Plus jamais ça !
Le récent conflit des contrats aidés
a révélé un certain nombre
d’attitudes qui posent un certain
nombre de questions. Ce conflit et
ce qu’il révèle des uns et des
autres, de la société et de ses
idéologies rampantes devraient nous
éclairer et nous servir de guide
dans nos réflexions et dans nos
actes.
Exploitation d’un sujet politique
ou défense des personnels ?
La première question qui se pose
concerne le mélange des genres : en
quoi les associations de parents
d’élèves peuvent-elles se saisir de
problèmes de postes sinon pour
réclamer que l’école fonctionne
convenablement pour leurs enfants et
que des personnes compétentes soient
mises en poste pour assurer le bon
déroulement du service public ?
La deuxième question concerne la
récupération politique des problèmes
syndicaux. Il faudra qu’on nous
explique comment une collectivité,
le Conseil Général en l’occurrence,
peut se permettre dans un show
médiatique d’opposer ses syndicats
maison à la FSU défendant les
contrats aidés au motif que si on
fait ce que finalement on fera
on mettra la clé sous la porte. Il
faudra aussi qu’on nous explique
comment une autre collectivité, la
Région en l’occurrence, peut
annoncer qu’elle paie son personnel
Tos en grève même s’il (ou
puisqu’il ?) est en grève contre des
mesures qui proviendraient de
l’Etat.
Dans un cas comme dans l’autre on
perçoit que notre pays est secoué
par un brouillage permanent qui
interdit en réalité la moindre
efficacité tant politique que
syndicale. Comment faire crédit à un
syndicat ou une association – l’UPEM
– dont les liens avec certains
courants politiques sont tellement
évidents que, en pleine campagne ou
pré campagne électorale, n’importe
quel aveugle voit la manœuvre
politique supplanter tout
fonctionnement sincère. Sans compter
que les responsables de ces
organisations ne maîtrisent pas le
sujet des contrats aidés : la
supercherie devient évidente dès
lors qu’ils ont à distinguer entre
les différents types de contrats,
leurs statuts, les droits et
obligations qu’ils génèrent. Tout le
monde comprend dès lors qu’il
ne s’agissait pas tant de défendre
des personnels, dont on
s’est toujours désintéressé, mais
bien plutôt de se saisir d’un
sujet à exploiter.
L’exploitation devient encore plus
évidente dans les récents
développements d’un pseudo front de
l’éducation mené par l’UPEM : mais
que va bien chercher cette dernière
dans cette galère ?... Heureusement
que la majorité des individus n’est
pas dupe. Sinon le pays serait à feu
et à sang, son éducation avec
lui…Pour quel bénéfice sinon de
faire croire à un rejet massif de
l’Etat français par la population ?
Dans ce dernier cas, assumons
pleinement notre volonté
d’indépendance : assurons tout le
financement des contrats aidés que
nous avons nous-mêmes largement
embauchés (5 000 !) parce que ce
sont nos propres frères dans le
besoin…et ne lésinons pas sur les
quelques postes de Tos qui seront
vides parce qu’ils étaient occupés
par des personnels vie scolaire !
Recrutons avec des cdd ou des cdi le
personnel manquant (environ 20% de
ce que les Tos représentaient avec
les contrats aidés) pour offrir de
l’emploi aux Martiniquais.
En tout cas, jamais le discours n’a
remplacé les actes et, sur ce point
comme d’autres, le discours
politique est vide.
Une démocratie en panne, un pays
enkayé.
Que le politique en soit à ce stade
témoigne bien de sa vacuité et de
son incompétence. Et si l’on
s’imagine pouvoir tromper longtemps
la population, on se trompe. Mais le
plus grave est tout ce que ces
comportements témoignent en terme de
dérive de la démocratie syndicale et
politique. Utiliser les voix de ses
mandants pour faire de la
récupération et du parasitage est
scandaleux. Mais qu’on puisse le
faire, témoigne aussi du stade
délétère auquel on est arrivé de la
part des mandants qui ne s’occupent
pas de savoir si réellement leurs
voix sont bien utilisées. Et l’on
s’étonnerait que les freins, les
blocages au progrès soient si
nombreux chez nous ?
Il y aura bientôt un an que des
collectivités, des syndicats et
d’autres se sont emparés à grand
renfort de publicité d’un document
de prospective sur l’emploi en
Martinique. Et voilà nos compères
embarqués dans un discours sur les
postes qui vont se libérer et qu’il
faut récupérer pour les
Martiniquais ! Mais qu’a-t-on fait
réellement pour s’interroger sur
l’utilisation du document ? A-t-on
un tant soit peu une connaissance du
sujet pour s’apercevoir que ces
prospectives ne résistent pas à la
réalité du désengagement étatique,
et qu’il ne pourra y avoir d’emploi
parce que les postes ne seront pas
maintenus ? Confondrait-on
déclaration et action ?
