Éditorial
La
saison a mal commencé avec
cette bouffée délirante
d'un écrivain reconnu pour
son talent et connu pour ses diffamations,
par ailleurs sanctionnées par
la Justice, qui se posant en "victime
à 100%" ( sic!) a emprunté
au vocabulaire hitlérien le
terme «judéo-bolchévique»
et l'a transposé en «judéo-droits-de-l'hommiste»
et qui puisant dans la rhétorique
du Hamas, du Hezbollah et du régime
iranien, grand démocrates devant
Allah, évoque "l'entité
sioniste", expression de ceux
qui refusent aux juifs le droit à
l'existence, le droit à un
Etat. Rouge, Brun, Vert, le fascisme
est multicolore et protéiforme. Deleuze,
Guattari, Foucault appelaient à
lutter contre les micro-fascismes
que nous portons en nous-mêmes.
Force est de constater que ces appels
sont toujours de mise. On retrouve
aussi la thèse du complot (
juif, européen, africain...)
qui vise à souiller la nation
avant de la faire disparaître,
et sa thématique du pur et
de l'impur. Comme l'apprend tout aspirant
psychiatre, contrairement aux états
paranoïdes, dans lesquels la
formulation est abstraite, incohérente,
mal systématisée, la
structure paranoïaque construit
un discours qui se veut cohérent
sur des prémices délirantes.
Le prototype est le persécuteur-persécuté
dont les quatre caractéristiques
principales sont les suivantes :
*une
surestimation pathologique du moi,
orgueil ou vanité parfois voilée
d'une feinte modestie et qui peut
aller de la simple suffisance aux
plus extravagantes idées mégalomaniaques,
*méfiance,
préface aux idées de
persécution, génératrice
d'inquiétude de de soupçon,
se traduisant par une susceptibilité
ombrageuse, elle incite le paranoïaque
à se prendre pour une victime,
*la
fausseté du jugement. Le paranoïaque
justifie toutes ses opinions, quitte
à se mouvoir dans le paradoxe
jusqu'à l'absurde ( paralogique)
*incapacité
à se soumettre à une
discipline collective, à un
esprit de groupe.
Il
faut noter que le paranoïaque
peut avoir à répondre
de ses actes en justice à moins
qu'ils ne soient la conséquence
d'un délire bien établi
auquel cas l'irresponsabilité pénale
doit être affirmée et
l'internement demandé. Enfin
il ne faut pas faire l'impasse sur
les conditions, historiques, psycho-sociales,
politico-économiques, qui permettent,
qui favorisent l'émergence
et l'expression de telle ou telle
forme pathologique plus ou moins sévère.
Nous l'avons déjà signalé
à propos des conséquences
d'une constellation familiale martiniquaise
bien particulière et des modes
de souffrance qui en découlent
puisqu'il semblerait que les bouffées
délirantes soient ici assez
fréquentes. Sans doute une
conséquence "positive"
du colonialisme.
Pour
solder ce triste épisode, on
lira un texte de Serge Harpin , antérieur
à l'épisode délirant,
tout en rappelant que jamais un auteur
ne se confond avec son œuvre
et qu'il faut donc continuer de lire
celui à qui nous faisions confiance...
en littérature. La sexualité
et la politique sont les espaces dans
lesquels se déploie chez les
intellectuels la haine de la pensée,
théorisée par Jean-Paul
Dollé.
Ensuite
la saison s'est éclaircie.
La chapelle du Verbe Incarné
du TOMA ( Théâtre de
l'Outremer en Avignon) nous a offert
de bons spectacles dont Alvina Ruprecht,
Christain Antourel, rendent compte
avec le talent qui leur est propre.
D'autres spectacles vus cet été,
nous en reparlerons, mériteraient
de faire un détour par Fort-de-France
où semble-t-il rien ne bouge
quant à la direction de la
scène nationale, en attendant... Godot
(?) les élections (?)...
