Martinique : La marche vers
notre émancipation reprendra
avec force...
Par Robert Sae 27.01.2010
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Robert Sae |
Fort de
France. Mardi 26 janvier
10.CCN. Robert Sae , porte
parole du Conseil National
des Comités Populaires(CNCP)
Martiniquais, porte ici un
éclairage plein de lucidité
et une analyse nécessaire
sur les deux élections qui
viennent de marquer le
paysage politique de son
pays. Le CNCP est avec le
Mouvement Indépendantiste
Martiniquais ( MIM) ,
d’Alfred Marie Jeanne, l’une
des composantes du groupe
des « Patriotes Martiniquais
» majoritaire à la
Région,Martinique. Le CNCP
faisait aussi partie du «
Rassemblement Martiniquais
pour le Changement ( RMC)
favorable à l’application en
Martinique de l’article 74
de la constitution francaise
Les forces politiques
réactionnaires jubilent :
«80 % de non ! C’en est fini
des patriotes et de question
institutionnelle ! »
Certains défenseurs du oui
ne décolèrent pas : «C’est
quoi ce peuple qui braille
dans la rue et refuse le
pouvoir de défendre ses
intérêts propres ! » Et
puis, le gouvernement a
lancé sa campagne de
propagande au plan
international : « Voilà la
preuve que ce sont bien des
terres françaises et que la
population d’outre-mer nous
est définitivement attachée
! » Est-ce ainsi que
tournerait la roue de
l’histoire ?
Nous ne le croyons vraiment
pas ! Qui a étudié la marche
de l’humanité sait qu’aussi
généralisées et profondes
que puissent être de telles
déclarations, de telles
certitudes, celles-ci n’ont
jamais été en mesure
d’entraver l’avancée des
peuples vers l’émancipation.
32.954 martiniquais et
martiniquaises de plus de 18
ans ont dit le 10 janvier «
Oui ! Nous voulons une
nouvelle collectivité dans
laquelle nous pourrons
défendre nos intérêts
propres » et ce dans un
contexte où sévissaient les
armes de désinformation
massive. Personne n’oserait
contester que toutes les
couches de notre peuple
figurent parmi ceux qui ont
fait un tel choix. Comment,
dans ces conditions, traiter
indistinctement les
Martiniquais de larbins et
autres qualificatifs
dégradants? Comment un
militant peut-il penser un
seul instant qu’il y a lieu
de baisser les bras au
prétexte qu’une
consultation, organisée dans
le cadre du système
colonial, s’est soldée par
un échec?
Quelle légitime fierté
revendiquions nous quand
3O.OOO Martiniquais (notez
le nombre !) défilaient
contre la vie chère.
Pourtant, chacun l’admet :
des niveaux de conviction
idéologique et des
motivations très diverses,
animaient les manifestants.
On a raison d’être amer en
voyant les dégâts qu’ont pu
causer, sur une importante
partie de la population, les
mensonges, les manipulations
venant des profiteurs du
système, la désinformation
semée par des partis
politiques prétendument
progressistes qui ont
sciemment sacrifié l’intérêt
général à de bas calculs
électoralistes et
politiciens.
Mais ceux qui raisonnent sur
des bases scientifiques
savent qu’à plus ou moins
long terme les opportunistes
seront sanctionnés par
l’histoire ; On ne peut se
permettre de lancer des
explications simplistes pour
interpréter le vote
majoritairement négatif de
la population. En tout cas,
il ne saurait être question
de se laisser abuser par la
campagne massive menée par
les réactionnaires avec
l’objectif de dénaturer le
sens de ce vote et
démoraliser les partisans du
progrès.
Qui peut nier que, en
période de crise, quand les
difficultés sont criantes,
et ce dans tous les pays du
monde, les couches en
situation de précarité
s’accrochent solidement aux
maigres sources de
revenus dont elles
disposent. Cela n’est dû ni
à une peur irrationnelle, ni
à de l’imbécillité : c’est
tout simplement un réflexe
de survie et cela même
quand, dans ces couches,
existe la conscience de leur
l’exploitation ou du
caractère insuffisant et
aléatoire des « avantages»
dont elles bénéficient.
