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France :
Depuis
des
années,
on
s’accorde
à
reconnaître
que nos
sociétés
traversent
une
crise
économique,
sociale
et
politique.
Pourquoi
la
jugez-vous
fondamentale ?
Edgar
Morin :
Tout ce
qui a
constitué
le
visage
lumineux
de la
civilisation
occidentale
présente
aujourd’hui
un
envers
de plus
en plus
sombre.
Ainsi,
l’individualisme,
qui est
l’une
des
grandes
conquêtes
de la
civilisation
occidentale,
s’accompagne
de plus
en plus
de
phénomènes
d’atomisation,
de
solitude,
d’égocentrisme,
de
dégradation
des
solidarités.
Autre
produit
ambivalent
de notre
civilisation,
la
technique,
qui a
libéré
l’homme
d’énormes
dépenses
énergétiques
pour les
confier
aux
machines,
a dans
le même
temps
asservi
la
société
à la
logique
quantitative
de ces
machines.
L’industrie,
qui
satisfait
les
besoins
d’un
large
nombre
de
personnes,
est à
l’origine
des
pollutions
et des
dégradations
qui
menacent
notre
biosphère.
La
voiture
apparaît,
à cet
égard,
au
carrefour
des
vertus
et des
vices de
notre
civilisation.
La
science
elle-même,
dont on
pensait
qu’elle
répandait
uniquement
des
bienfaits,
a révélé
un
aspect
inquiétant
avec la
menace
atomique
ou celle
de
manipulations
génétiques.
Ainsi,
on peut
dire que
le mythe
du
progrès,
qui est
au
fondement
de notre
civilisation,
qui
voulait
que,
nécessairement,
demain
serait
meilleur
qu’aujourd’hui,
et qui
était
commun
au monde
de
l’Ouest
et au
monde de
l’Est,
puisque
le
communisme
promettait
un
avenir
radieux,
s’est
effondré
en tant
que
mythe.
Cela ne
signifie
pas que
tout
progrès
soit
impossible,
mais
qu’il ne
peut
plus
être
considéré
comme
automatique
et qu’il
renferme
des
régressions
de tous
ordres.
Il nous
faut
reconnaître
aujourd’hui
que la
civilisation
industrielle,
technique
et
scientifique
crée
autant
de
problèmes
qu’elle
en
résout.
LF :
Cette
crise ne
concerne-t-elle
que les
sociétés
occidentales ?
Cette
situation
est
celle du
monde
dans la
mesure
où la
civilisation
occidentale
s’est
mondialisée
ainsi
que son
idéal,
qu’elle
avait
appelé
le
« développement ».
Ce
dernier
a été
conçu
comme
une
sorte de
machine,
dont la
locomotive
serait
technique
et
économique
et qui
conduirait
par
elle-même
les
wagons,
c’est-à-dire
le
développement
social
et
humain.
Or, nous
nous
rendons
compte
que le
développement,
envisagé
uniquement
sous un
angle
économique,
n’interdit
pas, au
contraire,
un
sous-développement
humain
et
moral.
D’abord
dans nos
sociétés
riches
et
développées,
et
ensuite
dans des
sociétés
traditionnelles.
L’ensemble
de nos
anciennes
solutions
sont
aujourd’hui,
ainsi,
remises
en
question,
ce qui
provoque
des
défis
gigantesques
pour
nous et
la
planète
notamment
face à
la
menace
venant
de
l’économie
dite
mondialisée,
dont on
ignore
encore
si les
bienfaits
qu’elle
promet
sous la
forme
d’élévation
du
niveau
de vie
ne vont
pas être
payés
par des
dégradations
de la
qualité
même de
la vie.
Cette
dégradation
de la
qualité
par
rapport
à la
quantité
est la
marque
de notre
crise de
civilisation
car nous
vivons
dans un
monde
dominé
par une
logique
technique,
économique
et
scientifique.
N’est
réel que
ce qui
est
quantifiable,
tout ce
qui ne
l’est
pas est
évacué,
de la
pensée
politique
en
particulier.
Or,
malheureusement,
ni
l’amour,
ni la
souffrance,
ni le
plaisir,
ni
l’enthousiasme,
ni la
poésie
n’entrent
dans la
quantification.
Je
crains
que la
voie de
la
compétition
économique
accélérée
et
amplifiée
ne nous
conduise
qu’à un
accroissement
du
chômage.
La
tragédie,
c’est
que nous
n’avons
pas de
clé pour
en
sortir.
Nos
outils
de
pensée,
nos
idéologies,
comme le
marxisme,
qui
pensait
malheureusement
à tort
qu’en
supprimant
la
classe
dirigeante
on
supprimerait
l’exploitation
de
l’homme
par
l’homme,
ont fait
la
preuve
de leur
échec.
