Les
« innommables » et la bataille pour
une nouvelle liberté humaniste
antillaise

par Yvon
JOSEPH-HENRI
Le débat qui s’est élevé en France
et en Martinique a permis de révéler
un certain nombre de comportements
qui méritent qu’on s’y attarde.
Avant toute chose, il n’est dans le
fond pas étonnant que certains
comportements fascistes puissent
s’exprimer même s’ils révulsent tous
les humanistes, au premier rang
desquels se trouve l’immense
majorité des Martiniquais : nous
sommes en démocratie et toute
démocratie sécrète à sa marge des
extrêmes de gauche et de droite, qui
souvent, d’ailleurs, se rejoignent
dans l’extrémisme.
Qu’un tel débat à propos des textes
de Confiant puisse avoir lieu est
sain.
Maintenant nous savons tous que les
œuvres artistiques d’un écrivain ne
signifient rien quant à la qualité
de l’être lui-même qui peut aussi
bien être abject.
L’étonnement, si étonnement il doit
y avoir, viendrait bien plutôt des
mélanges de genres qui s’opèrent
entre enseignement (secondaire ou
universitaire) et politique. En
particulier, on ne peut attiser la
haine et la division sous couvert de
brassage d’idées. L’enseignement
doit être humaniste ou il n’est
rien, il doit libérer la pensée de
l’autre et l’aider à bien se penser
dans le monde et non lui imposer une
pensée.
Le second sujet d’étonnement réside
dans la différence flagrante qui
réside – au sein du débat généré par
les écrits de Confiant – entre les
tenants d’une expression haineuse et
raciste et ceux qui tentent de
placer le débat sur le plan du
raisonnement. Il n’y a pas de
justification raisonnée du racisme :
il n’y a que des actes de « foi » et
des cris de haine qui trahissent une
blessure non refermée. Au contraire,
l’humanisme est raison, même si
cette raison peut être diverse et
multiforme. Notamment, pour
l’enseignant et l’éducateur que je
suis, la pétition signée par un
certain nombre de « sommités »
martiniquaises est affligeante par
les attaques inacceptables à
l’encontre de notre collègue Jacky
Dahomay. Qu’on discute d’opinions,
soit. Qu’on discrédite un individu
en le diffamant est scandaleux. Que
la presse s’en fasse l’écho est
inquiétant.
Nombreux sont les enseignants
martiniquais, qui figurent parmi les
intellectuels de ce pays, qui sont
choqués par la dérive qui s’était
insidieusement installée, remplaçant
l’argumentation par l’anathème, la
richesse des opinions par la pensée
unique, totalitaire. Nombreux sont
les Martiniquais qui avaient pris
l’habitude de se taire et de se
terrer face à des comportements
mafieux, où l’on favorisait les
copains et les maîtresses au lieu de
promouvoir l’intelligence et
l’intégrité intellectuelle. A force
de compromission, qui ne voit que
c’est le pays lui-même qui court à
sa perte ?
Dès lors, voir naître des prises de
position courageuses, découvrir des
textes de réflexion et d’analyse
d’une rigueur peu commune est
particulièrement encourageant pour
l’avenir. Qu’une jeune garde y
contribue est franchement
enthousiasmant.
Yvon JOSEPH-HENRI
Professeur de Lettres Modernes
Lycée Victor Schoelcher
Fort-de-France, Martinique
Secrétaire académique du SNES
Martinique
Membre du bureau de la FSU
Martinique