Roland Sabra
1)
L'article qui a tout déclenché
:
La
Martinique veut venger les Bleus
Au coup de sifflet final, le chapiteau,
installé sur la place de la
savane de Fort-de-France, s’est
vidé brusquement. Par petits
groupes, les supporters se sont éloignés,
un peu tristes, pour commenter, une
dernière fois, le match, avant
de se volatiliser. Hébété,
lunettes sur le front, une bière
à la main, un homme continue
de fixer l’écran géant
: « C’était
formidable. J’ai eu des sueurs
froides. La France a bien joué
mais la chance ne nous a pas souri.
J’aurais tellement aimé
serrer cette coupe à la place
des Italiens. Mais voilà, c’est
le foot. Il faut un gagnant et un
perdant ».
La journée avait, pourtant,
bien commencé. Un beau soleil
au réveil, et une exubérance
patriotique plutôt rare, dans
une île, où beaucoup
se définissent d’abord
comme Martiniquais, avant de se revendiquer
Français. Il y eut d’abord
ce défilé de drapeaux
tricolores sur le toit des autos,
toute la matinée, sur les routes.
Puis, au moment des hymnes, sous ce
chapiteau surchauffé, la Marseillaise
reprise, debout, par une partie du
public. « C’est spontané »,
sourit Yvon Barnebougle. « D’habitude,
je ne la chante pas. Mais là,
c’est un temps fort pour les
joueurs. J’essaie de les joindre
par l’esprit pour leur donner
de la force. »
Le speaker s’empare alors du
micro et lance un vibrant « vivent
les Bleus », avant de railler
un petit groupe de Martiniquais, assis
devant lui, avec un drapeau italien.
L’un d’eux, Marc Crampon,
tente de se justifier : « En
France, on ne considère les
Antillais que dans le sport. Le reste,
c’est zéro. C’est
pour ça que je suis pour l’Italie.
D’ailleurs, c’est un Italien,
Christophe Colomb, qui a découvert
la Martinique ! »
Ses explications font bondir un retraité
de 70 ans, Roland Draulles : «
Ces gens n’ont vraiment rien
compris. On ne peut pas être
son propre ennemi. Même dans
la guerre, si la France perd, on perd
nous aussi. »
Cette passe d’armes illustre
l’état d’esprit
qui a animé la Martinique tout
au long de ce Mondial. L’île
a été, cette fois encore,
coupée en deux, entre ceux
qui plébiscitaient l’équipe
de France, et ceux qui votaient pour
le… Brésil. « Les
Martiniquais aiment le beau jeu, explique
le journaliste Jean-François
Baltide. Ils se sont identifiés
au Brésil des années
70, avec Pelé et Garrincha,
à l’époque où
l’équipe de France était
inexistante. Et, ils ont continué
sur leur lancée. C’est
aussi une façon, pour certains,
même s’ils adorent l’équipe
de France, de marquer leur défiance
vis à vis de Paris, parce qu’ils
ne s’estiment pas reconnus.
Enfin, il y a ceux qui font ça
par idéologie pour dire qu’ils
sont antillais et caribéens,
mais pas français. »
Après la victoire des Bleus
sur la bande à Ronaldo, une
partie de ces supporters « brésiliens »
a naturellement reporté ses
voix sur l’équipe de
France, où évoluent,
tout de même, neuf joueurs antillo-guyanais.
« J’étais
brésilien, reconnaît
Yvon Barnebougle. Ce sont les Bleus
qui m’ont éliminé.
Et comme, il me fallait trouver une
autre équipe, j’ai basculé
sur la France ». Un peu
plus loin, Jocelyn Nasol, lui, ne
s’en cache pas : « Le
jour où l’équipe
de France n’aura plus d’Antillais,
j’arrêterai de la supporter.
C’est la seule équipe
de ce modèle en Europe avec
cette mixité, alors que les
Italiens, eux, sont très racistes.