Nous
sommes
donc un
peu
perdus.
LF :
Est-ce
qu’une
situation
limite
comparable
à la
nôtre a
déjà
existé
par le
passé ?
Ce
développement
technique,
économique
et
scientifique,
avec ses
effets
propres,
est un
phénomène
unique
dans
l’histoire.
Mais des
situations
limites
se sont
déjà
produites.
Lorsqu’un
système
donné se
trouve
saturé
par des
problèmes
qu’il ne
peut
plus
résoudre,
il y a
deux
possibilités :
soit la
régression
générale,
soit un
changement
de
système.
Le cas
de la
régression
est
illustré
par
celui de
l’Empire
romain.
Comme on
le sait
aujourd’hui,
ce ne
sont pas
les
barbares
qui ont
provoqué
sa
chute,
mais le
fait
qu’il a
été
incapable
de se
transformer
et de
résoudre
ses
problèmes
économiques.
A
l’inverse,
la
naissance
des
sociétés
historiques,
il y a
dix
mille
ans au
Moyen-Orient,
avec le
passage
de
petits
groupes
nomades
de
chasseurs-ramasseurs
à
l’agriculture
et leur
sédentarisation
dans le
cadre de
villages...,
constitue
un
exemple
réussi
de
dépassement
d’un
système
d’organisation
trop
compartimenté
ou
dispersé
pour
résoudre
les
problèmes
posés
par une
grande
concentration
de
population/
LF :
Lors de
ces
mutations,
on
franchit
un cap
et on
change
d’échelle
en
réalité.
Est-il
dans la
logique
du
devenir
des
sociétés
humaines
d’accéder
à
l’étape
de la
mondialisation,
que vous
appelez
aussi
« l’ère
planétaire »,
et qui
est
surtout
perçue
comme un
danger
aujourd’hui ?
En
effet,
parce
qu’incontrôlée
elle
s’accompagne
de
régressions
multiples.
Mais,
c’est
une
possibilité
qui
pourrait
être
souhaitable.
La
mondialisation
a
évidemment
un
aspect
très
destructeur,
d’anonymisation,
de
ratissage
des
cultures,
d’homogénéisation
des
identités.
Mais,
elle
représente
aussi
une
chance
unique
de faire
communiquer
et se
comprendre
les
hommes
des
différentes
cultures
de la
planète,
et de
favoriser
les
métissages.
Cette
étape
nouvelle
ne
pourra
venir
que si
nous
enracinons
dans
notre
conscience
le fait
que nous
sommes
des
citoyens
de la
Terre
tout en
étant
Européens,
Français,
Africains,
Américains...,
qu’elle
est
notre
patrie,
ce qui
ne nie
pas les
autres
patries.
Cette
prise de
conscience
de la
communauté
de
destin
terrestre
est la
condition
nécessaire
de ce
changement
qui nous
permettrait
de
copiloter
la
planète,
dont les
problèmes
sont
devenus
inextricablement
mêlés.
Faute de
quoi, on
connaîtra
l’essor
des
phénomènes
de
« balkanisation »,
de repli
défensif
et
violent
sur des
identités
particulières,
ethniques,
religieuses,
qui est
le
négatif
de ce
processus
d’unification
et de
solidarisation
de la
planète.
LF :
Ces
problèmes
planétaires,
qui
dépassent
la
compétence
des
Etats-nations,
nécessiteraient
des
réponses
politiques
planétaires.
Est-ce à
dire
qu’il
faudrait
instaurer
un
gouvernement
mondial
avec les
risques
totalitaires
que cela
comporte ?
Pas du
tout. Ce
que je
crois,
c’est
qu’il
faut
incontestablement
espérer
que se
mette en
place
une
confédération
mondiale,
qui
serait
elle-même
une
confédération
de
confédérations
à
l’échelle
des
continents,
dont
l’Europe
pourrait
être un
modèle
et un
exemple.
Il
faudrait
créer
des
instances
mondiales
pour
réguler
des
problèmes
vitaux
comme
l’écologie,
le
nucléaire,
et le
développement
économique,
qui, en
raison
de ses
conséquences
socio-culturelles,
ne
devrait
pas
échapper
au
contrôle
politique.
LF :
Mais
l’essentiel
de la
politique
de
civilisation
devrait
être mis
en
oeuvre
au
niveau
de
chaque
pays.
Quelles
en sont
les
finalités
et les
grandes
lignes ?
