Kadhafi donne le
ton
Jean-Claude
Buhrer
«L’islam régnera sur la planète,
comme Allah l’a promis.» A
l’approche de la conférence dite
d’examen de la mal nommée Conférence
mondiale contre le racisme de
Durban, qui doit se tenir à Genève,
le colonel Kadhafi a donné un
avant-goût de ce que promet cette
réunion controversée, dont le comité
préparatoire est précisément présidé
par la Libye, avec l’Iran parmi les
vice-présidents.
Dans un discours
prononcé le 12 mars à Nouakchott en
Mauritanie, à l’occasion de la
commémoration de la naissance du
prophète Mahomet, le guide libyen a
pris des accents prophétiques non
pas pour évoquer les droits de
l’homme, mais «l’universalité de
la religion musulmane». Et de
prédire que «l’islam régnera sur
la planète, comme Allah l’a promis,
les religions qui l’ont précédé
ayant expiré, selon la version du
prophète Mahomet, dernier messager
de Dieu». Fort de cette
certitude, Muammar al-Kadhafi a
lancé un appel à l’humanité tout
entière à rendre justice au prophète
Mahomet en reconnaissant sa religion
comme la finalité de celles révélées
par ses prédécesseurs que sont Moïse
et Jésus. Selon le président libyen
:«Le Coran démontre qu’il
n’existe pas de divergences entre
l’islam et Moïse ainsi que ses
proches fidèles, parce qu’ils
étaient des musulmans. S’ils avaient
vécu du temps de Mahomet, ils
auraient cru en lui, tout comme il
n’existe pas de problème avec Jésus
et les autres prophètes, étant tous
des musulmans et Mahomet le sceau
des prophètes.» Si discorde il y
a, a-t-il ajouté, elle se situe
«entre nous et ceux qui ont refusé
de suivre Mahomet, qui est un
messager des juifs, des chrétiens et
de toute l’humanité». Dans la
foulée, le dictateur libyen a encore
invité ses coreligionnaires à
instituer un «calendrier musulman
à l’image des chrétiens»,
reprenant une revendication de
«scientifiques» et autres
dignitaires de l’islam réunis l’an
dernier au Qatar lors d’une
conférence intitulée «La Mecque,
centre du monde, théorie et
pratique». A cette occasion, ils ont
appelé à remplacer l’heure GMT du
méridien de Greenwich par celle de
La Mecque, alléguant que cette ville
saoudienne est le vrai centre du
monde par «la volonté d’Allah».
S’érigeant en défenseur de l’islam,
le nouveau président de l’Union
africaine n’a pas manqué de citer la
grande contribution de la Mauritanie
à la diffusion de l’islam en
Afrique, se gardant bien de parler
du sort des Noirs maintenus en
esclavage par les Maures et toujours
victimes de discrimination raciale
dans son propre pays.
Abordant l’avenir de l’islam en
Europe, le colonel Kadhafi s’est
félicité de sa progression
croissante avec la présence de
millions de musulmans et que «la
dynamique des conversions à l’islam
se poursuivra avec l’entrée de la
Turquie, de l’Albanie et de la
Bosnie-Herzégovine dans l’Union
européenne». Quant à l’Afrique
et à l’Asie, estime le dirigeant
libyen : «Elles s’orientent peu à
peu vers l’islam, sonnant ainsi la
fin de certaines religions appelées
à être remplacées par l’islam, quoi
que disent les polythéistes et les
incrédules.» A entendre Kadhafi,
on est bien loin des illusions
entretenues par les promoteurs de
l’Alliance des civilisations, cette
initiative lancée conjointement par
le Premier ministre turc Recep
Erdogan et son collègue espagnol
José Luis Zapatero suivant une idée
de l’ancien président iranien
Khatami d’un dialogue entre l’islam
et l’Occident. Placé sous l’égide de
l’ONU en 2005, ce regroupement a
connu une nouvelle consécration avec
l’inauguration en grande pompe, à la
veille du 60e anniversaire
de la déclaration universelle des
droits de l’homme au palais des
Nations à Genève, d’une nouvelle
salle entièrement rénovée aux frais
de l’Espagne et baptisée «Conseil
des droits de l’homme et de
l’alliance des civilisations». Comme
si cette dernière devait prendre le
pas sur un système des droits de
l’homme de plus en plus mis à mal et
vidé de sa substance…
C’est dans ce contexte de remise
en cause de l’universalité des
droits de l’homme et de
démantèlement des acquis que
l’Organisation de la conférence
islamique (OCI), forte de 57 membres
sur 192 à l’ONU, s’active à faire
entrer la religion dans les
instances internationales et à
imposer des normes antiblasphème
restreignant la liberté d’expression
sous couvert de lutte contre
«l’islamophobie» et la diffamation
des religions, à commencer par
l’islam.
La même présidente libyenne du
comité préparatoire de Durban 2
s’était déjà distinguée alors
qu’elle dirigeait en 2003 la
Commission des droits de l’homme qui
a sombré dans le discrédit, en
s’adressant à l’assemblée par ces
pieuses paroles : «Au nom de
Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
je vous salue avec les salutations
de l’islam, que la piété de Dieu
vous entoure.» Comme si elle se
prenait pour une envoyée du ciel. A
la fin de la session, Mme Najat
al-Hajjaji, avait manœuvré avec ses
compères de l’OCI pour empêcher tout
débat sur une résolution réclamant
la fin des discriminations contre
les homosexuels. D’abord en
reléguant la question au dernier
point de l’ordre du jour, puis en
acceptant une suspension de séance
pour permettre aux délégués
musulmans d’aller faire leur prière,
avant de clore la session et
d’enterrer ce sujet litigieux.
Oubliant leurs propres principes
de séparation du religieux et du
temporel, les démocraties et autres
pays laïcs s’étaient résignés et ont
laissé faire. Comme ils n’ont guère
été en mesure jusqu’à présent de
résister à la majorité automatique
de l’OCI et de ses affidés qui
imposent sa loi au nouveau Conseil
et aux travaux préparatoires de
Durban 2.
Ainsi, la dernière mouture du
projet de déclaration se présente
comme une tentative de légitimer des
violations flagrantes des droits de
l’homme, tout en ignorant les
nombreuses victimes du racisme à
travers le monde. Qu’il s’agisse des
Noirs exterminés au Darfour, des
droits des femmes bafoués en Arabie
Saoudite, des homosexuels exécutés
en Iran, des Tibétains sous la botte
de Pékin, aucune de ces victimes
n’est mentionnée dans ce texte. Avec
la bénédiction de la Jamahiriya
arabe libyenne du colonel Kadhafi et
de l’Iran des ayatollahs, Durban 2
est décidément bien mal parti.
Les démocraties sauront-elles se
ressaisir avant qu’il ne soit trop
tard, ou accepteront-elles sans
broncher de servir de caution aux
desseins des dictatures, quitte à se
renier et à boire le calice jusqu’à
la lie ?
Coauteur avec Claude
B. Levenson de :l’ONU contre les
droits de l’homme ? Mille et Une
nuits, 2003.
Dieudonné : Enquête sur un
antisémite
Un
bilan globalement négatif