Evidemment, la
désinformation venant des
partisans du « non » a
amplifié la tendance ! Mais
pensez-vous sérieusement que
les progrès dans la
reconquête de notre
identité, la perception des
contradictions d’intérêts
avec la puissance coloniale
se soient évaporés de la
conscience des Martiniquais
?
Les questions que devraient
se poser ceux qui
vilipendent le peuple
devraient être celles-ci :
« Hors campagne électorale,
qu’avons-nous fait pour
donner à ceux qui sont
privés d’instruction, à ceux
qui sont soumis
quotidiennement à la
manipulation, les moyens de
comprendre le système pour
le combattre ? »
« Qu’avons-nous-fait pour
aider ceux qui sont écrasés
par le système au point de
voir dans les acquis sociaux
leur seule planche de salut
? Qu’avons-nous fait pour
contribuer à leur
organisation sur des bases
politiques lucides. » (A ce
propos ceux qui luttent pour
transformer véritablement le
système, ne devraient pas
sous-estimer le travail
dévastateurs que mènent,
certains syndicalistes qui
organisent les travailleurs
sur la base de
revendications corporatistes
et en profitent pour les
détourner systématiquement
des combats politiques,
sauf, bien sûr, quand
eux-mêmes sont candidats aux
élections ; ces
opportunistes ont été, eux
aussi, de précieux alliés
pour les réactionnaires dans
leur combat pour empêcher
l’avancée politique)
Oui, il est légitime de
s’inquiéter du temps perdu
pour notre émancipation
politique ; mais doit-on
oublier que la roue de
l’histoire ne saurait être
mue par nos seules volontés
et notre seul combat,
ceux-ci fussent-ils
irréprochables ? Le rôle des
militants conséquents,
justement, doit être de
rester aux postes de combat,
pour préparer les nouvelles
batailles ! Et, d’abord, il
convient de faire un bilan
lucide de celle qui vient
d’être menée.
Ceux qui se désespèrent
aujourd’hui, n’avaient ils
pas sous-estimé les ennemis
? Les colonialistes
auraient-ils laissé notre
peuple avancer vers la
responsabilité sans tout
faire pour saboter l’avancée
? Les profiteurs
auraient-ils pu faire autre
chose que désinformer, faire
des affiches illégales, etc.
Il faut admettre également
que, comme cela avait été le
cas lors de la consultation
de 2003 avec leur campagne
réussie du « chat an sak »,
les ennemis de l’évolution
ont su fort habilement
organiser des provocations
et en tirer profit.
Exploitant les réactions de
ceux qu’ils ont cherché à
piéger, par exemple à propos
de l’affaire du Lycée
Schœlcher, ils sont
parvenus, il faut le
reconnaitre, à diaboliser
les patriotes et à travers
eux l’autonomie : Ils sont
parvenus à persuader une
partie de l’opinion que la
démocratie pourrait être
remise en cause et que l’on
voulait chasser les blancs
du pays !
Ne pas prendre en compte
tous ces éléments et jeter
l’opprobre sur notre peuple,
ne me paraît pas très
responsable. Les
généralisations abusives
traduisent souvent
l’ignorance, la paresse
d’analyse, elles sont aussi
le meilleur espoir des
puissants pour diviser et
décourager les peuples. Il
n’est qu’à constater le
formidable élan de
solidarité manifesté à
l’égard de nos frères et
sœurs d’Haïti, pour
confirmer que notre peuple
est digne de respect. En
tout cas, nous avons
confiance en sa capacité à
déjouer tous les pronostics
quant à son avenir.