S’il y a
une
crise de
civilisation,
c’est
parce
que les
problèmes
fondamentaux
sont
considérés
en
général
par la
politique
comme
des
problèmes
individuels
et
privés.
Cette
dernière
ne
perçoit
pas leur
interdépendance
avec les
problèmes
collectifs
et
généraux.
La
politique
de
civilisation
vise à
remettre
l’homme
au
centre
de la
politique,
en tant
que fin
et
moyen,
et à
promouvoir
le
bien-vivre
au lieu
du
bien-être.
Elle
devrait
reposer
sur deux
axes
essentiels,
valables
pour la
France,
mais
aussi
pour
l’Europe :
humaniser
les
villes,
ce qui
nécessiterait
d’énormes
investissements,
et
lutter
contre
la
désertification
des
campagnes.
LF :
On vous
opposera
alors le
problème
du
financement
de ces
grands
projets
en temps
de
crise...
Bien
sûr,
mais
parce
que l’on
réfléchit
à partir
de
budgets
séparés.
Il
serait
urgent
de créer
un
système
comptable
qui
chiffre
les
conséquences
écologiques
et
sanitaires
de nos
maux de
civilisation.
LF :
Des
millions
d’années
après
son
apparition,
l’homo
sapiens
vous
paraît
en être
encore
au stade
de la
préhistoire
sur le
plan de
l’esprit
et du
comportement.
En quoi
notre
mode de
pensée
et
d’appréhension
de la
réalité
est-il
un
handicap
au
dépassement
de nos
problèmes
actuels ?
Il n’y a
de
connaissance
pertinente
que si
on est
capable
de
contextualiser
son
information,
de la
globaliser
et de la
situer
dans un
ensemble.
Or,
notre
système
de
pensée,
qui
imprègne
l’enseignement
de
l’école
primaire
à
l’université,
est un
système
qui
morcelle
la
réalité
et rend
les
esprits
incapables
de
relier
les
savoirs
compartimentés
en
disciplines.
Cette
hyperspécialisation
des
connaissances,
qui mène
à
découper
dans la
réalité
un seul
aspect,
peut
avoir
des
conséquences
humaines
et
pratiques
considérables
dans le
cas, par
exemple,
des
politiques
d’infrastructures,
qui
négligent
trop
souvent
l’environnement
social
et
humain.
Elle
contribue
également
à
déposséder
les
citoyens
des
décisions
politiques
au
profit
des
experts.

La
réforme
de la
pensée
enseigne
à
affronter
la
complexité
à l’aide
de
concepts
capables
de
relier
les
différents
savoirs
qui sont
à notre
disposition
en cette
fin de
XXe
siècle.
Elle est
vitale à
l’heure
de l’ère
planétaire,
où il
est
devenu
impossible,
et
artificiel,
d’isoler
au
niveau
national
un
problème
important.
Cette
réforme
de
pensée,
qui
elle-même
nécessite
une
réforme
de
l’éducation,
n’est en
marche
nulle
part
alors
qu’elle
est
partout
nécessaire.
Au XVIIe
siècle,
Pascal
avait
déjà
compris
combien
tout est
lié,
reconnaissant
que « toute
chose
est
aidée et
aidante,
causée
et
causante »
- il
avait
même le
sens de
la
rétroaction,
ce qui
était
admirable
à son
époque -,
« et
tout
étant
lié par
un lien
insensible
qui
relie
les
parties
les plus
éloignées
les unes
des
autres,
je tiens
pour
impossible
de
connaître
les
parties
si je ne
connais
le tout
comme de
connaître
le tout
si je ne
connais
les
parties ».
Voilà la
phrase
clé.
C’est à
cet
apprentissage
que
devrait
tendre
l’éducation.
Mais,
malheureusement,
nous
avons
suivi le
modèle
de
Descartes,
son
contemporain,
qui
prônait
lui le
découpage
de la
réalité
et des
problèmes.
Or, un
tout
produit
des
qualités
qui
n’existent
pas dans
les
parties
séparées.
Le tout
n’est
jamais
seulement
l’addition
des
parties.
C’est
quelque
chose de
plus.
LF :
Vous
proposez
de
dépasser
l’antagonisme
traditionnel
entre le
particulier
et
l’universel.
Pourquoi
n’est-il
pas
contradictoire
de
« vouloir
sauvegarder
la
diversité
des
cultures
et
développer
l’unité
culturelle
de
l’humanité » ?
Il est
indispensable
de
pouvoir
penser
l’unité
du
multiple
et la
multiplicité
de l’un.
On a
trop
tendance
à
ignorer
l’unité
du genre
humain
lorsque
l’on
voit la
diversité
des
cultures
et des
coutumes
et à
gommer
la
diversité
lorsque
l’on
perçoit
l’unité.
