Dieudonné à la fête du FN : une
visite pas si mystérieuse
Il y a une semaine, le
fantaisiste se rendait à la Fête
bleu, blanc, rouge.
Le FN se déclarait surpris.
Pourtant, leurs connexions sont
nombreuses.
Par Christophe Forcari
Tout le monde l'a vu,
certains l'ont reçu sur leur
stand. Mais officiellement,
aucun des responsables
frontistes n'était au
courant de la venue du
fantaisiste Dieudonné,
samedi 11 novembre, à la
convention présidentielle
bleu, blanc, rouge de
Jean-Marie Le Pen au
Bourget. Une «visite
spontanée», assure
Dieudonné, venu «en
homme libre». Il est
pourtant difficile de croire
que le pourfendeur de
Marie-France Stirbois à
Dreux en 1997, condamné en
mars 2006 en première
instance pour avoir déclaré
que les juifs «étaient
tous des négriers
reconvertis dans la
banque», ait pu
s'inviter au BBR sans s'être
assuré auparavant qu'il
pourrait effectivement
rentrer de manière
courtoise. Ou se faire
complaisamment photographier
à sa sortie du Parc des
expositions du Bourget en
bonne place au milieu d'une
escouade de DPS, les gros
bras du FN, hilares.
Une série de photos publiées sur
le site d'Allain Jules Meynié
(1), un proche de Dieudonné,
montre sa proximité avec
quelques figures frontistes ou
issues de la droite nationale
bien connues. L'ex-directeur de
campagne de Dieudonné, Marc
Robert, de son vrai nom Marc
Georges, est un ancien militant
frontiste. Candidat aux
municipales de 1995 à Eragny
(Val d'Oise), photographié au
BBR en compagnie de Jean-Michel
Dubois, lui-même élu de ce
département, il reconnaît avoir
été «dans une certaine
mesure, la cheville ouvrière de
cette rencontre». «L'opération
avait été préparée de fraîche
date. Des contacts ont été pris
pour s'assurer qu'il allait bien
pouvoir rentrer», confie
Marc Robert.
Conspirateur réjoui. Pourtant,
au FN, tout le monde feint de ne
pas avoir été informé. C'est
Farid Smahi, ancien conseiller
régional FN d'Ile-de-France,
«ami de très longue date d'Ahmed
Boualek», responsable de
l'association La banlieue
s'exprime (2), qui a guidé
Dieudonné à travers les stands
et lui a proposé de se rendre
sur celui de l'association de
Jany Le Pen, SOS enfants d'Irak.
Ce jour-là, il laisse
comprendre, à coups de lourds
sous-entendus et avec une mine
de conspirateur réjoui, qu'il
n'est pas pour rien dans cette
visite. Une semaine après, Farid
Smahi affirme qu'il n'était
«pas au courant», qu'il n'y
est «pour rien» et
qu'il a été «agréablement
surpris». L'organisateur
des grandes manifestations
frontiste, Jean-Michel Dubois,
assure lui aussi n'y être pour
rien. «La sécurité m'a
appelé pour me dire que
Dieudonné était à l'entrée et me
demander des instructions. Je
n'étais pas au courant, pas plus
que le président», raconte
Jean-Michel Dubois. Même version
pour [...], le
directeur de cabinet de Le Pen,
à la différence près que c'est
une secrétaire qui l'informe. Et
s'il est photographié en
compagnie de Dieudonné sur le
stand de la Corse, c'est que cet
insulaire n'a pas voulu faillir
«aux traditions
d'hospitalité» de
l'île de Beauté. Toujours selon
son récit, [ le directeur de
cabinet de Le Pen.], s'est
alors empressé de transmettre la
nouvelle «au président qui
[lui] a dit qu'il pouvait
rentrer». Louis Aliot, le
secrétaire général du FN et
directeur adjoint des campagnes
lepénistes, a été prévenu par le
directeur national du DPS,
Jean-Pierre Chabrut, au moment
où Dieudonné payait son billet
d'entrée. Peu enthousiasmée par
cette présence, Marine Le Pen
affirme qu'elle n'en savait
rien. «Pas plus que Bruno
Gollnisch», ajoute-t-elle
.
Marine Le Pen dispose pourtant
de personnes dans son proche
entourage pour la tenir avertie
des intentions de Dieudonné. A
commencer par Marie Chatillon,
actuellement employée au service
de communication du Front. Sur
plusieurs photos, elle apparaît
aux côtés de Dieudonné, lui
claquant la bise au passage.
