Il est clair que
la Guadeloupe
défie
constamment
toute tentative
d’interprétation
théorico-politique
et le philosophe
politique,
surtout quand
une trop grande
proximité le lie
à ce pays, est
le plus souvent
désorienté.
Malgré tout, je
me risque à
exprimer ici ce
que je perçois
pour l’instant
de ce puissant
mouvement
social, étant
entendu que ces
analyses à chaud
seront toujours
marquées du
sceau de la
contingence
historique.
Disons-le tout
net : s’il m’est
arrivé dans le
passé d’énoncer
de vives
critiques
concernant
certains
mouvements
sociaux
(critiques que
je trouve
pertinentes
aujourd’hui
encore) je
constate
maintenant que
la contestation
sociale n’a pas
le même sens ni
les mêmes
tournures
qu’autrefois.
D’une part, les
dirigeants
syndicaux, en
évitant de
reproduire les
mêmes erreurs
traditionnelles,
font preuve
d’une plus
grande maîtrise
du mouvement
social. D’autre
part, par son
ampleur même, la
mobilisation en
cours jouit
d’une popularité
incontestable
qui lui donne
une certaine
légitimité.
Quelles que
soient donc les
erreurs ou
insuffisances
qu’on peut
déceler ça et
là, je soutiens
globalement la
contestation
sociale en cours
et ceci pour
deux raisons
fondamentales.
La première,
c’est quant à
son contenu
social. En
effet, la crise
du capitalisme
actuel dans sa
version
mondialisée
engendre une
déroute
économique et
sociale dont on
ne mesure pas
encore toutes
les conséquences
et, si toute la
planète en est
touchée, les
travailleurs de
tous les
secteurs de
notre pays le
sont également.
Il n’est pas
tolérable qu’un
groupe de
personnes
immensément
riches joue au
poker, si on
peut s’exprimer
ainsi, le destin
économique et
social de toute
la planète. Il y
a là une
injustice
incroyable.
L’année 2009
peut être une
année de
contestation
sociale grave
dans divers
lieux du monde
et, par la
radicalité de sa
révolte sociale,
la Guadeloupe
semble ouvrir la
voie. La
grandeur de ce
mouvement chez
nous réside
aussi dans sa
dimension
internationaliste
et on peut même
croire que,
comme la Grèce,
la Guadeloupe
risque de faire
école dans la
France
hexagonale. D’où
un certain
empressement de
l’Etat à régler
les problèmes
soulevés par la
grève générale.
La deuxième
raison de mon
soutien au
mouvement en
cours est plus
complexe, voire,
plus paradoxal.
Je m’explique.
Il me semble
percevoir,
au-delà du
catalogue
impressionnant
des
revendications
une volonté
(même si
celle-ci n’est
pas toujours
claire dans la
conscience des
acteurs)
d’exprimer
quelque chose à
propos de notre
devenir. Il y a
donc là comme un
essai de revenir
sur soi, une
réflexion au
sens fort du
terme, une
interrogation
sur soi-même et
cela donne au
mouvement social
un contenu
nouveau. Pour
moi qui depuis
des années
appelle à la
construction
d’un véritable
espace public
propre à une
société civile
digne de ce nom,
je ne peux
m’empêcher, au
risque bien sûr
de me tromper,
de nourrir
l’espoir que la
contestation
sociale en cours
puisse
contribuer à
l’éclosion d’une
authentique
société civile
guadeloupéenne.
Encore
faudrait-il que
j’explicite ce
que j’entends
par société
civile et
pourquoi je lui
accorde tant
d’importance. La
société civile
est l’ensemble
des
organisations ou
associations non
gouvernementales,
qui ne dépendent
donc pas de
l’Etat, mais
ensemble qui est
aussi séparé des
organisations
politiques. A
l’évidence, ce
qui semble se
jouer
aujourd’hui dans
ces luttes et
négociations,
c’est une partie
à trois :
mouvement social
de la société
civile,
représentants de
l’Etat, élus
politiques et
jamais ces trois
composantes
n’avaient été
aussi
distinctement
séparées. La
vérité est que
si dans le passé
les élus
politiques
récupéraient
facilement le
mouvement
social,
aujourd’hui il
est clair pour
tout le monde
que ces trois
ordres –si on
peut s’exprimer
ainsi- société
civile, Etat et
élus politiques
sont clairement
distingués.
C’est comme si
nous assistions
à une sorte
d’autonomisation
de la société
civile. Si
toutefois l’Etat
semble bien se
débrouiller dans
ce jeu à trois,
les plus mal à
l’aise semblent
les dirigeants
politiques,
surpris par
l’ampleur du
mouvement, sa
popularité, et
ils sont
désemparés de
constater que
leur légitimité
issu du pouvoir
des urnes ne
suffit pas à
leur accorder
une véritable
autorité
politique dans
notre société.