On le voit sur leurs stades. »
Même son de cloche chez Jean-Louis
Franciscot, qui habite le quartier
populaire de Texaco : « Je
suis fier de voir que ce sont les
nègres, qu’elle critique,
qui aident la France à prendre
cette coupe. »
Le racisme, on en a beaucoup parlé,
ici, surtout lors de la victoire contre
l’Espagne, en regrettant que
Thierry Henry n’ait pas marqué,
ce jour là, et infligé
une « claque »
supplémentaire à l’entraîneur
Luis Aragones, qui l’avait insulté.
« Si les Bleus n’avaient
pas été aussi loin,
on aurait encore dit que c’est
l’équipe des Noirs qui
a perdu », ajoute Anicet Soquet,
un autonomiste convaincu, employé
à la mairie de Fort-de-France.
« C’est bien de se
rassembler comme ça. Mais il
faut faire attention, car le patriotisme
national peut finir par étouffer
l’identité martiniquaise.
Certains messages seront alors plus
difficile à faire passer. »
Sa mise en garde ne sera pas entendue,
pas plus à Fort-de-France,
que dans le fief indépendantiste
de Rivière Pilote. Cette commune
du sud de l’île s’était
singularisée en refusant, en
1983, que son club de foot participe
aux éliminatoires de la Coupe
de France, qu’il boudera jusqu’en
2002. Mais voilà, au matin
de cette finale de coupe du monde,
certains habitants n’ont pas
pu résister. Ils ont ressorti
les drapeaux tricolores et raviver,
du même coup, les divisions
locales.
Le patron d’un snack-bar, Daniel
Nilor, « brésilien »
lui aussi, avait, ainsi, pronostiqué
une victoire des Bleus, mais sans
lui : « La France va gagner,
mais je ne suis pas pour la France ».
Une attitude que condamne Sylvie Céryon
: « Je suis avec la France
parce que je suis française
et fière de l’être.
Je ne comprends pas les gens
qui supportent d’autres équipes,
alors qu’ils sont français ».
Supporter également des Bleus,
Max Biron, lui, « remercie Raymond
Domenech d’avoir eu le courage
de composer une équipe de France
avec autant de blacks, et d’être
venu, avec ses joueurs, en Martinique,
en novembre dernier. »
La veille de la finale, le quotidien
France-Antilles avait illustré,
avec humour, ce cas d’école
martiniquais. Le dessin montrait trois
supporters assis dans une salle, flanquée
d’une banderole sur laquelle
était écrit : « colonialisme
dehors ! ». Face à
eux, un indépendantiste, ou
supposé tel, leur tenait ce
discours : « …
Donc, nous sommes bien d’accord,
si l’équipe de France
marque, nous ne devons en aucun cas,
afficher, d’une façon
ou d’une autre, la joie incommensurable
qui peut nous envahir, et moins encore
si elle bat l’équipe
italienne à la fin du match…
Compris ? ». « Et
si elle perd ? »,
lui rétorqua l’un des
supporters. Embarras de l’autre,
qui n’y avait pas songé :
« Ecartons ce cas de figure ! »
Sous le chapiteau de la place de la
savane, on avait, un peu, aussi, dimanche
dernier, écarté ce cas
de figure, au point d’applaudir,
à tout rompre, comme pour se
rassurer, chaque action de Zinédine
Zidane et surtout de Thierry Henry,
le chouchou des Antillais, qui estiment
que les médias parlent trop
du premier et pas assez du second
qui a pourtant qualifié les
Bleus.
C’est la pluie qui ramènera,
finalement, tout le monde à
la raison. Elle est tombée,
brusquement, sur Fort-de-France. C’était
juste avant le coup de sang du meneur
de jeu des Bleus, et son expulsion
commentée, dans un brouhaha
général, à plusieurs
voix : « Il a été
sûrement insulté. Mais
il aurait dû se contrôler.