«Je crois qu'elle le connaît
parce qu'elle a fait du chant
choral», assure Eric Iorio,
responsable de la propagande au
FN. Surtout, son époux, Frédéric
Chatillon, est un ancien
responsable du GUD. Aujourd'hui
à la tête d'une entreprise
baptisée Riwal communication, il
a joué les intercesseurs pour le
compte de Dieudonné auprès de
nombreuses personnalités
libanaises, lors d'un voyage
organisé fin août 2006 .Au cours
de cette escapade, Frédéric
Chatillon l'aurait présenté à de
nombreuses personnalités, dont
Lahoud Aoun, le président du
groupe Hezbollah au parlement
libanais. L'ex-responsable
gudiste a longtemps été
considéré comme entretenant des
liens assez proches avec le
général Tlass, ancien ministre
syrien de la Défense et éditeur
de brochures révisionnistes en
plusieurs langues. «J'ai
appelé aussitôt Frédéric
Chatillon. Il m'a dit qu'il
n'était pas au courant», dit
Eric Iorio. Le couple Chatillon
connaît bien Dieudonné,
puisqu'il avait convié Marine Le
Pen à un dîner en compagnie du
fantaisiste. «Une invitation
que j'ai déclinée», assure
celle-ci.
Moulin de Valmy. Autour
de Dieudonné, les passerelles
vers le FN ne manquent pas. A
commencer par Alain Soral,
écrivain pamphlétaire qui s'est
fait remarquer par ses prises de
positions anticommunautaristes
et antisionistes. Il était du
voyage au Liban. Alain Soral a
été reçu à deux reprises par Le
Pen lui-même. Il a même été
l'inspirateur d'une partie du
discours tenu par le Président
du Front national au pied du
moulin de Valmy le 20 septembre.
Marine Le Pen en a discuté
«une demi-douzaine de fois avec
lui. On a confronté nos idées et
on est tombé d'accord sur la
même ligne». Une autre
photo, toujours sur le site
Allain Jules Meynié, montre
Dieudonné, donnant l'accolade à
Jean-Emile Néaumet, alias
Nicolas Gauthier, journaliste au
mensuel le Choc du mois, qui
l'a interviewé pour le compte de
ce magazine. Dieudonné y
déclarait entre autres :
«Dorénavant, un antisémite est
quelqu'un que le Crif (Conseil
représentatif des institutions
juives) n'aime pas», se
posant ainsi, lui aussi, en
victime diabolisée. «Sa
présence ne doit rien au hasard,
croyez-le bien», affirme un
cadre du parti d'extrême droite
qui soupçonne, sourire aux
lèvres, Le Pen lui-même, d'avoir
négocié en direct cette visite
avec Dieudonné.
(1)
http://allainjules.blogspot.com
(2)
www.labanlieuesexprime.org
Libération : lundi 20 novembre 2006
Dieudonné se fait l'avocat de Le
Pen
Sur LCI, il a
affirmé hier qu'il fallait
«cesser de dire que cet homme-là
est le diable».
Dieudonné
et Le Pen font front commun.
Le fantaisiste, présent
samedi au Bourget à la fête
Bleu-Blanc-Rouge du FN,
simplement «pour voir»
avait-il alors déclaré ,
vient de franchir un pas
supplémentaire dans ce qui
ressemble de plus en plus à
un ralliement en bonne et
due forme derrière
Jean-Marie Le Pen. Dieudonné
dédiabolise Le Pen. Hier
soir, sur LCI, face à Michel
Field, il a estimé qu'il
fallait «cesser de dire
que cet homme-là est le
diable. Il y a une rumeur
qui ne correspond pas à la
vérité».
Dieudonné
date sa conversion au 20
septembre dernier. Le Pen avait
alors prononcé au pied du moulin
de Valmy un discours où il
s'était réapproprié les valeurs
de la République et de la
nation. «J'ai entendu sa
main tendue aux Français
d'origine étrangère et plus
particulièrement aux Français
d'origine africaine», a
commenté Dieudonné. A Valmy, Le
Pen avait adressé un appel
«à tous les Français d'origine
étrangère à communier sur les
valeurs de la République». «Dans
la mesure où vous respectez nos
coutumes et nos lois, dans la
mesure où vous n'aspirez qu'à
vous élever dans ce pays par le
travail, nous sommes prêts à
vous fondre dans le creuset
national et républicain», avait-il
lancé. Dieudonné, qui avait
combattu la candidature de
Marie-France Stirbois à Dreux en
1989, crédite même le président
du FN d'une sorte de virage à
gauche. «S'il va à gauche,
je ne vois pas pourquoi je ne le
suivrais pas», a-t-il
ajouté, se réjouissant au
passage que le «séisme» de
sa présence au second tour le 21
avril 2002 «pousse le
système vers la VIe
République».
Le slogan
frontiste «Halte à
l'immigration» ne le heurte pas
plus que cela. «Est-ce que
l'on parle de l'immigration des
richesses, des flux financiers,
des matières premières pillées
en Afrique ?» s'est
interrogé Dieudonné, qui a aussi
décidé d'inviter «tous les
hommes politiques» y
compris Le Pen à son prochain
spectacle au Zénith. «Si Le
Pen est raciste, il fallait
justement que j'aille le voir.
SOS Racisme a beaucoup plus
instrumentalisé la souffrance
des jeunes de banlieue», a
encore justifié Dieudonné pour
expliquer sa présence au
Bourget, où il estime ne pas
avoir été particulièrement pris
à parti.
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/216917.FR.php
© Libération
mardi 14 novembre 2006
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