Droite et pouvoir économique : une
histoire vieille comme le capitalisme

par Olivier Besancenot,
porte-parole national du NPA, et Myriam
Martin, membre du comité exécutif du NPA
L'affaire
Woerth-Bettencourt est devenue une véritable
affaire d'Etat impliquant et compromettant
l'ensemble du pouvoir et le parti à sa tête,
l'UMP. Eric Woerth, soutenu par le
président, contre-attaque et porte plainte
pour diffamation. C'est son droit de
justiciable.
Mais il est évident que certains éléments
semblent de plus en plus incontestables dans
ce dossier : c'est Eric Woerth, ex-ministre
du budget et trésorier de l'UMP, qui
organise en Suisse des soirées de collecte
de fonds auprès de contribuables
particulièrement fortunés, adeptes de la
fraude fiscale…, contre laquelle le même
Woerth fait mine, ensuite, de mener
bataille. C'est l'embauche, par Liliane
Bettencourt, de Florence Woerth, quand son
mari est à la tête d'une administration qui,
bouclier fiscal oblige, verse à l'employeur
de sa femme un chèque de "remboursement" de
30 millions d'euros. C'est la possibilité
pour la "troisième fortune de France" de
frauder le fisc sans risques puisque,
contrairement aux affirmations d'Eric Woerth
et de ses soutiens, elle n'a fait l'objet
d'aucun contrôle fiscal depuis 1995 ! C'est
un couple généreux, les Bettencourt,
distribuant des enveloppes à de nombreux
politiciens (de droite). Il se dit même que
Balladur et Sarkozy figuraient parmi les
bénéficiaires attitrés…
Les rebondissements quasi quotidiens, dans
cette affaire, illustrent une fois encore
les liens troubles entretenus par les plus
hauts responsables de l'Etat avec la haute
bourgeoisie.
En effet, au delà de l'indignation que
suscite ce scandale, il révèle avant tout ce
qui existe depuis fort longtemps : un
personnel politique à droite au service du
monde des affaires et des grandes fortunes.
Ce n'est pas une nouveauté, depuis la
constitution du comité des forges
rassemblant en 1864 les patrons de la
métallurgie, la classe possédante a toujours
lié son sort au pouvoir politique qui la
soutient sans faillir. La gauche
institutionnelle, elle aussi, au contact du
pouvoir, s'est laissée enivrer par les
sphères de la finance. Il est monnaie
courante également que des membres de
cabinets ministériels après avoir servi au
sein de ces derniers vendent leurs services
aux conseils d'administrations des plus
grandes entreprises.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit, de
cette complicité étroite entre, au fond, des
gens du même monde. L'UMP sarkozyste n'a
jamais caché ses liens avec Lagardère,
Bouygues, Bolloré et bien d'autres. Les
membres du gouvernement Fillon, le président
de la République partagent les mêmes idées
libérales, voire ultra-libérales des milieux
d'affaires. Tous sont attachés à défendre le
système capitaliste coûte que coûte et à
faire payer la crise dudit système à la
majorité de la population, en imposant leur
plan d'austérité. Le président a confirmé
d'ailleurs cette politique le 12 juillet :
rien ne changera dans sa politique, c'est la
rigueur qui s'impose, sauf pour les plus
nantis.
Aussi, la stratégie de défense de l'état
major UMP, Sarkozy en tête sur France 2 au
journal du soir, concernant le ministre du
travail et le dossier des retraites, serait
risible si elle n'était pas avant tout
déplacée : Eric Woerth serait victime d'un
complot "médiatico-politique car porteur de
la courageuse réforme des retraites" ! Voilà
pourquoi il existerait un véritable
acharnement sur sa personne !
UNE LARGE UNITÉ DE LA GAUCHE POUR SAUVER LA
RETRAITE PAR RÉPARTITION
L'histoire ne nous dit pas encore si elle
retiendra le nom d'Eric Woerth, comme celui
d'un ministre mouillé dans un scandale
illustrant une fois encore l'osmose entre la
haute bourgeoisie et les hommes du pouvoir.
Ou encore si elle retiendra le nom du
ministre de Sarkozy comme celui qui s'est
attaqué à une très grande conquête sociale,
la retraite par répartition. Mais finalement
il y a un rapport entre les deux car
lorsqu'il défend les intérêts des grandes
fortunes ou quand il s'attaque aux
retraites, ce sont toujours les mêmes qui
payent, les salariés, les classes
populaires. Cela suffit largement pour
exiger la démission d'un ministre qui ne
peut se targuer que d'une seule légitimité,
celle de démissionner au plus vite.
En réalité si elle s'impose, la
contre-réforme Woerth-Sarkozy va créer une
situation nouvelle pour une large frange de
la population qui sera contrainte d'avoir
recours aux assureurs privés pour pouvoir
espérer compléter ses maigres pensions de
retraite. Un cadeau de plus au fond aux
amis, aux requins de la finance qui vont
enfin pouvoir faire du profit à grande
échelle avec l'argent des retraites.
En somme, le gouvernement prétend sauver la
retraite par répartition alors qu'il s'agit
pour lui de la tuer. Cela suffit pour exiger
le retrait de ce projet de loi. C'est sur ce
point nodal que peut se faire l'unité la
plus large de la gauche politique, syndicale
et associative. Sur ce point peut se nouer
le rapport de force et s'organiser le bras
de fer avec le pouvoir. C'est possible car
la population rejette majoritairement cette
loi.
Il faut répondre massivement à l'appel pour
le 7 septembre et faire de cette journée,
une grande journée de grève et de
mobilisation. Le 7 septembre doit servir de
tremplin pour la construction d'un mouvement
d'ensemble large et durable. Aussi est-il
essentiel dans le cadre de sa préparation,
partout où cela est possible, de poser la
question de la reconduction de la grève et
d'imposer celle-ci comme la seule voie
efficace pour obtenir le retrait de ce
projet scélérat. Quels que soient les points
de vue des uns et des autres, le NPA défend
toujours la retraite à 60 ans, à taux plein
et le retour à 37,5 annuités pour tous et
toutes.
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Le pouvoir
et le
président de
la
République
en
particulier
sont la
cible des
protestations
sur l'île.
Crédits
photo : AFP |
Le
Monde 20.07.10 |
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