Il semble même que les choses soient
plus pitoyables. On sait que la FSU
se bat avec son syndicat de la
culture, le SNAC, pour que l’IRAV
puisse vivre, étouffée qu’elle est
par l’incompétence de ceux qui en
ont la charge. Il y aura bientôt
presque un an, le président de l’IRAV,
répliquait dans France Antilles que
l’IRAV était déjà sous le régime de
la LMD pensant peut-être qu’il
suffisait de le dire pour que ce
soit chose faite…
On reste sidéré par cette
incompétence et ce comportement
enfantin de responsables dont on se
demande ce qui a pu leur valoir
d’endosser de telles
responsabilités. Comment se font les
nominations à la tête des grandes
institutions ? Par copinage ou par
compétence ?
Un vrai problème de société.
Les contrats aidés existent en tant
que CAE et CAV depuis février 2006
pour la grande majorité d’entre eux.
Leurs difficultés étaient
accessibles à n’importe quel
syndicat, à n’importe quel parent.
La seule différence entre la FSU et
les autres provenait de l’écoute, de
la compréhension des problèmes
émergents et surtout de
l’indignation devant le traitement
intolérable qu’ils subissaient. Y
a-t-il matière à glorifier un
syndicat qui a fait son travail ?
Non pas. Mais il y a matière à
fustiger ceux qui non seulement ne
se sont pas rendus compte de ce qui
se passait à leurs pieds, mais qui,
hypocritement, prétendent aider des
personnels alors qu’ils font une
opération politicienne sur leur dos.
Car enfin, si le problème des
contrats aidés est un problème
catégoriel, il n’en demeure pas
moins un problème révélateur de ce
qui se passe dans la fonction
publique et particulièrement la
fonction publique de l’Education,
voire dans les sociétés modernes qui
tendent à se libéraliser à tous
crins. Le phénomène des contrats
aidés – recrutement de personnels
précaires – ne date pas d’hier. Mais
voilà, la précarité est devenue un
moyen de gestion sans risque pour
l’employeur qui s’est généralisé.
Que ce soit l’Etat qui s’y adonne a
de quoi étonner ! Mais bon, l’Etat
se débarrasse de sa fonction
publique en la privatisant !.. Que
les collectivités s’y lancent à cœur
joie aurait de quoi en surprendre au
moins quelques uns …Or, la signature
de 5000 contrats aidés par le
Conseil Général était un mauvais
coup porté à la Martinique : cela
voulait dire que faute de développer
l’emploi, on recrutait des
personnels précaires sous couvert de
l’Etat auquel on veut maintenant
faire porter le chapeau pour des
raisons électoralistes. Mieux, ces
contrats prévoyant 24 mois et un
renouvellement de 12 mois, on
passait tranquillement les élections
de cette année dans les mairies.
A-t-on d’ailleurs même poussé
l’opportunisme jusque là ? On peut
se le demander tant l’incompétence
et la courte vue sont de mise dans
cette affaire ! Toujours est-il
qu’au vu des personnels qui
occupaient les emplois des contrats
aidés, on prend conscience du gâchis
humain.
Le premier gâchis humain est lié à
la situation écartelée de personnels
dans un même établissement.
L’individu n’appartient plus en fait
à une communauté scolaire, il
appartient à un employeur qui
définit sa catégorie et son
traitement. Dans le cas des contrats
aidés, l’absurdité a été poussée à
l’extrême puisqu’on avait aussi bien
le chef d’établissement qu’un
organisme gestionnaire qui pouvait
être un établissement auquel
l’établissement d’accueil était
rattaché, que le rectorat et/ ou le
Conseil Général, la Région, l’ADI,
l’ANPE… A force de faire éclater les
partenaires, on fait éclater
l’individu qui ne sait plus à quel
saint se vouer ! Or il est plus
qu’étonnant qu’il ne se soit trouver
personne pour dénoncer une telle
situation…On a répété aux contrats
aidés qu’ils ne pouvaient recevoir
la prime de retour à l’emploi – qui
se distinguait de la prime
exceptionnelle de retour à
l’emploi – parce qu’ils étaient
fonctionnaires (ils ne l’étaient
pas, hélas pour eux !), ou parce
qu’ils n’étaient pas demandeurs
d’emploi (ce qu’ils étaient,
spécificité du contrat oblige)…Ce
qui était vrai dans une antenne de
l’ANPE devenait faux dans une
autre…preuve du peu de
professionnalisme des intervenants.
Mais le plus scandaleux est que ces
contrats aidés demandaient une
formation pour se sortir de leur
état et que ni l’Education
Nationale, ni la Région, n’ont été
en mesure de répondre à leur besoin.
Quelles que soient les raisons de
cet immobilisme, il y a une
réalité : le dispositif devait
servir de tremplin à ces personnels,
et il n’a servi qu’à les employer,
révélant une responsabilité
collective effrayante par son
ampleur, du recteur et du président
de chaque collectivité jusqu’au
gestionnaire et au chef
d’établissement, voire jusqu’au
collègue titulaire se déchargeant
sur « un précaire » ! Et au-delà de
cette chaîne de dysfonctionnements,
c’est notre incapacité – en tant que
pays – à réellement prendre à bras
le corps, autrement
qu’électoralement, le problème de la
formation.
Précarité et formation : l’une
devrait éradiquer l’autre….mais pour
cela, là encore, il faut des faits
et non des mots !
Charles SAVANA