Juin 2003 :
colloque pour les 90 ans
d'Aimé Césaire. Un
intervenant souligne que
« ce qui peut apparaître
paradoxal dans la
politique d'Aimé Césaire
relève d'une profonde
conviction démocratique
qui l'amène à considérer
qu'un leader politique
doit être
particulièrement
attentif aux aspirations
du peuple, qu'il n'a pas
à forcer le pas du
peuple mais qu'il doit «
aller au pas du peuple »
. Décembre 2008 :
assemblée plénière du
conseil général. Le même
homme, président du
conseil général, et
devenu entre-temps
président d'un
Rassemblement
Démocratique, refuse le
vote à bulletin secret
demandé par des
représentants du peuple!
En accord
avec son alter égo du
conseil régional, il
fait alors adopter, à
main levée et à la
majorité simple, une
demande de changement du
statut de la Martinique.
Même les vives
contestations autour de
certains décomptes de
voix n'ont pas semblé
les émouvoir.
Pour
justifier ce véritable
viol des consciences des
élus du peuple, il se
réfère à la Loom qui ne
prévoit pas, selon lui,
le vote à bulletin
secret. Cette tentative
de justification est une
véritable escroquerie
intellectuelle.
Rappelons que la Loom
émane du célèbre rapport
Lise- Tamaya ; et que ce
dernier avait été
contesté et déchiré
publiquement par Alfred
Marie-Jeanne.
Comment
comprendre dès lors que
nos deux présidents,
autonomiste et
indépendantiste,
pourfendeurs inlassables
des fantômes du
colonialisme, en toute
complicité s'appuient
sur le vide juridique
d'un texte émanant de «
l'oppresseur » pour
refuser aux élus
martini- quais les
conditions d'un choix
libre, en leur âme et
conscience, de l'avenir
de leur pays ?
Nos
présidents avaient-là
une occasion unique de
démontrer leur volonté
d'assumer les
responsabilités
martiniquaises en
décidant, avec leur
assemblée, de combler le
vide juridique de la
Loom pour satisfaire la
demande de vote à
bulletin secret.
Qui leur
aurait fait grief de
cette décision qui
n'aurait eu pour seule
conséquence que de
renforcer la légitimité
des décisions prises ?
Mais il est
vrai que le vote à main
levée a, pour eux, la
vertu essentielle de
mettre les élus
récalcitrants « à portée
de calotte » , dixit un
élu de leur bord.
Juillet 2009
: la demande d'autonomie
de la Martinique est
confirmée, toujours à
main levée, sans que ne
soit publié au préalable
l'avis du CESR. La
communication de cet
avis, défavorable sur
plusieurs points aux
décisions du congrès,
ayant été « empêchée »
de l'aveu même de
certains de ses
représentants.
Août 2009 :
les deux présidents
annoncent la création
d'un « Rassemblement
martiniquais pour le
changement » . Quelques
jours plus tard,
plusieurs élus, annoncés
comme faisant parti du
rassemblement en
question, laissent
entendre qu'ils y
auraient été « enrôlés »
de force! Toutes ces
manoeuvres hypothèquent
gravement la légitimité
des propositions qui
seront bientôt soumises
aux Martiniquais car
elles sont le fruit d'un
véritable assassinat des
principes démocratiques.
Quant aux
quelques « beaux esprits
» qui se sont mis au
service de nos deux
présidents pour les
aider à réaliser leurs
rêves de grandeur,
fruits de chimères de
leur jeunesse
révolutionnaire, ils se
font les complices d'une
entreprise qui vise à
faire avancer le peuple
à marche forcée vers le
« paradis du 74 » et
déversent avec arrogance
leur mépris et leur
condescendance à la face
de tous ceux qui, de
droite comme de gauche,
résistent à l'orthodoxie
de pensée dont ils sont
devenus les prophètes.
Oubliées
leurs déclarations
médiatiques tonitruantes
contre toutes les
dictatures, le repli sur
soi, la xénophobie, la
haine de l'Autre et
leurs porte-paroles ?
Aucun doute! Sur le
chemin du « Graal 74 » ,
ils sont dans le « sens
de l'Histoire » . A
court d'arguments, ils
dégainent l'arme du
dédain, supposée achever
l'hérétique : « Tous des
alimentaires, terrorisés
par la peur de perdre
leur confort. »
Ni le fait
que les Guadeloupéens et
les Réunionnais refusent
de leur emboîter le pas
; ni le choix des
Mahorais d'adopter le
statut de département
français ne les
troublent. Et c'est
Saint- Barthélemy et
Saint-Martin,
villes-îles devenues
Com, qui sont leurs
nouveaux eldorados.