L’acuité de la crise
économique et sociale, la
montée en puissance
politique des patriotes
avaient poussé le
gouvernement colonialiste
français à envisager une
évolution politique. Mais il
était évident qu’il mettrait
tout en œuvre pour reprendre
le contrôle de la situation
avec l’aide des forces
politiques réactionnaires et
opportunistes. Le résultat
est celui que nous
connaissons. Quant à nous,
nous restons inflexibles
dans notre combat pour
l’émancipation véritable du
peuple Martiniquais. Car
l’ère moderne ne saurait
tolérer la persistance du
système colonial ; car,
reste encore l’exigence
d’une consultation sous
contrôle international, du
seul peuple martiniquais sur
son destin (Les Français de
passage ont massivement voté
lors de ces consultations
alors que l’importante
fraction expatriée de notre
peuple n’avait pas le droit
de se prononcer). Nous
ajouterons en toute lucidité
que, même dans le cas d’un
vrai référendum
d’autodétermination, les
résultats seront le reflet
de notre capacité, d’une
part, à vulgariser les
éléments nécessaires à la
compréhension du système et
à contribuer , d’autre part,
à organiser notre peuple
dans tous les aspects de sa
vie. Ces taches sont
d’autant plus des exigences
que le capitalisme agressif
développé par le
gouvernement français et
l’Union Européenne en
général, continuera à
laminer toutes les conquêtes
sociales, donc, que les
réactionnaires seront à
terme privés de leur objet
de chantage. Viendra
inéluctablement le moment où
ils devront subir les
assauts de ceux qu’ils
continuent de tromper.
A ce propos, je voudrais
rassurer les amis des autres
peuples sous domination
française qui fondaient
beaucoup d’espoir sur cette
expérience de consultation
référendaire et qui m’ont
fait part de leur étonnement
quant aux résultats de ces
consultations.
Il n’y a ni recul, ni
stagnation, ni raison de
perdre confiance. Nous avons
là une piqûre qui nous
rappelle qu’au plan
institutionnel le système
est organisé et rodé pour
maintenir les peuples sous
domination. Et si cela ne
remet pas en cause la
nécessité d’utiliser ses
contradictions ou de
l’affronter sur ce terrain
institutionnel, la lucidité
doit toujours être de mise.
Chercher à exploiter les
failles du système ne doit
pas conduire à NEGLIGER LES
TACHES PRINCIPALES pour
semer des illusions social
démocrates ou
électoralistes. La
responsabilité des « retards
» incombent surtout à ceux
qui délaissent le travail
fondamental d’organisation
des masses populaires. Notre
stratégie doit être
offensive et ne jamais s’en
tenir, seulement, au cadre
tracé par le pouvoir
colonial.
En faisant abstraction de la
fracture exprimée par les
résultats, on observe dans
notre réalité, cette
puissante volonté sans cesse
exprimée par les
Martiniquais de « se mettre
ensemble pour s’attaquer aux
vrais problèmes ». La marche
vers notre émancipation
reprendra avec force dès
lors que nous organiserons
le travail collectif pour
répondre aux questions de
l’EDUCATION (scolaire et
globale), de la LUTTE CONTRE
LES TOXICOMANIES, de la
PREVENTION DES RISQUES
MAJEURS (tirerons-nous les
leçons d’Haïti ?), du
DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
ENDOGENE. Et, bien sur, les
efforts doivent être
redoublés pour expliquer
l’impérieuse nécessité de la
libération nationale.
Nul doute qu’à travers une
telle dynamique, notre
peuple saura choisir la voie
de la responsabilité
politique et que les ennemis
de l’émancipation seront
démasqués.
L’histoire de la longue
lutte que mènent les classes
dominées et plus
généralement les peuples,
nous l’a suffisamment
enseigné : la roue de
l’histoire ne tourne pas à
l’envers. Défaites,
stagnations, déconvenues se
succèdent et au bout du
compte les plus grands
empires s’effondrent ; les
pouvoirs les plus puissants,
les plus répressifs, ceux
dont la domination
idéologique semble la mieux
assurée s’écroulent comme
des châteaux de cartes quand
arrive l’heure où la raison
et l’exigence d’émancipation
humaine frappent à la porte
du présent.
Robert SAE