Quand on pense aux injures racistes
que les joueurs antillais et africains
entendent à longueur d’année
sur les terrains. C’est
là, qu’on voit qu’il
faut avoir un sacré mental
pour ne pas réagir. ».
La suite, on la connaît. Le
penalty raté de David Trézéguet.
La défaite des Bleus. Les larmes
de Lilian Thuram. Et, la tristesse,
affichée ou cachée,
des Martiniquais, aux quatre coins
de l’île. Une amertume
qu’il faudra, pourtant, vite
dissiper, pour préparer la
Gold Cup, dont les éliminatoires
démarrent en septembre prochain.
C’est un tournoi, qui réunit
les meilleures équipes de la
Concacaf.
La sélection de Martinique,
composée uniquement de joueurs
locaux, y jouit d’un statut
particulier, depuis le sacre de l’équipe
de France en 1998 à Paris.
« Il y a un respect énorme
pour les Bleus dans la Caraïbe,
et nous en bénéficions
naturellement, explique Alain Rapon,
le président de la ligue de
football. Les pays, qui nous affrontent,
ont l’impression de jouer contre
une partie de l’équipe
de France. Du coup, on nous prend
au sérieux. »
A la Gold Cup 2002, à Miami,
où étaient alignées
quelques unes des grandes nations
qui viennent de disputer le Mondial
allemand (Etats-Unis, Corée
du sud, Mexique, Trinidad), la Martinique
avait atteint les quarts de finale.
Elle rêve de faire encore mieux
en 2007, et de remporter - pourquoi
pas - la finale. Pour « venger »
les Bleus.
Serge
Bilé
2)
La bouffée délirante de
Raphael Confiant
TROP,
C’EST TROP !
Cette fois, un certain journaliste,
franco-africain résidant la
Martinique, vient de dépasser
les bornes de l’obligation de
réserve inhérente à
toute personne vivant dans un pays
qui n’est pas le sien. Trop,
c’est trop !
Dans un articulet du dernier numéro
d’un hebdomadaire français
(en date du 13-19 juillet), ce monsieur
donne une image totalement partiale
et déformée de l’impact
de la performance de l’équipe
de France de football sur le peuple
martiniquais. En effet, non content
que ne donner la parole qu’à
des fanatiques du drapeau bleu-blanc-rouge,
non content de déverser un
discours franco-négriste dégoulinant
de mauvaise foi et d’hypocrisie,
il s’autorise même à
tourner en dérision la ville
de Rivière-Pilote au motif
que ce fief indépendantiste
aurait ressorti le drapeau français
à l’occasion de la finale.
Qu’il y ait beaucoup de Martiniquais
qui aient supporté l’équipe
de France, c’est un fait, mais
delà à faire croire
au lecteur hexagonal qu’il s’est
agi de la totalité de notre
peuple relève de la malhonnêteté
intellectuelle. Que deux pelés
et trois tondus de l’opposition
municipale à Rivière-Pilote
aient brandi le fanion de leur mère-patrie,
c’est aussi un fait et c’est
leur droit démocratique le
plus absolu. Mais de là à
les confondre avec toute la population
de cette commune relève de
la désinformation.
Monsieur, le seul fait d’avoir
la peau noire ne vous donne pas automatiquement
le droit de parler ou d’écrire
au nom du peuple martiniquais. Elle
ne vous donne pas le droit de diffuser
à longueur de journal télévisé
votre idéologie assimilationniste
et profrançaise. Tout étranger
qui s’installe dans notre pays
et est prêt à se battre
pour notre cause, notre seule et unique
cause, à savoir l’accession
à la souveraineté nationale,
est le bienvenu. Qu’il soit
Africain comme vous, Ouzbek ou Eskimo.
Mais tout étranger qui se mue
en agent de la francisation et du
colonialisme français, c'est-à-dire
en destructeur de notre langue et
de notre culture martiniquaises, en
clair de notre identité, ne
devra pas s’étonner d’être
traité en adversaire par ceux
qui se battent pour que la Martinique
devienne enfin libre, cela en accord
avec les règlements du Comité
de Décolonisation de l’ONU.