Pas peur de la
responsabilité
En ce qui
nous concerne, nous
n'avons pas peur de la
responsabilité. Nous la
revendiquons! Parce que
nous savons qu'elle rime
avec dignité. Parce que
nous connaissons le prix
de l'effort ; parce que
nous ne confondons pas
l'assistanat avec la
solidarité ;
l'engagement au service
du peuple avec la course
aux intérêts personnels
et le marchandage
électoral ; parce que
nous ne craignons pas de
concilier modernité avec
identité, culture et
tradition. Mais surtout
parce que nous faisons
confiance au bon sens
profond et à la
sensibilité du peuple
martiniquais. Nous
n'avons pas peur non
plus d'une quelconque «
perte de confort » .
Parce que notre vision
d'une Martinique
responsable n'intègre
pas l'option
d'inévitables
régressions ou de
nécessaires « dégâts
collatéraux » ! Que
penser de l'invitation
sibylline de
quelques-uns de ceux qui
nous promettent l'Éden
du 74, à accepter déjà
l'idée d'une possible
perte d'acquis auxquels
sont attachés tous les
Martiniquais et dont
certains suscitent
l'envie chez nos
voisins, y compris aux
Etats-Unis où Obama se
bat encore pour l'accès
aux soins des plus
démunis ?
Avancer « au pas du
peuple »
Nous
refusons l'idée que des
Martiniquais, parmi les
plus démunis
probablement, pourraient
être les « oeufs cassés
» d'une omelette
monstrueuse et
indigeste, cuisinée en
toute hâte pour
rassasier l'appétit de
pouvoir et repaître les
égos de quelques mèt-a-mangnòk
et aristocrates de la
pensée! Notre demande du
rapatriement de plus de
responsabilités ne
s'accommode pas de
l'idée d'hypothéquer les
acquis du peuple, fruits
de hautes luttes menées
par les Martiniquais,
dont le plus célèbre est
encore Aimé Césaire qui
s'est acharné à obtenir
le statut de département
pour la Martinique en
1946. Nous sommes,
aujourd'hui, comme lui,
désireux de continuer
d'avancer « au pas du
peuple » et avec le
peuple! Nous avons le
rêve d'une Martinique
unie, ouverte sur le
monde, oeuvrant au
service de son
développement durable.
Nous sommes pour une
évolution
institutionnelle au
service d'un projet
défini et accepté par le
peuple. Nous sommes pour
une assemblée unique,
représentative, dotée de
tous les pouvoirs qui
seront nécessaires à la
réalisation de ce
projet, au sein d'un
article 73, dont nous
sommes loin d'avoir
expérimenté les
nombreuses possibilités
comme nous le démontrent
Guadeloupéens et
Réunionnais. Et s'il
faut aller plus loin, ce
ne sera pas avant
d'avoir fait la preuve,
devant le peuple, que
notre véritable
volontarisme politique
se heurterait aux
limites des pouvoirs qui
seront alors les nôtres.
Nous en sommes loin
aujourd'hui! Si nous
avons peur, c'est de
cette tentation
totalitaire dissimulée
sous les beaux discours
de nos présidents. Celle
qu'évoquait Rodolf
Désiré, en 2003, face à
un journaliste, en
rappelant que c'était «
l'occasion qui faisait
quelques fois le larron
» . Le président de la
Région disait lors d'une
de ses nombreuses
interventions
médiatiques : « Le
congrès est une affaire
qui est derrière nous »
!... Sans doute. Mais
c'est le peuple qu'il a
maintenant face à lui!
Alors, il
faudra bien que ceux
qu'un homme politique de
gauche qualifiait, à
l'occasion d'un récent
débat à Saint-Pierre, de
« clique au pouvoir » ,
acceptent l'idée que,
malgré les promesses «
alimentaires » qu'ils ne
manqueront pas de
répandre dans les jours
à venir, c'est bien le
peuple qui choisira son
destin, librement, en
son âme et conscience,
dans le secret de
l'isoloir, et non pas à
main levée!
Christian
Rapha, conseiller
municipal UMP de
Saint-Pierre