D’où leur
faiblesse sur le
mouvement en
cours. Or, la
représentation
politique issue
des urnes
devrait être en
phase avec la
société civile,
telle est du
moins l’idéal
d’une démocratie
plus
« participative ».
Cela signifie
que nous
assistons à une
crise de
l’autorité
politique dans
notre pays
qu’elle vienne
de l’Etat ou des
assemblées
locales comme
des mairies,
dans le même
temps ou le
pouvoir social
des organisation
composant le
collectif,
effectif dans la
rue, ne peut
prétendre
légitimement à
imposer une
autorité
politique sur
l’ensemble de la
société. Cela
serait
parfaitement
inacceptable car
ce n’est pas son
rôle et on ne
peut faire
l’économie des
élections en
toute véritable
démocratie.
C’est dire que
la crise que
nous traversons
n’est pas
uniquement
sociale, elle a
aussi une
ampleur
politique sans
précédent même
si cela n’est
pas très clair
dans l’opinion
publique.
Celle-ci
d’ailleurs,
quoique’ elle
soutienne le
contenu des
revendications
sociales
notamment
concernant la
vie chère, a le
sentiment qu’il
y a beaucoup de
non-dits et de
jeux cachés
qu’elle ne
perçoit pas
clairement.
Soyons donc
clair : ce qui
se joue aussi
dans cette
revendication
sociale, c’est
la question du
changement de
statut, mis à
l’ordre du jour
par les
assemblées
locales
martiniquaises.
A ce sujet, il
semble y avoir
une certaine
convergence
entre l’Etat
sarkozyste,
certains élus
comme la
persistante
Lucette Michaux-Chevry
et certains
dirigeants
politiques ou
syndicaux.
Pourquoi alors
ne pas en
discuter
franchement ?
L’erreur
politique de
Victorin Lurel,
Président de
région, est
d’avoir cru que
le vote massif
en faveur du non
lors des
dernières
élections
concernant le
changement de
statut, avait
réglé le
problème de
l’identité
collective.
J’avais, me
concernant, pris
nettement
position en
cette période
pour un non à ce
que je
considérais à
l’époque comme
une mascarade
électorale. Je
n’étais pas le
seul, l’UGTG et
certains
indépendantistes
aussi. J’avais
dû alors subir
la haine de
certains
indépendantistes
alliés à
Michaux-Chevry.
Malgré tout, je
maintiens encore
ma position
(étant entendu
et tout le monde
l’aura compris
qu’en tant
qu’intellectuel
guadeloupéen né
sur terre qui
m’a nourri, je
suis absolument
insensible,
quoique mortel,
à toute
tentative
d’intimidation)
et je tiens à
rappeler mes
principes.
Pour comprendre
ma position, il
faut revenir à
l’histoire,
celle de nos
pays issus de
l’esclavage et
de la
colonisation.
Une telle
histoire rendait
difficile la
constitution
d’un véritable
espace public.
Dans toute
société
colonisée, il ne
peut y avoir de
véritable
société civile
car l’Etat
colonial,
n’ayant aucune
autorité
légitime, est
forcément
tyrannique,
n’exerçant son
pouvoir
essentiellement
que par la ruse
ou par la force.
Je distingue
donc entre un
Etat républicain
dont l’autorité
est jugée
légitime par
l’ensemble des
citoyens même si
la lutte de
classes demeure
et l’Etat
tyrannique
n’exerçant son
pouvoir que par
la force.
L’historien
Jean-Pierre
Sainton a eu le
mérite, lors
d’une conférence
récente, de
montrer que même
avec la
départementalisation,
l’Etat français
a continué de
fonctionner
comme si entre
lui et la classe
des politiciens
il n’y avait pas
de société
civile pouvant
faire tampon,
faisant donc des
politiciens une
classe corrompue
le plus souvent,
virant casaque
au gré de leurs
intérêts ou de
ceux de l’Etat.
Si les
événements de
Mai 67 furent
aussi
dramatiques,
c’est que
l’Etat, pour
assumer la
répression, a su
faire alliance
avec la classe
des politiciens
isolant ainsi
les
indépendantistes,
les seuls
pourtant à
exprimer à
l’époque une
certaine dignité
politique,
l’histoire
devrait le
reconnaître.