Si vous voulez jouez au nègre
à Blanc, au Nègre français
ou au Français noir, c’est
votre problème, mais allez
le faire en Afrique !
Ici, nous sommes des Martiniquais,
des Antillais, des Caribéens,
des Créoles et rien d’autre !
Et surtout, nous nous battrons pour
le rester.
RAPHAEL CONFIANT
3)
La réaction de Claude Askolovitch
Zidane
sauvé, Raphaël Confiant
nettoyeur ethnique
Le
blog de Claude Askolovitch
NOUVELOBS.COM
| 13.07.06 | 17:08
par Claude Askolovitch
Voici
le texte du blog de Claude Askolovitch
mis en ligne après la réaction
de l'écrivain antillais Raphaël
Confiant à l'article de journaliste
Serge Bilé, intitulé
"Vu de Martinique, Fierté
noire" et paru dans le Nouvel
Observateur daté du jeudi 13
juillet 2006.
Zidane
d'abord
Pour
conclure, sur l’homme de France
que nous aimons le plus. Zidane était
homme et enfant hier à la fois,
et son sourire était espiègle
et contrit, et tellement beau en plus,
et on a décidé de l’aimer,
aujourd’hui et pour toujours,
alors, il était parfait, expliquant
qu’il ne regrettait pas d’avoir
puni le méchant provocateur,
tout en sachant que son geste était
impardonnable. Ne fuyant rien, mais
assumant tout, quelque chose de Camus
-entre le football et ma mère,
je choisirai ma mère- ramenant
les passions à une simple dignité
-et évitant de mettre le curseur
sur le terrain terrible de l’ethnique.
C’était
de la belle parole d’un homme
pas si mutique que ça, finalement,
extrêmement maîtrisé,
et je renonce à m’inquiéter
pour la suite, la vie lui sera bonne.
Il le mérite. Bon vent Zizou,
et à bientôt!
Ne
parlons plus de Zidane, mais pour
clore ce blog, voici une plongée
dans la petite saloperie humaine,
toujours présente. Dans le
racisme et la xénophobie, qui
s’expriment là où
on ne les attend pas. Ce n’est
pas du football, mais cela en vient,
et nous, à l’Obs, sommes
dans le coup. C’est l’histoire
d’une bouffée de haine
crachée par un grand écrivain,
Raphaël Confiant, phare de la
littérature antillaise, à
l’encontre d’un journaliste,
Serge Bilé, à qui Confiant
ne pardonne pas d’être
né en Afrique!
Prologue.
Quand nous réfléchissons
entre nous à la couverture
de la finale du Mondial (moi en Allemagne,
les collègues à Paris)
nous décidons de demander à
Serge Bilé un reportage sur
la Martinique à l’heure
du Mondial. Pourquoi la Martinique?
Parce que l’équipe de
France est très antillaise,
parce qu’elle s’est forgée
une âme en jouant en Martinique,
l’hiver dernier, parce que la
tension entre toutes les identités
des Antilles sont un sujet qui nous
tient à cœur.
Pourquoi serge Bilé? Parce
que nous aimons ce journaliste, qui
cherche et se cherche et travaille.
Il a raconté sa jeune vie dans
un joli livre, “SUR LE DOS DES
HIPPOPOTAMES” (Calmann-Lévy),
ou le parcours d’un enfant de
Côte d’Ivoire devenu présentateur
vedette du journal télévisé
en Martinique, après avoir
aimé la France, la province
poitevine, et les descendants de Marrons
de la Guyane. Bilé cherche
les histoires inconnues, explore ses
identités, apprend à
vivre en avançant, aime Césaire
et l’Afrique et son île
de Martinique où il a rencontré
son épouse... Et, s’il
peut avoir tort, parfois, seuls les
méchants ne l’aiment
pas.
