A l'affiche
Cinéma
Expositions
Musique
Théâtre

 

 

 


powered by

FreeFind

Lien2 Lien3
L’évolution institutionnelle de la Martinique intéresse-t-elle les artistes martiniquais ?

Louis Laouchez – artiste plasticien





Le créateur que je suis, le plasticien s’étonne du silence, de la passivité de certains Martiniquais et plus particulièrement d’artistes qui sont censés être témoins de leur temps, voire des précurseurs. Je fais allusion à des plasticiens qui appartiennent à un réseau dont la tête pensante est complètement déconnectée des réalités culturelles martiniquaises.

Dès lors les concernés s’autocensurent, les dénonciations ne sont pas permises sinon pas de privilèges, pas de subventions, pas de voyages, ni d’expositions à l’extérieur de la Martinique.

Je conçois mal que nous, artistes martiniquais, ne prenions pas notre part à ce débat institutionnel quels que soient les avantages dont nous bénéficions, car nous avons peur que l’on sache de quel bord nous sommes. Nous n’avons pas le droit de nous taire. Englués dans nos habitudes, instruits de notre servitude, campés sur nos acquits illusoires, nous faisons fi de notre passé en fermant les yeux sur notre devenir et celui de nos enfants. Quel héritage ! Avons-nous le droit de renier les luttes de nos ainés, leur exemple ?

Les mots dignité et fierté sont-ils vains dans nos esprits ?

Et pourtant certains au plus haut niveau de l’Etat pensent qu’une évolution statutaire peut nous donner la possibilité de nous rattraper, de dire ne serait-ce qu’un « oui » mais…, un « non » mais…ou encore un non ferme ou un oui ferme… c’est ça le sens de l’article 74 proposé par la Constitution française.

Des femmes et des hommes d’ici, malades d’ambition, aveuglés par leurs petits pouvoirs, osent penser que nous devons encore nous coucher et tendre la main. Ceux dont certains se réclament à cor et à cri, n’ont-ils pas dénoncé depuis longtemps le génocide par substitution. Nos terres petit à petit changent de main, nos emplois aussi. Quant à notre manger, notre boire, notre comportement, nos pensées, ils sont calqués sur ceux qui viennent de l’extérieur et font lentement de nous des minoritaires dans notre pays.

Attendre ! Attendre quoi ? Depuis 1946 ? Les ambitieux, les malades du pouvoir, les élus du peuple qui n’ont pas grand-chose à leur actif estiment que le peuple martiniquais n’est pas mûr, n’est pas prêt, qu’il est ignorant, sauf quand il s’agit de les mettre en place satisfaisant ainsi leurs ambitions souvent nocives…

Je constate que ceux des élus qui militent pour le 74 ont justement œuvré, depuis leur arrivée aux responsabilités, pour la reconquête de notre dignité, de notre responsabilité, pour la fierté de l’homme martiniquais debout… et parfois au péril de leur vie quand leurs adversaires face à eux utilisaient des nervis, des matraques voire des pistolets.

Que peut-on reprocher à un Claude Lise, à un Alfred Marie-Jeanne et aux signataires de ce Collectif, si ce n’est d’être des hommes dignes et intègres, à l’écoute de leurs électeurs.

J’apprécie leur dévouement, le sens qu’ils ont de la responsabilité et de la dignité de la personne humaine.

Beaucoup parlent de l’article 73, l’article de l’immobilisme, de la facilité, l’article de la négation de l’évolution, sans jamais se forger leur propre opinion, sans entendre les partisans du 74 qui répondent à toutes leurs questions posées en démontant les arguments fallacieux des malhonnêtes qui pensent que nous ne sommes pas prêts pour une évolution statutaire parce que nous sommes tous des crétins. Des crétins qui ont pourtant donné à la République française d’excellents professeurs dans toutes les disciplines, d’honorables agrégés et docteurs, des préfets, des hauts fonctionnaires et j’en passe. Alors ceux-là ne sont pas capables de trouver les meilleures voies pour notre évolution ? Est-ce que ce sont les petites prétentieuses et prétentieux nés d’hier, les malhonnêtes tirant avantages de la cour à laquelle ils appartiennent qui vont nous donner une feuille de route à la hauteur de nos aspirations, à la hauteur des problèmes posés par notre situation politique, sociale et culturelle actuelle ?

Et bien, moi, artiste créateur, témoin de mon temps, j’ai le devoir de dénoncer le silence coupable de ceux-là qui nombreux se disent être des hommes de gauche.

Et moi je ne veux pas être de ce camp-là car mes enfants me demanderont des comptes. Ils savent et les vôtres aussi que nous sommes aux premières loges d’une situation catastrophique à tous égards. Ils nous regardent, ils nous observent, ils nous jugent et plus que toute autre sentence, leur jugement sera on ne peut plus douloureux.

A quel idéal, à quelle fierté, nous accrochons-nous ? Avons-nous définitivement choisi le plat de lentilles pour assouvir des aspirations indignes et coupables.

Je m’adresse à vous artistes de toutes disciplines, à vous dont toute liberté est permise, à vous qui devez dire le vrai et restituer le beau dans toute sa splendeur. Car le beau, dois-je vous le rappeler, est aussi celui de la grandeur, celui du don de soi, celui de servir son pays et de s’élever au rang des censeurs, celui de se relever, de se mettre debout en criant haut et fort : la Martinique est à nous et elle ne sera belle et viable que si tous ensemble nous le voulons, que si tous ensemble nous guérissons de nos ambitions personnelles, pour construire, pour bâtir et chanter tous réunis, l’avènement d’une Martinique juste et plus éclairée pour le bien de tous.

Amis plasticiens, aidons nos élus qui ont œuvré pour notre bien, pour la culture de ce pays à polir la pierre brute pour que demain notre édifice participe à l’universel, pour que dès maintenant, en nous appuyant sur nos réalités martiniquaises, nous puissions échanger d’égal à égal.

Dois-je vous dire encore que sans cela nous serons des receveurs, mais jamais des échangeurs et toujours nous resterons des singeurs et des mineurs.

Amis artistes, je l’ai déjà dit, un peuple n’est pas un peuple, une nation n’est pas une nation, une région n’en est pas une, s’il n’a pas de culture.

De grâce, éloignons-nous de ceux qui œuvrent à la déculturation de notre pays, car on ne peut laisser se battre nos élus qui prônent la responsabilité spécifique de notre région, et de l’autre côté aider à son acculturation.

Ceux qui parmi nous enseignent les arts plastiques dans nos collèges, lycées et centre de beaux-arts ont, à cet égard, une grande part de responsabilité. Qu’ils se remettent en question. Et pour atteindre pleinement cet objectif, seule l’évolution statutaire nous aidera.

Je condamne le silence de ceux qui se prétendent créateurs, en suivant les autres et en caricaturant les expressions picturales de pays lointains.

Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu’ils participent culturellement au broyage de notre pays, par ceux qui seront toujours plus forts parce que plus grands, plus nantis.

Pour notre dignité, pour notre fierté, pour la conservation de notre identité originelle, bref, pour rester debout, votons sans réserve, pour l’article 74 et disons le autour de nous.



Louis Laouchez, artiste plasticien.