Mais l’erreur de
ces derniers
consista, du
moins est-ce mon
avis, dans leur
nationalisme
même, incapable
de saisir
l’importance
d’une société
civile comme
tout
nationalisme et
les tentatives
de création
originale, sous
l’impulsion du
PTG, d’une
société civile à
fort contenu
social lors de
la naissance de
l’UTA puis de
l’UGTG, fut
dévoyée par la
création de
l’UPLG, parti
nationaliste,
livrant ainsi
l’UGTG aux
errances que
l’on sait et
dont elle semble
vouloir sortir
positivement
aujourd’hui
malgré quelques
résurgences de
méthodes
douteuses quant
au sens du bien
commun.
Voilà pourquoi
j’ai été depuis
plusieurs
années, comme
notre défunt ami
et collègue
Raoul Cyrille
Serva dont je
salue ici la
mémoire, parmi
ceux qui
trouvaient
nécessaire le
développement
d’une
authentique
société civile
guadeloupéenne.
Car sans
celle-ci, aucune
autorité
politique, d’où
qu’elle vienne,
ne sera jugée
légitime. Et il
n’est pas
acceptable que
nous continuons
à jouer ce jeu,
en absence
d’autorité
politique admise
légitiment, de
cache-cache avec
nous-mêmes, avec
des
revendications
contradictoires,
tant au plan
social que
politique,
faisant de nous
une société de
gens capricieux
et
irresponsables,
toujours prêts à
tout mettre sur
la faute de
l’autre, le
« papa blanc »
en général ou
l’
« Etat-colonialiste-français ».
Nous ne savons
être ni
Français, ni
Guadeloupéens ni
les deux à la
fois. Tel est
notre malheur.
Nous sommes
constamment –et
il est
douloureux pour
moi de le dire-
dans ce qu’on
appelle le
« double lien »
et les
psychologues
savent que cela
peut conduire à
la folie. C’est
comme si nous
étions menacés
par la
possibilité
qu’un délire
généralisé
envahisse
l’ensemble de
notre société.
Les trois
solutions qui
s’imposent à
nous sont
problématiques.
1- le maintien
du statut quo,
s’il nous
procure des
avantages
sociaux,
sanitaires, et
l’égalité des
droits, laissent
pourtant planer
l’ombre d’une
question
identitaire non
résolue.
2-l’indépendance,
surtout dans le
monde actuel,
est trop
coûteuse,
surtout pour les
classes
populaires qui
verraient leur
niveau de vie
baisser
considérablement.
3-l’autonomie,
oui, mais elle
est revendiquée
surtout par la
classe de ceux
qui sont liés
aux affaires,
une sorte de
bourgeoisie
qu’un tel statut
favoriserait. Il
me semble que la
seule façon de
s’en sortir,
c’est que nous
quittions cet
abord pathétique
de la question,
que nous
sortions de
notre névrose
collective par
un choix qui
serait produit
par une
raison commune.
Celle-ci
permettrait
d’abandonner une
problématique
identitaire
confuse, lieu où
tous les chats
sont gris ayant
surtout pour
fonction de
masquer les
enjeux réels des
classes sociales
composant notre
société. Mais où
trouver cette
raison commune ?
Si je soutiens
le mouvement
social actuel
malgré tous les
paradoxes que je
viens de
souligner, c’est
que je pense que
s’il est bien
conduit il
pourrait nous
mener au
renforcement
d’une société
civile pouvant
être le lieu
d’une
élaboration de
cette raison
commune. Car
cette grande
révolte sociale,
par l’ampleur de
sa contestation,
par l’unité
qu’elle produit
et par le fait
qu’elle semble
provoquer un
retour de la
société sur
elle-même,
constitue déjà
une timide
émergence d’une
société civile.
D’autant plus
que ce n’est pas
à l’intellectuel
de décider seul
de son côté du
moment où toutes
les conditions
concrètes seront
réunies pour que
se réalise son
idéal. Comme
disait Hegel, la
philosophie
vient toujours
trop tard
c’est-à-dire
après que la
réalité se soit
développée et ce
n’est pas au
philosophe de
décider de
l’évolution
effective de la
réalité
historique.
Mais je voudrais
mieux expliquer
mon attachement
à cette idée de
société civile.
Nombreux sont
ceux qui ne
comprennent pas
mon aversion
pour le
nationalisme et
je me suis fait
des ennemis à ce
sujet et en
Guadeloupe, et
en Martinique.
Il faudrait
selon moi
repenser la
notion de
peuple. Le
nationalisme est
toujours la
visée d’un
peuple-un. Il y
a une tradition
nationaliste,
dans les pays
colonisés, qui a
structuré les
luttes de
libération
nationale des
années 60. Or
cette conception
nationaliste de
l’identité
nationale (car
il y a des
conceptions non
nationalistes de
la nation) est
issue du
romantisme
allemand du XIX°
siècle On trouve
aussi en France
cette idéologie
nationaliste,
qui a infesté le
républicanisme
français et que
Sarkozy et
Hortefeux
essaient de
remettre à
l’ordre du jour.