Bref,
c’est mon idée. Serge
écrit donc un reportage sur
la Martinique regardant le match de
Berlin, chantant "allez les bleus"
tout en s’interrogeant sur sa
francité problématique
(s’il n’y avait pas d’Antillais
dans cette équipe, je ne la
soutiendrais pas, dit un de ses interlocuteurs).
Un bon papier -trop long, Serge, donc
coupé sans être trahi!-
et publié...
Et
c’est alors que le sieur Confiant,
pape des lettres créoles, gardien
vigilant de l’identité
antillaise, militant indépendantiste,
se met à cracher son venin.
Pas contre l’Obs, qui serait
coupable de célébrer
l’adhésion de l’île
à la mère-patrie...
Non, Confiant ne s’en prend
qu’au journaliste, parce qu’il
est noir, parce qu’il est africain,
et qu’il ose être libre.
Sa bile ne s’épanche
contre le seul Bilé, parce
que ses origines devraient l’interdire
de parole. De la pure xénophobie,
du racisme émouvant, qui renvoie
à ces indépendantistes
corses qui veulent nettoyer leur île
des ethniquement douteux.
Extraits
de Confiant. Longs. il faut savoir
de quoi on parle.
“Un
certain journaliste, franco-africain
résidant la Martinique, vient
de dépasser les bornes de l’obligation
de réserve inhérente
à toute personne vivant dans
un pays qui n’est pas le sien.
Trop, c’est trop !
Dans un articulet du dernier numéro
d’un hebdomadaire français
(en date du 13-19 juillet), ce monsieur
donne une image totalement partiale
et déformée de l’impact
de la performance de l’équipe
de France de football sur le peuple
martiniquais.
En effet, non content que ne donner
la parole qu’à des fanatiques
du drapeau bleu-blanc-rouge, non content
de déverser un discours franco-négriste
dégoulinant de mauvaise foi
et d’hypocrisie, il s’autorise
même à tourner en dérision
la ville de Rivière-Pilote
au motif que ce fief indépendantiste
aurait ressorti le drapeau français
à l’occasion de la finale.
(...) Monsieur, le seul fait d’avoir
la peau noire ne vous donne pas automatiquement
le droit de parler ou d’écrire
au nom du peuple martiniquais. Elle
ne vous donne pas le droit de diffuser
à longueur de journal télévisé
votre idéologie assimilationniste
et profrançaise. Tout étranger
qui s’installe dans notre pays
et est prêt à se battre
pour notre cause, notre seule et unique
cause, à savoir l’accession
à la souveraineté nationale,
est le bienvenu. Qu’il soit
Africain comme vous, Ouzbek ou Eskimo.
Mais tout étranger qui se mue
en agent de la francisation et du
colonialisme français, c’est-à-dire
en destructeur de notre langue et
de notre culture martiniquaises, en
clair de notre identité, ne
devra pas s’étonner d’être
traité en adversaire par ceux
qui se battent pour que la Martinique
devienne enfin libre, cela en accord
avec les règlements du Comité
de Décolonisation de l’ONU.
Si vous voulez jouez au nègre
à Blanc, au Nègre français
ou au Français noir, c’est
votre problème, mais allez
le faire en Afrique !
Ici, nous sommes des Martiniquais,
des Antillais, des Caribéens,
des Créoles et rien d’autre
!”
Voilà.
Pour Confiant, Bilé, africain,
n’est qu’un étranger
en Martinique, et moins encore, un
étranger soumis à l’obligation
de réserve, qui devrait s’incliner
devant la censure préalable
des tenants de la pureté antillaise,
de la pureté créole?
Bilé, noir, s’il ne plie
pas le genou devant l’épurateur
Confiant, n’est qu’un
“nègre à blanc”.
Peut-on écrire de beaux livres,
et avoir la trempe d’un fasciste?
Ce
n’est pas la première
fois que Serge est ainsi interpellé.