Le vrai
problème
est
d’être
capable
de voir
l’un
dans
l’autre
puisque
le
propre
de
l’humain
réside
précisément
dans ce
potentiel
de
diversité,
laquelle
ne
saurait
remettre
en cause
l’unité
humaine
tout à
la fois
anatomique,
génétique,
cérébrale,
intellectuelle
et
affective.
Ainsi,
on
comprend
que le
général
et le
particulier
ne sont
pas
ennemis
puisque
le
général
lui-même
est
singulier.
L’espèce
humaine
est
singulière
par
rapport
aux
autres
espèces,
et elle
produit
des
singularités
multiples.
Notre
univers
lui-même
est
singulier,
mais il
produit
de la
diversité.
Il faut
toujours
être
capable
de
penser
l’un et
le
multiple,
car les
esprits
incapables
de
concevoir
l’unité
du
multiple
et la
multiplicité
de l’un
ne
peuvent
que
promouvoir
l’unité
qui
homogénéise
ou les
multiplicités
qui se
referment
en
elles-mêmes.
LF :
Pour
régénérer
la
démocratie,
vous
prônez
de se
ressourcer
aux
valeurs
de la
trinité
républicaine
« liberté,
égalité,
fraternité ».
En quel
sens
doit-on
repenser
leurs
rapports ?
Ce qui
est
intéressant,
c’est
que
cette
formule
est
complexe,
les
trois
termes
sont à
la fois
complémentaires
et
antagonistes.
La
liberté
toute
seule
tue
l’égalité
et même
la
fraternité.
Imposée,
l’égalité
détruit
la
liberté
sans
réaliser
la
fraternité.
Quant à
la
fraternité,
qui ne
peut
être
instituée
par
décret,
elle
doit
réguler
la
liberté
et
réduire
l’inégalité.
C’est
une
valeur
qui
relève
en fait
de la
liaison
de
soi-même
avec
l’intérêt
général,
c’est-à-dire
profondément
du
civisme.
Là où
dépérit
l’esprit
citoyen,
là où
l’on
cesse de
se
sentir
responsable
et
solidaire
d’autrui,
la
fraternité
disparaît.
Ces
trois
notions
sont
donc
très
importantes.
Il y a
des
moments
historiques
où le
problème
crucial
est
celui de
la
liberté,
surtout
dans des
conditions
d’oppression,
comme
sous
l’Occupation
en
France,
et il y
en a où
le
problème
majeur
est
celui de
la
solidarité,
ce qui
est le
cas
aujourd’hui.
LF :
Au
niveau
européen,
vous
êtes
favorable
à un
modèle
de
fédération
des
Etats.
Quel
pourrait
être le
rôle de
la
France ?
La
France
pourrait
jouer un
rôle
pionnier
parce
que sa
culture
possède
un
héritage
d’universalisme,
de foi
civique,
républicaine
et
patriotique,
mais
aussi
parce
que la
France
est le
seul
pays
européen
qui,
depuis
le XIXe
siècle,
est un
pays
d’immigration,
alors
que tous
les
autres
sont des
pays
d’émigration.
Elle a
hérité
d’une
tradition
d’intégration
des
étrangers,
par
l’école
et la
naturalisation,
automatique
pour les
enfants
nés en
France
depuis
la
Troisième
République
[1870].
Jamais
euphorique
au
départ,
cette
intégration,
qui
continue
à
fonctionner
malgré
des
difficultés
particulières
en temps
de
crise,
explique
qu’un
quart de
la
population
française
actuelle
ait des
ascendants
étrangers.
Enfin,
du fait
de son
ex-empire
colonial,
la
France a
pu
reconnaître
comme
Français
des
Martiniquais
ou des
Vietnamiens,
c’est-à-dire
des
personnes
d’une
autre
couleur
de peau.
Dans le
modèle
français,
l’identité
nationale
a
toujours
été
transmise
par
l’école
républicaine
et
l’enseignement
de
l’histoire
de
France.
Les
enfants
assimilaient
Vercingétorix,
Rome,
Clovis,
c’est-à-dire
une
histoire
très
riche,
et du
reste
très
intéressante,
car la
mythologie
française
exalte à
la fois
un héros
de
l’indépendance,
Vercingétorix,
mais ne
traite
pas de
collaborateurs
les
Gaulois,
qui
eux-mêmes
ont été
romanisés.
Ainsi,
la
France,
dès son
origine,
accepte
le
métissage
avec les
Romains,
puis
avec les
Germains.