La différence
entre Obama et
Sarkozy, c’est
que le premier
assoit son
autorité
politique, dans
la logique du
fédéralisme, sur
autre chose que
du nationalisme,
sur les Pères
fondateurs de la
Constitution en
dépassant tout
communautarisme,
ce qui lui
permet de
refonder
l’identité
américaine
affaiblie par
des années de
conservatisme.
Si donc Obama
pour l’instant
est au plus haut
des cieux,
Sarkozy apparaît
comme un roi,
fait du néant, à
l’autorité
affaiblie La
conception
nationaliste du
peuple, quoique
venue d’Europe,
a triomphé dans
les pays
colonisés dans
les années 60
précisément
parce que le
colonialisme
n’avait pas
permis la
naissance
d’espaces
publics
authentiques
dans les
colonies. Le
mouvement
indépendantiste
guadeloupéen a
repris cette
conception du
peuple mais son
échec est dû au
fait de la
fondation
originale de nos
sociétés
antillaises
n’ayant pas
préexisté à la
colonisation et
ayant été
façonnées au
cours de la
colonisation
même. Pour
quelqu’un sorti
de l’esclavage,
l’accès aux
droits de
l’homme et du
citoyen
prévalait sur
des
préoccupations
strictement
nationalitaires.
Ce qui a conduit
à
l’assimilation.
Mais n’exagérons
pas. Il y a bien
eu et dès le
lendemain de
l’abolition de
l’esclavage,
naissance
balbutiante
d’une société
civile, avec la
création
d’associations
ou sociétés de
toutes sortes
(la floraison de
mutuelles est
impressionnante
et il faut
saluer ici le
combat mené
actuellement par
Mme Germaine
Chicot-Marcin
pour sauvegarder
cette tradition
gravement
menacée par la
logique du
capitalisme).
Mais avec la
départementalisation,
les
Guadeloupéens
participant à la
vie publique
française, se
sont comme
fondus dans la
société civile
métropolitaine
et les
tentatives de
développement
d’une société
civile
guadeloupéenne
ont été
fragilisées.
Tout se passe
donc comme si,
alors que les
Guadeloupéens
comme citoyens
français sont
soumis à la loi
commune
républicaine
française et que
par leur vote
ils participent
à formation de
l’autorité
politique, ils
passent
toutefois leur
temps à ruser
avec cette loi
commune,
celle-ci n’ayant
paradoxalement
qu’une faible
autorité pour
eux, ce qui à
mon sens est une
pathologie
politique.
J’avance
l’hypothèse que
c’est parce que
cette loi
commune
républicaine ne
retrouve pas
vraiment de
relais dans la
société civile
locale qu’elle
manque
d’autorité et
qu’elle est
comme
instrumentalisée
par les relais
politiciens
locaux. Pourquoi
alors réclamer
une société
civile locale
alors qu’avec la
départementalisation,
nous sommes
français à part
entière ? Parce
que si la
république
française a
intégré les
Antillais comme
individus, elle
n’a pas su
prendre en
compte
l’histoire
particulière de
ces îles qui
depuis quatre
siècles (et ce
n’est pas rien)
ont tissé sous
les cieux muets
une expérience
particulière du
monde, riche et
douloureuse, et
que cela ne peut
pas être jeté
comme cela dans
les poubelles de
l’histoire. Si
nous ne voulons
pas sortir de
l’ensemble
français, de
nouvelles formes
d’intégration
(et non
d’assimilation)
devraient être
pensées, qui
prendrait en
compte ces
spécificités. En
résumé, s’il y a
bien eu une
forme de société
civile
guadeloupéenne,
jamais celle-ci
ne s’est
véritablement
autonomisée.
Ce qu’il y a de
fort dans le
mouvement
actuel, c’est
qu’il procède à
une véritable
autonomisation
de la société
civile comme je
l’ai montré où
tout un peuple,
avec des voix
diverses, dit sa
souffrance
existentielle.
