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Marigot, laboratoire du 74

par Kenjah


On a beaucoup glosé sur ces maires palayi-palaya, « Oui padouvan/Non padèyè », qui après leurs macaqueries de 2003, font aujourd’hui la démonstration que la « mûre réflexion » du Congrès de décembre 2008 n’était qu’une mise en scène politicienne. Un de ceux qui sont suspectés de pratiquer le double langage est Ange Lavenaire, Maire-Conseiller général du Marigot, Président de la Communauté de Communes du Nord et fidèle bras droit de Claude Lise au RDM. Suspecté sans doute parce que ses états de service de militant de gauche ne sont connus que de rares initiés, et qu’une simple allégeance au patron du Conseil général ne saurait servir de cache-sexe à 15 ans de politique conservatrice appliquée avec persévérance dans le fief bananier du Marigot. Ce dékalaj du politique par la rhétorique creuse et la démagogie hypnotique crée, avec mépris, l’abstention et l’apolitisme des masses par lesquels se maintiennent ces hommes de réseau. Ayant conquis une majorité par le vèglaj et la reconnaissance, formé et soutenu de manière occulte par son « parrain », Michel Renard, il fait partie de ces élus qui aiment à discourir sur le développement ou la jeunesse tout en confiant les clés de la commune au 3ème âge quand ses très nombreuses responsabilités (?) l’amènent hors de la commune, qu’il n’habite pas. Après 15 ans de conservatisme, d’immobilisme, de démission et d’incompétence le bilan de cette gouvernance est désastreux. On peut dire que le Maire n’a investi sur rien (à part des parkings), et que ce que nous avions obtenu avec Michel Renard, nous l’avons perdu. A part la carrière politique du Maire, tout a vieilli, s’est tassé et effondré en silence. Le Marigot est sans doute la seule commune de l’île à n’avoir aucun terrain homologué dans aucun sport collectif. Les bénévoles et les jeunes de l’ASC Dominante, multiples championnes de Martinique dans les catégories de jeunes, doivent compter sur la compréhension de communes voisines, la JS Marigot joue à Macouba. Les deniers publics sont dilapidés par des décisions incohérentes et des chantiers mal gérés. Même Mona est passé par pertes et profits. Politique du trois-tapes-en-dos, du vin d’honneur, du job-6-mois (sé san ayen ki pa bon…) et de la gestion en « bon père de famille »…
Dans cette désolation sinistrée, j’étais vraiment curieux de la plaidoirie militante du prochain sénateur de la Martinique en faveur du 74 et de l’Autonomie. Et je ne fus pas déçu ! Première leçon : Ange Lavenaire n’est pas un tanbou dé bonda, qu’on se le dise ! Il défend effectivement l’Autonomie auprès de ses administrés ; sinon en meetings ou autres conférences, mais du moins dans la proximité de son bureau ou de ces échanges familiers qu’il affectionne. Mais quelle conception de l’Autonomie défend-t-il ? Leçon n°2 : Ange Lavenaire serait en réalité un des grands pionniers en la matière, il explique ainsi bravement que l’Autonomie c’est ce qu’il a toujours pratiqué et qui s’imposera de plus en plus à tous : « l’Etat n’a plus d’argent, la commune n’a pas d’argent, le département est dépouillé par l’Etat, Chaben fait de la confiture avec l’argent de la Région, que chacun se démerde ; voila la réalité de l’Autonomie… ». La logique voudrait que lorsque l’on n’a rien à proposer on reste chez soi profiter de sa retraite ; et qu’on favorise ceux qui, sur le terrain, prouvent que lorsqu’on « veut-ensemble », on peut… Mais au Marigot « être autonome » c’est ne rien demander au Maire, ne rien attendre de lui. Tout un appareil confisqué au bénéfice de quelques ego ; circulez, y’a rien à voir ! Car, c’est humain paraît-il, on ne saurait contenter tout le monde. Etre un « élu autonome » c’est être moins regardant, c’est légitimer la combine du chacun pour soi avec l’excuse de l’ « exceptionnelle crise » : I bon kons sa, débwouya pa péché… L’Autonomie à la sauce RDM est expérimentée depuis 15 ans au Marigot et j’invite chaque Martiniquais à faire le déplacement. Pour mesurer combien aucun article de la constitution ne peut rien à l’affaissement d’une ambition (ici même, il y a deux générations, Michel Renard fut élu communiste révolutionnaire, plus jeune maire de France, à 23 ans). Pour ensuite se poser froidement la question : une analyse en termes de 73 / 74, suffira-t-elle pour faire comprendre aux Marigotains –et à leurs nombreux semblables– qu’avec les mêmes au pouvoir, à l’avenir ils ne peuvent s’attendre qu’à encore moins ? C’est, pour aveu, ce qu’ils appellent « le langage de la responsabilité », et qu’il s’agit de contester en ce qu’il masque d’inertie incompétente et d’inhabilité chronique face aux enjeux réels de notre temps…
KENJAH