Ni Dieudonné ni maître
par Pierre Pinalie
Décidément, il est préférable
d’attendre patiemment d’avoir des
preuves plutôt que de se lancer
nerveusement dans des pamphlets
dénonciateurs. En ce qui concerne
l’individu Dieudonné, la récente
accolade entre le lieutenant
tortionnaire de la guerre d’Algérie
et le triste amuseur parrain d’une
petite maffia antisémite est la
démonstration qu’on pouvait attendre
du parallélisme raciste entre le
vieux blanc breton et le jeune noir
métis. Et la chose n’a rien de
surprenant pour ceux qui ont vu très
tôt un escroc méchant dans la
personne de l’artiste raté fils de
l’Afrique mythique et d’une mère
désespérément blanche.
L’agression d’un clown triste
On peut donc se poser la question de
savoir pourquoi une petite horde de
militants
mal-voyants ont fait une haie
d’honneur au responsable d’un groupe
de délinquants agressifs capables
d’arpenter les ruelles du quartier
juif, dans le 4ème arrondissement de
Paris, afin de défier, d’insulter et
de provoquer les riverains, « vanvini »
sémites et majoritairement citoyens
de la « douce France. » Comment
pouvait-on acclamer un
multi-condamné en faisant de lui un
héros de la Négritude qui va se
retrouver dans les bras d’un
fasciste professionnel ?
Certes, les trois ou quatre jeunes
gens qui avaient agressé le clown
triste sur le parking d’ATV avaient
commis une erreur qui leur avait
même coûté leur liberté pendant
quelque temps, mai il y a un
regrettable paradoxe dans le fait
que le plus coupable de tous,
l’amuseur sans humour, dispose, lui,
d’une totale latitude pour exercer
sa méchanceté contre Élie Sémoun,
amuseur authentique, et contre
Arthur, vedette moins sympathique
mais non coupable de bassesses. Dans
tout cela, le plus renversant est le
brevet de martinicanité qui lui
avait été attribué par quelques
analystes myopes et par des
partisans aveugles du Hezbollah
antisémite, mouvement chiite
fondamentaliste plus assassin encore
que Tsahal, l’armée mitrailleuse de
civils libanais.
Dans l’actuelle société en pleine
dérive droitière, dans le
libéralisme privatiseur et
dangereux, dans le chômage,
l’appauvrissement et le mépris des
basses classes banlieusardes, qui
peut se rapprocher du Front
National, extrême–droite pétainiste
au ton dictatorial ? Là se trouve le
scandale du comportement d’un
Dieudonné noyé maintenant dans le
bleu-blanc-rouge après être passé en
Martinique et avoir bénéficié d’une
complicité noire, militante et
anticolonialiste. Peut-être
faudrait-il aussi demander à Doc
Gynéco pourquoi il ne craint pas de
se faire karchériser par le fils
d’immigré hongrois prêt à nettoyer
la France de tous les « vanvini » …
Sulon van latjé poul panché

En outre, il avait été question pour
le lepéniste coloré d’une
participation à l’élection
présidentielle, et celle-ci avait
entraîné l’adhésion de certains
intellectuels locaux, ce qui pose le
problème de savoir comment on peut
avoir de la sympathie pour un
personnage aussi peu brillant que
peu aimable, aussi dangereux que
ridicule. Bien sûr, qu’aient pu
voter pour lui certains tragiques
citoyens déguisés sous un
pseudonyme, distillant leur haine du
blanc et du juif à travers leurs
textes puérils et leurs
interventions déplacées dans toute
conférence intelligente, cela aurait
été tout à fait prévisible.
On se trouve donc, présentement,
dans un embrouillamini idéologique
où les opinions mal fondées varient
avec les comportements des plus
célèbres qui changent avec le vent
comme la queue d’une poule.
Cependant, si l’on cherche une idée
directrice au centre de tous ces
mouvements, on retombe
malheureusement toujours sur le même
axe. Et cet axe semble être le même
mépris, la dénonciation
permanente du colonialisme
français aux Antilles, et de la
domination juive en France. C’est
ainsi que se produit l’assimilation
d’un fait à l’autre, et la confusion
du juif et du blanc. Et c’est sans
doute pour cela que Dieudonné a
bénéficié d’un bon accueil lors de
sa venue en Martinique.
En conclusion, on se trouve devant
un nationalisme ethnique,
monoethnique d’un côté face au
blanc, et polyethnique de l’autre
côté face au juif. Nos vociférateurs
locaux se gargarisent avec une
créolité colorée face à la peau rose
des « venants d’ailleurs », tandis
que les dieudonnistes colorés de
l’autre bord s’allient aux fascistes
blancs, pour s’opposer au judaïsme
qu’ils assimilent à une forme de
colonialisme intérieur. Et l’horreur
de tout cela, c’est le
communautarisme qui se dégage,
dressant chaque groupe contre les
autres en jetant de l’huile sur le
feu qui commence à embraser la
société.
Faut-il continuer d’écouter les
militants qui ont reçu Dieudonné
comme une victime du racisme alors
qu’il en est un représentant actif ?
Faut-il continuer de suivre les
racistes débiles qui cherchent
toujours une victime à mépriser ?
Faut-il continuer de tolérer les
vieux perroquets radoteurs et les
insulteurs condamnés qui diffusent
anonymement des fausses nouvelles
antifrançaises ? Non !!! Il faut les
faire taire, les repousser et se
tourner vers la démocratie
tolérante, accueillante où TOUTES
les opinions sont respectables quand
elles sont respectablement émises .