en
septembre 2001 s’est réunie à Durban
(Afrique du Sud) la troisième
conférence des Nations unies contre
le racisme : elle avait pour
ambition de réconcilier l’humanité
avec elle-même à travers la
reconnaissance des crimes de
l’esclavage et du colonialisme.
Cette noble intention a dégénéré
très vite en inflation victimaire et
en atmosphère de quasi-lynchage à
l’égard des ONG israéliennes.
La
volonté de parvenir, par une sorte
de thérapie collective, à une
guérison du passé et d’élaborer des
normes nouvelles en matière de
droits de l’homme aboutit à une
explosion de haine que les attentats
du 11 septembre 2001, survenus
quelques jours plus tard, allaient
éclipser.
Toutes
les rancœurs ont été rouvertes et
Durban,contre la volonté de ses
concepteurs, est devenue une arène
où l’on a rejoué la comédie des
damnés de la Terre face à
l’exploiteur blanc. Les délégués,
notamment ceux issus du monde
arabo-islamique, firent de la
conférence, aux côtés du groupe
africain, le lieu d’une revanche
tiers-mondiste. L’Occident,
génocidaire par nature, devait
demander pardon et offrir des
réparations symboliques et
financières à ses anciens dominés.
La
rage, attisée par les images
quotidiennes de la répression de la
seconde Intifada en Palestine,
embrasa l’ensemble des assistants.
On y dénonça sans relâche le
sionisme, forme contemporaine du
nazisme, mais aussi «la férocité
blanche» qui a produit «ces
holocaustes multiples que sont la
traite négrière, l’esclavage et le
colonialisme en Afrique». On
exigea qu’Israël soit rayé de la
carte, ses dirigeants jugés par un
tribunal pénal international
comparable à celui de Nuremberg. Des
caricatures antisémites circulèrent
ainsi que des exemplaires de Mein
Kampf et des Protocoles des
Sages de Sion : si Hitler avait
gagné, disait une légende sous une
de ces photos, jamais les
Palestiniens n’auraient eu à verser
leur sang. Des délégués furent
menacés physiquement, des appels
publics lancés à la mort des juifs.
La
farce a atteint un sommet quand le
ministre de la Justice soudanais,
Ali Mohamed Osmar Yasin, demanda des
réparations pour l’esclavage alors
que son propre pays le pratique
encore sans vergogne.
On
aurait pu croire que cette sinistre
comédie allait donner lieu à
réflexion et que l’ONU ne
réitèrerait pas la même erreur.
C’était compter sans
l’extraordinaire aplomb des
dictatures et des fondamentalistes
qui ont transformé le Conseil des
droits de l’homme de l’ONU en
plate-forme de leurs revendications.
Prévu
pour avril 2009 à Genève, Durban II
promet d’être une réplique de
Durban I. Les projets se multiplient
depuis six ans qui laissent craindre
le pire. En septembre 2007, à
Genève, Doudou Diène, rapporteur
spécial sur les formes
contemporaines du racisme, accusait
les pays occidentaux d’encourager
depuis le 11 Septembre les formes
les plus sournoises d’islamophobie
qu’il fait remonter aux premiers
contacts de l’islam et de la
chrétienté. S’il prend en compte
également l’antisémitisme, la «christianophobie»
et les autres formes de
discrimination religieuse
(hindouisme, bouddhisme,
syncrétismes), c’est surtout le
«racisme antimusulman» qui retient
son attention.
Partout
en Occident, intellectuels et partis
politiques nourriraient un stock de
griefs contre la religion du
Prophète. Pire : le principe de
laïcité tel qu’il est défendu par la
France (l’interdiction des signes
religieux à l’école publique) ou
l’Angleterre (la menace
d’interdiction de la burqa dans les
lieux publics) relèveraient, à l’en
croire, de l’intolérance. Et puisque
la laïcité est utilisée pour
«manipuler la liberté de religion»,
il faut assimiler toute remise en
question d’une croyance religieuse à
une insulte raciste et la punir !
Voilà le délit de blasphème
réhabilité deux siècles après son
abolition par la Révolution
française, et Jésus, Moïse, Mahomet,
Bouddha, Confucius devenus des
icônes intouchables !
On ne
sera pas surpris que ce rapport soit
soutenu par l’Organisation de la
conférence islamique et par une
majorité de régimes peu favorables à
la démocratie. Doudou Diène se garde
de critiquer les autocraties d’Asie,
d’Afrique ou d’Amérique latine, il
ne réserve ses flèches qu’aux
nations d’Europe ou d’Amérique du
Nord accusées de tous les maux.
Rappelons qu’en avril 2007, l’Iran a
été élu vice-président et la Syrie
rapporteur de la Commission pour le
désarmement. Cela serait désopilant
si ça n’était pas tragique ! Bref
l’antiracisme est devenu à l’ONU
l’idéologie des mouvements
autoritaires qui le détournent à
leur profit. Des dictatures ou des
semi-dictatures notoires (Libye,
Pakistan, Iran, Arabie Saoudite,
Algérie, Cuba, Venezuela, etc.)
mettent en place une Nouvelle
Inquisition, fondée sur le crime de
«diffamation de la religion»
pour prohiber tout examen de la foi
en terre d’Islam, et ce au moment où
des millions de musulmans, surtout
en Europe, aspirent à s’émanciper de
la bigoterie et de l’intégrisme.
Renversement des valeurs :
l’antiracisme est mis au service de
l’obscurantisme et de la
discrimination des femmes. Il sert à
justifier ce contre quoi il fut
élaboré, l’oppression, les préjugés,
le sexisme et transforme l’ONU en
instrument de régression
internationale.
Face à
cette bouffonnerie annoncée,
l’attitude de la France et de
l’Europe doit être claire : le
boycott pur et simple. Peut-être
faudrait-il dissoudre le Conseil des
droits de l’homme ou n’y admettre
que les pays qui sont d’authentiques
démocraties. Faute de quoi il
deviendrait pour la dignité humaine
l’équivalent des paradis fiscaux
pour l’économie : un centre de
blanchiment des crapules.
Quand
la barbarie se pare des atours de
civilisation, c’est la civilisation
qui est regardée comme une barbarie.
Il n’est pas tolérable qu’en 2009,
comme dans les années 1930, les
seuls régimes qui respectent le
droit, le multipartisme, la liberté
d’opinion et d’expression soient
traînés au tribunal de l’Histoire
par des lobbies de fanatiques et de
tyrans.
Lire
aussi sur le sujet :
Dieudonné : Enquête sur un
antisémite
Un
bilan globalement négatif