Certains voudraient que RFO débarque
cet africain au nom d’une préférence
antillaise assez incongrue. Et on
avait reproché à Bilé
-lui qui a raconté une histoire
inconnue dans “Noirs dans les
camps nazis”, ou démonté
les préjugés racistes
dans “La légende du sexe
surdimensionné des noirs”-
de trahir sa race en condamnant les
délires antijuifs de Dieudonné,
au moment où toute une partie
des élites martiniquaises faisaient
un triomphe au bouffon... Rien n’est
innocent, rien n’arrive par
hasard.
Que
Serge sache qu’il a des amis,
ici, et en Martinique. Il sait que
la force de Lilian Thuram est avec
lui! (...) CA
-
Claude Askolovitch est journaliste
au Nouvel Observateur. Il était
l'envoyé spécial du
journal en Allemagne pendant la Coupe
du monde de football.
4)
Raphel Confiant persiste et signe
XENOPHOBIE,
DISENT-ILS...
Voici
donc que je suis traité de
xénophobe et de « nettoyeur
ethnique » pace que j’ai
osé dénoncé les
dérives pro-assimilationistes
et pro-colonialistes d’un certain
journaliste africain installé
en Martinique ! Et par qui ? Par les
judéo-droit-de-l’hommistes
parisiens évidemment...
Je
répondrai, tout d’abord,
que je n’ai AUCUNE leçon
d’hospitalité, de tolérance
ou de xénophilie à recevoir
de quelqu’un qui est originaire
d’un pays où 30.000 (oui,
trente mille, pas trois mille !) Français
ont été expulsés
en moins de quinze jours et leurs
biens détruits ou confisqués.
D’un pays où un candidat
à la présidence de la
république a vu sa candidature
rejetée au motif qu’il
serait un étranger et cela
parce qu’un de ses parents est
né, ou serait né, dans
un pays africain voisin.
Je
le répète : tout étranger,
qu’il soit Africain, Ouzbek,
Eskimo ou Martien a le droit de s’installer
en Martinique à condition qu’il
ne se fasse pas le complice actif
du processus visant à éradiquer
la culture et l’identité
martiniquaises mise en place par le
pouvoir colonial français.
Quand
au judéo-droit-de-l’hommistes,
je n’ai non plus aucune leçon
de tolérance à recevoir
d’eux, eux qui ferment les yeux
sur les massacres quasi-quotidiens
d’enfants palestiniens par les
forces armées de l’entité
sioniste. Entité dont la création
en 1948 est l’un des actes de
xénophobie et de colonialisme
majeurs du 20è siècle
puisqu’il a consisté
à expulser, quasiment en une
nuit, tout un peuple (le peuple palestinien)
pour le remplacer par des gens venus
de partout et de nulle part. Je n’oublie
pas que le Mossad a longtemps collaboré
avec le « Special Branch »,
les services secrets du régime
sud-africain au temps de l’apartheid,
formant celui-ci aux liquidations
ciblées de militants de l’ANC.
Ni non plus qu’il a aidé
ce régime à monter son
programme atomique et à se
doter presque de l’arme nucléaire.
Enfin,
en tant qu’Antillais, je me
considère comme une victime
absolue : victime, à 70%, de
la cupidité et du racisme des
colons européens qui ont déporté
mes ancêtres aux Amériques
; victime, à 30%, de la cupidité
et de la bêtise des roitelets
africains qui les ont parfois vendus.
J’interdis donc à un
Européen ou à un Africain
de me donner la moindre leçon
de morale, de tolérance, de
ceci ou de cela.
Ma
culture est en danger de disparition.
Mon peuple est en danger de dissolution.
C’est mon droit le plus absolu
d’essayer de tout faire, à
mon modeste niveau et avec les moyens
dont je dispose, pour m’opposer
à ce processus mortifère
et m’opposer à ceux qui
s’en montrent les complices
actifs.
Ite
missa est.
Raphaël CONFIANT
|