Pour revenir à
la question de
l’identité,
Edouard Glissant
et Patrick
Chamoiseau ont
critiqué cette
vision simpliste
de
l’identité-une
ou
identité-racine,
peu ouverte à la
diversité du
monde. Si nous
antillais
formons des
peuples au sens
anthropologique
ou culturel,
d’une part,
cette identité
culturelle ne
s’épuise dans
aucune racine
unique, d’autre
part cela ne
peut suffire à
faire un peuple
politique. Nous
nous sommes
épuisés dans la
quête d’une
identité
culturelle
unique, ce qui
peut parfois
appauvrir nos
productions
culturelles et
l’heure est
venue d’accéder
à la claire
conscience
politique de ce
que nous
voulons. Cela
est pour moi
l’impératif
fondamental
avant même toute
décision
administrative
ou politique de
changement de
statut. Toute
décision
politique
précipitée, dans
un sens ou dans
l’autre, qui
n’aura pas été
travaillée par
la société
civile, avant sa
conversion
nécessaire dans
des élections,
manquerait
demain de
légitimité ou
d’autorité et
nous
reproduirions
nos aspects
névrotiques
habituels.
Ainsi, être un
peuple
responsable,
c’est d’abord
comme je l’ai
dit accéder à la
claire
conscience
politique de son
vouloir et
l’erreur des
politiques ayant
opté pour la
départementalisation
en 1946 est
d’avoir consenti
à une volonté
latente du
peuple mais pas
à une volonté
vraiment
élaborée dans un
espace public.
L’identité, tant
individuelle que
collective,
n’est pas pour
moi une
substance figée,
une essence
éternelle et
immuable, une
identité racine
ou close. C’est
plutôt un foyer
virtuel surtout
un processus
ininterrompu.
Construire donc
une identité
politique, voire
une volonté
générale, c’est
plus compliqué
bien que ce soit
nécessaire. Cela
exige une
véritable
réflexion, un
retour sur soi.
Ici, le rôle de
la société
civile est
absolument
nécessaire. Cela
suppose une
rationalisation
des pratiques,
une clarté des
débats, une
raison commune
qui ne serait
pas un pathos
commun comme
c’est le cas
aujourd’hui.
Cela suppose
surtout que
cesse ce
terrorisme
contre les
intellectuels
qui nous a fait
tant de mal et
dont nous payons
le prix
aujourd’hui. La
Guadeloupe est
le seul pays que
je connaisse où
le mot
« intellectuel »
est une
insulte !
Le grand
mouvement social
actuel
pourra-t-il nous
conduire vers
une nouvelle
société civile
guadeloupéenne,
riche de ses
différences et
de ses
nombreuses
potentialités ?
J’en ai
simplement
l’espoir. Car
certains doutes
persistent.
D’abord, il
n’est pas tout à
fait sûr que les
dirigeants de la
coordination
aient tout à
fait conscience
de l’importance
du mouvement qui
risque même de
les avoir
surpris en
quelque sorte.
Ensuite,
beaucoup de ses
dirigeants sont
peu ouverts à la
problématique
démocratique,
voire aux droits
de l’homme. Ils
peuvent donc
obtenir quelques
conquêtes
sociales mais
rater ici une
possibilité
inédite. Ils
peuvent aussi
dans une
problématique
« révolutionnaire »
décider pour le
peuple et lui
imposer un
changement de
statut et là, la
guerre civile, à
mes yeux, serait
inévitable.
Telle est la
responsabilité
qui s’impose à
eux.
En conclusion,
en tant
qu’intellectuel,
je ne peux
qu’espérer que
les choses
évoluent dans le
bon sens en
exprimant ici
modestement mon
point de vue qui
je l’espère
contribuera à
enrichir le
débat plutôt que
ces attaques ad
hominem stupides
dont on peut
être victime. Je
ne prétends pas
détenir la
vérité car
contrairement à
ce que croyait
Platon et après
Marx, la
politique ne
peut être une
science. Elle
s’enracine
plutôt dans ce
qu’Aristote
appelait la
fragilité ou la
contingence des
affaires
humaines. Voilà
pourquoi il faut
le débat. Pas
seulement entre
intellectuels.
Comment peut-il
se faire ? Tous
ensemble nous
devons inventer.
Débat sur ce que
nous voulons à
l’intérieur de
chaque
association , de
chaque
organisation
concernant la
question
sociale, mais
aussi la
question
culturelle et
surtout
politique, débat
dans la presse
ou dans des
revues, tout
cela afin
d’arriver à de
véritables
assises de la
société
guadeloupéenne,
à une sorte de
Convention.
C’est la seule
issue pour
sortir de notre
irresponsabilité
collective et la
jeunesse
elle-même pourra
s’investir dans
ce débat.
Pouvons-nous
alors tout
cela ? Je crois
que oui, nous
pouvons. Car si
nous ne savons
pas vraiment ce
que nous
voulons, nous
Guadeloupéens,
il est clair
aujourd’hui que
nous voulons le
vouloir.