Sarkozy pour discuter de
l’allongement de l’âge de la retraite, je crois que
par civilité on peut éventuellement aller faire une
déclaration pour donner la position de
l’organisation syndicale, mais pour nous il est hors
de question de discuter d’un tel sujet. Quand on est
capable de donner 360 milliards d’euros aux banques
en 10 minutes, on doit pouvoir trouver 10 milliards
pour compenser entre guillemets le pseudo déficit du
régime des retraites de la sécurité sociale. Tout ça
c’est une vaste blague pour une fois de plus tenter
de couillonner les travailleurs en leur faisant
croire que ce sont des mesures faites pour sauver
leur retraite.
Haïti a connu il y
a un mois à nouveau un terrible désastre faisant
230 000 morts, des centaines de milliers de sans
abris, ravageant totalement Port au Prince. Sarkozy
présent hier 17 février en Haïti a annoncé
l’annulation de la dette de ce pays vis-à-vis de la
France et a dit que c’était au peuple haïtien et à
lui seul en prendre en main son devenir, façon à
peine voilée de critiquer Obama et le débarquement
de milliers de militaires US qui ont à nouveau
occupé le pays. L’UGTG a des liens très forts avec
Haïti, et depuis toujours a manifesté une grande
solidarité avec le peuple Haïtien et le LKP
également depuis un an. Que souhaites-tu dire sur
ces questions?
ED : Sarkozy est
confronté à un problème réel. Il a face à lui deux
puissances importantes, les USA et le Canada, qui
ont des moyens militaires beaucoup plus importants
que ceux de la France, qui sont tout près d’Haïti et
qui ont déjà pris possession de la quasi-totalité du
pays. L’Etat français se rend compte que bien
qu’ayant des liens ancestraux avec Haïti, il est
entrain de se faire doubler. La France a toujours
été présente en Haïti; elle a d’ailleurs joué un
rôle majeur dans le kidnapping du Président Jean
Bertrand Aristide en 2004 et dans le coup d’Etat qui
a suivit et dans l’occupation du pays depuis par les
forces armées de l’ONU , la MINUSTAH. Aujourd’hui
c’est vrai que l’UGTG a des liens très particuliers
avec les organisations syndicales haïtiennes, avec
le peuple haïtien, car nous avons une histoire
commune. 1791, 1794, pour nous ce sont deux dates
majeures. 1791, abolition de l’esclavage en Haïti
avec le soulèvement des esclaves et qui donnera lieu
trois années plus tard en 1794 à l’abolition de
l’esclavage en Guadeloupe. Pendant toute cette
période jusqu’en 1802 nous étions les deux seules
iles de la caraïbe a être des terres sans esclavage.
Ensuite Napoléon est venu rétablir l’esclavage en
1802 en Guadeloupe et il a réussit au prix d’une
guerre dans laquelle 10% du peuple Guadeloupéen a
été massacré. Il a essayé la même chose en Haïti,
mais là le peuple a gagné et deux ans plus tard en
1804 la première République noire dans le monde
voyait le jour. Depuis ce temps là la France a fait
payer très cher au peuple Haïtien son arrogance
d’avoir conquit son indépendance. Alors
qu’aujourd’hui Monsieur Sarkozy vienne verser des
larmes de crocodile en Haïti, personne n’est dupe.
Tout le monde sait aujourd’hui que la France, les
Etas Unis, le Canada avec la complicité des
dictateurs Haïtiens sont responsables du désastre
dans lequel se trouve le peuple Haïtien au-delà des
catastrophes naturelles. Monsieur Sarkozy en appelle
à la souveraineté et dit que c’est au peuple Haïtien
à décider lui-même de son devenir parce que quelque
part il se voit perdre des parts de marché dans la
reconstruction du pays mais il faudrait qu’il se
prononce sur La restitution des 26 milliards
qu’Haïti a du payer à l’Etat Français pour son
indépendance….
Ce sont les 150
millions de francs or que le roi Charles X a exigé
en 1825 de la jeune République haïtienne pour le
prix de sa reconnaissance, ce qui l’a saignée dès
ces premières années d’existence….
ED : Cette dette qui
représente je le répète l’équivalent de 26 milliards
d’euros, Haïti a fini d’en payer les intérêts
seulement en 1972. Sarkozy qui vient de déclarer
qu’il effaçait une dette de 50 millions, n’a pas
parlé de restituer au peuple Haïtien cette somme
énorme, 500 fois plus importante que la pseudo dette
qui serait annulée et qui a été dérobée par la
France à la nation haïtienne à partir de 1825.
Terminons cet
entretien si tu le veux bien sur les perspectives
internationales, le rôle de l’Entente internationale
des travailleurs et des peuples et des organisations
et militants qui s’en réclament dans le cadre du
soutien qu’elle peut apporter à votre combat ici en
Guadeloupe. Il va y avoir une Conférence mondiale
ouverte à Alger en novembre 2010 à l’initiative de
l’Entente, contre la guerre et l’exploitation,
d’ores et déjà 500 militants et responsables
d’organisations ouvrières dans 54 pays y
appellent…..
ED : L’UGTG est
signataire de l’appel à cette Conférence mondiale et
je crois qu’il serait important que nous y soyons
présents pour échanger avec les militants et les
organisations du monde entier. Je crois que ce sera
un moment très important. Nous avons reçu l’an passé
durant la grève générale des témoignages de soutien
du monde entier, même de pays comme le Bengladesh,
le Pakistan, de partout, venant des organisations,
syndicales ou autres affiliées à l’Entente
Internationale. Nous avons également reçu des
communiqués d’organisations qui ont entendu parler
de la lutte des travailleurs guadeloupéens à travers
les médias, en Chine et ailleurs. Et quelque chose
qui m’a beaucoup touché, c’était à Pittsburg au
Etats-Unis au mois de juillet 2009. En tant que
délégation du LKP, nous avons assisté à un congrès
aux Etats-Unis avec les 3 coalitions anti-guerre qui
existent dans ce pays et qui ont pris une position
commune sur la question de la guerre. Ces
organisations nous ont demandé à nous LKP de
prononcer le discours de clôture de leur congrès. On
était très étonné et on leur a dit : « mais vous n’y
pensez pas, vous représentez un pays de 300 millions
d’habitants et nous nous sommes 400 000 sur notre
petit caillou ».
Ils nous ont dit : « Non, non, ce que
vous avez fait avec le LKP, fédéré 48 organisations
ensemble avec une plate forme commune pour lutter
ensemble, et bien cela a été très important pour
nous aux Etats-Unis. C’est la première fois, parce
que nous avons pris exemple sur vous, que les 3
coalitions anti guerre travaillent ensemble aux
Etats-Unis ».
Cette déclaration nous a fait énormément plaisir.
Entretien réalisé
par Jean Paul Gady
Pointe à Pitre le
18 février 2010