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Les Primaires étatsuniennes : 2

VOUS AVEZ DIT VICTOIRE D’HILLARY ?

(Jean CRUSOL)
 


«Avec les victoires d’hier soir dans l’Ohio et le Texas, une chose est claire : la dynamique de victoire est revenue dans le camp d’Hillary Clinton » c’est ce qu’on lit en première page du site de campagne de la candidate démocrate.

Qu’en est-il vraiment ?

Une victoire en demi-teinte

Pour juger de cette question, il faut partir des chiffres et de leur dynamique. Deux ensembles de chiffres nous intéressent ici : les votes et les délégués. Hillary Clinton a obtenu 51% des voix au Texas, 55% dans l’Ohio, 71% dans le Rhodes Island et 39% dans le Vermont. Dans un précédent article nous avions indiqué que pour sauver sa campagne, il lui fallait atteindre au moins 55% dans les deux plus grands états : le Texas (23 millions d’hts) et l’Ohio (11 millions). Elle n’a atteint cet objectif que dans le plus petit des deux grands états. Et si dans le Rhode Island elle fait un très bon score, dans le Vermont elle largement distancée par Obama. Cela relativise singulièrement sa victoire.

Mais ce qui compte dans la course à la nomination, c’est le nombre de délégués et de super-délégués obtenu. Et là, l’image est assez différente. Bien que tous les résultats ne soient pas encore disponibles au moment où nous écrivons,- les résultats des primaires du Texas sont connus, mais pas ceux des causus, or ils concernent un tiers des délégués- on sait qu’Hillary Clinton a obtenu 92 délégués au Texas contre 91 à Obama, 74 dans l’Ohio contre 65 à Obama, 12 dans le Rhode Island contre 8 à Obama et 6 dans le Vermont contre 9 à Obama. En tout, Clinton dispose actuellement de 1222 délégués et Obama, 1366. A cela s’ajoutent 242 super-délégués pour Clinton et 207 pour Obama. Au total, Obama reste largement en tête avec 1573 délégués et super-délégués, contre 1464 à sa rivale, soit une différence de 109.

Les super-délégués risquent de faire la décision

Avant ces primaires, Hillary Clinton disposait de 1034 délégués et 234 super-délégués. Barack Obama, 1193 délégués et 161 super-délégués. Clinton devançait donc son concurrent de 73 super-délégués mais avait 159 délégués de moins. A l’issue de ces primaires, Clinton a pu réduire l’avance en délégués d’Obama 0,7%, tandis que ce dernier à réduit son retard en super-délégués de 52%. Ou si l’on préfère, Obama a accru le nombre de ses super-délégués de 28,5%, alors que Clinton n’a accru les siens que de 3,4% ! Il est dans ces conditions bien difficile de parler d’une dynamique de victoire en faveur d’Hillary Clinton.

Ceci d’autant que le gain d’Obama en super-délégués a une signification très particulière. Les super-délégués sont les élus du parti (gouverneurs, représentants, sénateurs…). Ce sont des politiciens expérimentés qui ne choisissent leur camp qu’après avoir pesé les chances réelles de succès du candidat. A la différence des militants élus dans les primaires et caucus, ils n’ont pas de mandat impératif. Ils peuvent changer de camp jusqu’au vote de la convention. L’accroissement très net nombre de super-délégués d’Obama depuis ces dernières primaires signifie que les élus et dirigeants du parti sont de plus en plus nombreux à croire à sa candidature. D’ailleurs, plusieurs super-délégués, dont le Congressman John Lewis, une icône de la lutte pour les droits civiques, on quitter récemment le camp Clinton, pour rejoindre celui d’Obama. Or, compte tenu du petit nombre de délégués qu’il reste à répartir dans les états qui n’ont pas encore tenu leurs primaires, ils sont 611, et du faible écart entre les candidats, il semble bien que se soient les super-délégués, au nombre de 796, qui risquent de faire la décision à la Convention.

 

le 06/0308

Lire : Hillary Clinton peut-elle éviter le naufrage ?