Constituée
à partir
d’un
tout
petit
royaume,
l’Ile-de-France,
qu’elle
a élargi
en
intégrant
au fil
des
siècles
des
régions
hétérogènes,
la
France
se
caractérise
en fait
par un
processus
de
francisation
permanente.
LF :
Votre
diagnostic
conclut
à une
situation
« logiquement
désespérée ».
Qu’est-ce
qui,
pourtant,
vous
porte à
l’espoir ?
Je pense
que nous
devons
nous
ouvrir
aux
échanges.
De même
que
l’Asie
s’est
ouverte
à la
technique
occidentale,
nous
devons
nous
ouvrir à
l’apport
des
civilisations
asiatiques,
bouddhiste
et
hindouiste
notamment,
pour la
part
qu’elles
ont
faites
au
rapport
entre
soi et
soi,
entre
son
esprit,
son âme
et son
corps,
que
notre
civilisation
productiviste
et
activiste
a
totalement
négligé.
Nous
avons
beaucoup
à
apprendre
des
autres
cultures.
De même
que la
Renaissance
s’est
produite
parce
que
l’Europe
médiévale
est
revenue
à la
source
grecque,
nous
devons
aujourd’hui
chercher
une
nouvelle
renaissance
en
puisant
aux
sources
multiples
de
l’univers.
Les
raisons
de
l’espoir
viennent
aussi du
fait que
nous
sommes
dans la
préhistoire
de
l’esprit
humain,
ce qui
signifie
que les
capacités
mentales
humaines
sont
encore
sous-exploitées,
notamment
sur le
plan des
relations
avec
autrui.
Nous
sommes
des
barbares
dans nos
relations
avec
autrui,
pas
seulement
dans les
rapports
entre
religions
et
peuples
différents
mais au
sein
même
d’une
famille,
entre
parents,
où la
compréhension
fait
défaut.
D’autre
part,
l’histoire
nous
enseigne
qu’il
faut
miser
sur
l’improbable.
J’ai
vécu
historiquement
deux
fois la
victoire
de
l’improbable.
D’abord,
avec la
défaite
du
nazisme
en 1945,
alors
que la
victoire
allemande
était
probable
en
Europe
en 1941,
et puis
avec
l’effondrement
du
système
communiste
en
1989-90.
Le pire
n’est
jamais
certain
et « là
où croît
le péril
croît
aussi ce
qui
sauve »,
comme le
dit
Hölderlin
qui nous
rappelle
que le
danger
va nous
aider
peut-être
à nous
en
sortir,
à
condition
d’en
prendre
conscience.
Propos
recueillis
par
Anne
Rapin
Repères
Edgar
Morin
est
l’un
des
penseurs
français
les
plus
importants
de
son
époque,
directeur
de
recherches
émérite
au
Centre
national
de
la
recherche
scientifique
(CNRS).
Son
oeuvre
multiple
est
commandée
par
le
souci
d’une
connaissance
ni
mutilée
ni
cloisonnée,
apte
à
saisir
la
complexité
du
réel,
en
respectant
le
singulier
tout
en
l’insérant
dans
son
ensemble.
Dans
ce
sens :
Sociologie
contemporaine
(l’Esprit
du
temps,
éd.
Grasset,
1962-1976).
Il
s’est
efforcé
de
concevoir
la
complexité
anthropo-sociale
en y
incluant
la
dimension
biologique
et
la
dimension
imaginaire
(l’Homme
et
la
Mort,
Seuil,
1951,
le
Cinéma
ou
l’Homme
imaginaire,
Minuit,
1956,
le
Paradigme
perdu :
la
nature
humaine,
Seuil,
1973).
Il
énonce
un
diagnostic
et
une
éthique
pour
les
problèmes
fondamentaux
de
notre
temps
(Pour
sortir
du
XXe
siècle,
Nathan,
1981,
Penser
l’Europe,
Gallimard,
1987,
Terre-Patrie,
Seuil,
1993,
Une
politique
de
civilisation,
avec
Sami
Naïr,
Arléa,
1997).
Enfin,
il a
élaboré
en
vingt
ans
(1977-1991)
une
Méthode
(Seuil)
qui
permettrait
une
réforme
de
la
pensée.
La
Complexité
humaine
(Flammarion,
1994)
rassemble
des
concepts
clés
de
l’oeuvre
d’Edgar
Morin
(extraits
de
ses
principaux
ouvrages)
et
permet
une
première
approche
de
la
« pensée
complexe ».
La
plupart
de
ces
ouvrages
ont
été
traduits
(ou
sont
en
cours
de
traduction)
en
allemand,
anglais,
chinois,
coréen,
espagnol,
grec,
italien,
japonais,
polonais,
portugais,
russe,
suédois,
turc...