Hillary Clinton
peut-elle éviter le naufrage ?

(Jean
CRUSOL)
« Honte à vous sénateur Obama ! Honte à
vous! Je vous donne rendez-vous dans
l’Ohio pour vous affronter dans un
débat ». A entendre cette violente
sortie de l’ex-première Dame contre le
charismatique sénateur afro-américain,
on a bien l’impression qu’elle savonne
elle-même la planche sur laquelle elle
est en train de glisser.
Il y à peine trois jours, lors du débat
du jeudi 21 février à l’université
d’Austin au Texas elle avait multiplié
les propos consensuels. Certains
observateurs ont même cru qu’elle
voulait jeter l’éponge, quand, à la fin
du débat, elle a lancé dans un sourire,
mi-angélique, mi-mélancolique : «Je suis
honorée d’être ici aux côtés du sénateur
Obama. Je suis très honorée et,
quoiqu’il arrive, je sais que tout ira
bien ». Voila qu’à nouveau elle lance
des propos d’affrontement. Peut-être
essaie-t-elle de se redonner une image
de battante après l’impression
d’essoufflement, voire de désarrois,
qu’a pu donner sa campagne ces derniers
temps.
Pourtant, elle sait bien l’effet
dévastateur de tels propos chez les
électeurs du Parti Démocrate. Las de la
politique partisane et guerrière de W.
Bush, désemparés par la crise des « subprimes »,
inquiets devant la récession qui se
confirme et l’inflation qui refait
surface, ils rejettent avec dégout ce
genre de posture. Ils recherchent un
leader qui rassemble et qui peut leur
faire à nouveau rêver, ce que fait si
bien Obama. Bill, son époux et mentor,
avait déjà tenté cette méthode. Avant la
primaire de l’Iowa, Il avait lancé
quelques propos négatifs et
désobligeants à l’endroit d’Obama. Il
avait apostrophé sur la guerre d’Irak :
«vous nous racontez un conte de fée en
disant que vous avez toujours été contre
la guerre, arrêtez ». Or on sait qu’Obama
a
voté contre l’entrée en guerre. On a vu
les résultats de ce propos dans l’Iowa.
Et Hillary a du vite lui mettre un
bâillon.
D’ailleurs, dans la première partie du
débat de l’université d’Austin, Hillary
avait pu faire sa propre expérience.
Ayant accusé Obama de plagiat parce
qu’il avait repris une partie d’un
discours de l’un de ses supporters, elle
lui avait lancé « vous devez utiliser
vous propres mots…sinon votre slogan
n’est pas « le changement dans lequel
nous pouvons croire » mais « le
changement que nous pouvons
photocopier ». Flegmatique, Obama lui
avait répondu, sans lever les yeux des
notes qu’il était en train de prendre
« voila que la saison idiote commence ».
Son bon mot était tombée à plat, et elle
avait alors du essuyé quelques hués des
spectateurs.
En revenant sur le terrain de la
confrontation dure, Hillary risque bien
d’aggraver son cas…Mais ce n’est pas le
plus préoccupant. Après avoir conduit la
course en tête jusqu’à il y a deux
semaines, elle se retrouve désormais
derrière son concurrent : Obama, 1193
délégués, Clinton, 1034 délégués (à ces
chiffres s’ajoutent, 161 super-délégués
pour Obama et 234 pour Clinton). Il y
donc une différence de 159 délégués à
l’avantage d’Obama. Il reste une
vingtaine de primaires à courir. Le
total à réaliser pour obtenir la
désignation est de 2025. Par conséquent
la marge de rattrapage possible est très
étroite. Et Obama bénéficie désormais de
la dynamique de victoire. Le vieux
routier qu’est Bill Clinton, l’a bien
compris. « Si vous ne faites par gagner
largement Hillary, c’est fini » a-t-il
lancé aux électeurs du Texas et de
l’Ohio.
Et que disent les faits ? Les prochaines
primaires ont lieu le 4 mars. Quatre
états sont concernés : le Texas, l’Ohio,
le Vermont et Rhodes Island. Seuls le
Texas et l’Ohio comptent vraiment dans
la course. Le premier état a 23,5
millions d’habitants et 193 délégués, le
second 11,4 million et 141 délégués.
Rhode Island a 1 million d’habitants et
21 délégués et le Vermont, 0,6 million
d’habitants et 15 délégués. Hillary doit
donc gagner largement dans les deux
premiers états si elle veut éviter le
naufrage. La répartition des délégués
étant à la proportionnelle, il lui
faudrait réaliser plus de 55% des voix.
Or elle paraît loin d’y arriver. Au
Texas, les sondages évoluent mal pour
elle. Alors qu’il y a trois jours, ils
lui donnaient encore une légère avance,
ceux du 27 février donnent à Obama un
avantage de un à deux points. Dans
l’Ohio, elle garderait encore une légère
avance de quatre à cinq points, mais son
score est allé en diminuant de 52 à 48%
au cours de ces sept derniers jours,
tandis que progresse celui de son
concurrent. Dans le Rhodes Island, elle
serait autour de 52%, mais dans le
Vermont, Obama la battrait à 60% !
Bien sûr, au Texas, elle compte beaucoup
sur les hispaniques qui représentent 36%
de la population. C’est vrai qu’elle y
avait un bon impact, mais les résultats
des dernières primaires montrent qu’Obama
a beaucoup progresser dans cet
électorat, et dans l’Ohio les
hispaniques ne représentent que 2,3%.
Par contre les noirs, sur lesquels Obama
peut en général compter, représentent 12
et 13% dans l’Ohio et le Texas.
Evidemment, Barack Obama n’est pas à
l’abri d’une erreur ou d’un faux pas,
mais s’il réussi à maintenir sa
dynamique de campagne, il va falloir que
les Clinton préparent les canots de
sauvetage !