L’IMPOSTURE NÉO-AUTONOMISTE
LE NÉO-CÉSAIRO-SARKOZISME
Édouard de Lépine
« Vous
voulez adapter la loi française
aux départements d'outremer,
autrement dit, vous voulez
changer les détails alors qu'il
convient de changer l'esprit…
C'est là une entreprise absurde,
et tout le génie du monde n'y
parviendra pas.
Ce qu'il
faut, c'est créer quelque chose
de neuf, non une adaptation de
la loi française à nos
départements, mais quelque chose
qui réponde à notre situation
économique vraie. Et cela,
seuls, en définitive, les
habitants des départements
d'outre-mer peuvent le faire. »
A. Césaire discours à l’A.N.
1.12.1960
Il y a quelque chose de puéril
et de tragi-comique dans
l’empressement des partisans de
l’article 74 de la constitution
française à accorder à Monsieur
le Président de la République un
certificat de loyauté
républicaine guère différent,
quant au fond, de celui que lui
décernent les partisans du 73.
« Vous voyez bien,
disent
les uns et les autres, c’est
monsieur le président de la
République lui-même qui le dit :
pas question de l’indépendance,
pas question de sortir du cadre
de la République française. »
Le comique c’est que ce soit les
indépendantistes qui
s’accrochent le plus à cette
parole présidentielle. Le
candidat du MIM aux récentes
élections municipales partielles
de Rivière Salée a montré le
chemin. Pendant les quinze jours
de sa campagne électorale, il a
fait passer en boucle sur une
impressionnante sono le passage
du discours de Monsieur le
Président de la République, à
l’aéroport Aimé Césaire,
affirmant que lui, président, il
ne serait jamais question de
l’indépendance et qu’en tout
état de cause, la prochaine
consultation sur l’évolution
institutionnelle n’avait rien à
voir avec l’indépendance. Voilà
qui devrait rassurer ses amis
anti-indépendantistes.
Mais les indépendantistes ?
Il est vrai que les seuls
Martiniquais à avoir vraiment
peur de l’indépendance c’est les
indépendantistes. Durant les
campagnes électorales, ils ne
prononcent le mot que pour
accuser leurs adversaires de
s’en servir pour faire peur aux
travailleurs en les faisant
passer pour des indépendantistes
qu’ils se défendent d’être dans
ces moments privilégiés de la
lutte politique. Au demeurant,
si cela a pu arriver chez leurs
adversaires de droite, aucun de
leurs adversaires de gauche n’a
jamais pris au sérieux les
rodomontades de Marie-Jeanne sur
son indépendantisme qui amuse
beaucoup plus qu’il n’effraie.
Même quand au lendemain de
chaque élection il ne perd
aucune occasion d’essayer de
convaincre l’opinion publique
française qu’il a derrière lui
une large majorité de
Martiniquais. (Voir
en encadré son interview à Paris
Match six mois parès les
régionales de 1998)
Le drame, c’est la naïveté des
anciens autonomistes ralliés en
comparses repentants à la farce
marie-jeanniste. Je ne parle pas
des positions d’un Michel
Branchi, devenu « subitamente »
pour reprendre une des
expressions favorites de son
nouveau patron, un héritier de
la pensée de Césaire après avoir
été l’un des plus sinistres
anti-césairistes de son parti,
et de devenir le plus
authentique fuit sec et l’un des
fossoyeurs les plus titrés de ce
parti qui fut, jadis, un grand
parti au service des
travailleurs.
Ni, bien entendu, du porte
parole officiel du RMC,
« monsieur 1,81 % », (son
meilleur score en 2001 contre
Letchimy qu’il dénonce comme un
imposteur, alors qu’il était,
lui, au Conseil Régional l’un de
ces Elus sans Électeurs Propres
qui sont le fruit empoisonné de
la proportionnelle intégrale).
Ce qui ne l’empêchait pas d’être
l’un des grands ambassadeurs du
GTPR (Grand Tourisme Politique
Régional) spécialisé dans le
transport urbain dans les
grandes capitales européennes,
Berlin, Paris, Londres et dans
la traque médiatique du
chloredécone.
Me surprend davantage et
m’afflige infiniment plus la
conversion de Claude Lise aux
charmes du marie-jeannisme. Je
comprendrais qu’il soit fier
d’avoir réuni autour d’une même
table Érichot et Samot, Carole
et Saé, Confiant et Pierre Petit
(mais Pierrot est-il dans le
coup vraiment ?). Pour combien
de temps et sur quelles
bases les accolades et les
embrassades (à la soviétique ?)
entre les uns et les autres?
La seule vraie nouveauté
J’ai en machine ou en version
papier une bonne trentaine de
discours de Claude Lise. J’y ai
retrouvé parfois une citation
latine. Elle fait peut-être
rougir le nouveau Lise qui doit
avoir honte d’avoir été un bon
élève de latin. Je n’ai pas
trouvé dans un peu plus de 20
discours, parcourus rapidement
il est vrai, une seule citation
créole. Jusqu’à cet historique
dimanche 18 octobre où la seule
véritable nouveauté de son
discours c’est la fréquence
élevée du rappel de son
appartenance au petit monde
frelaté de la créolopalie et de
la kréyolade réunies.
Mais venons-en aux choses
sérieuses. De quoi s’agit-il
donc dans ce tintamarre
médiatique autour des articles
73 et 74 de la constitution
française ? Apparemment, il
s’agit d’y trouver le plus court
chemin vers l’autonomie.
Et si ce chemin ne se trouvait
ni dans l’un ni dans l’autre ?
Faudrait-il renoncer à l’y
trouver ou trouver le moyen de
l’y faire entrer ? Le PPM
propose depuis un peu plus d’un
demi-siècle de modifier la
constitution pour concilier la
volonté des Martiniquais de
faire eux-mêmes leurs propres
lois sur les affaires d’intérêt
local et leur désir de rester
dans la République en gardant
les mêmes droits que les autres
Français. Autrement dit, le
Parti d’Aimé Césaire revendique
la reconnaissance du droit à la
différence qu’il refuse de
confondre avec la différence des
droits.
Comment peut-on prendre au
sérieux des gens qui font
semblant de croire qu’il y a ne
serait-ce qu’une ressemblance
même très vague entre
l’autonomie telle que la
concevait Césaire et telle que
la comprennent les faux
césairistes du nouvel
autonomisme ?
Le comble mais pas le pire
Mais ce n’est pas le comble ni
le pire. Le comble et le pire
dans tout cela c’est la
référence simultanée à Césaire
pour justifier leur conception
de l’autonomie et à Sarkozy pour
en garantir l’innocuité.
Personne avant eux n’avait pensé
à un apparentement aussi
grotesque. Il fallait qu’il y
eût un commencement. Souhaitons
que ce soit le commencement de
la fin de l’imposture
néo-autonomiste des faux
césairo-sarkozistes.