AU PEUPLE MOBILISE !
Chers Camarades, du Centre Hospitalier
de Pointe-à-Pitre, je vous adresse ces paroles pour vous rassurer sur mon
état de santé. Je suis obligé de rester à l’hôpital puisque je souffre de
lésions cervicales et de complications cardiaques consécutives à
la violence des coups qui m’ont été portés par les forces de police. Ma date
de sortie n’a pas encore été indiquée mais même si mon corps est
atteint, mon esprit reste parfaitement intact et je pense que cette épreuve a
encore augmenté ma lucidité et ma détermination.
J’étais comme beaucoup d’autres
camarades en lutte sur le terrain et
notre démarche était pacifique : c’est celle
qui a été définie par le L.K.P.
Je suis un combattant aux mains nues !
Or en face de nous, les forces de police n’ont pas hésité à nous agresser
sauvagement. Avec des camarades de l’U.G.T.G. et de la C.T.U., nous
faisions tout pour calmer le jeu et encadrer les manifestants qui étaient
pour la première fois venus nous apporter leur soutien. Nous avons vu
tomber sur nous une véritable tornade de coups de matraque alors que nous
avions déjà quitté les abords de la route nationale. Les « mamblo » nous ont
pourchassés dans les ruelles de Belle-Plaine et même dans la mangrove,
ils n’ont pas abandonné leur traque. C ‘est ainsi que j’ai compris qu’ils
n’étaient pas seulement venus lever des barrages mais qu’ils étaient venus «
casser du nègre » comme ils l’ont dit eux-mêmes. Ils m’ont encerclé et frappé.
Je dois vous préciser ce qu’ils m’ont dit car je veux que vous
compreniez à qui nous avons affaire.
Lors que je recevais des coups de pieds dans le
ventre et que je me traînais par terre, voilà ce qu’ils m’ont dit :
« On a vu ta sale gueule à la télé, on
va te la casser et tu ne pourras plus la montrer. On va vous casser sales
nègres, chiens de nègres ! » J’ai vu qu’ils traînaient par les
cheveux, une femme du quartier qui manifestait son indignation lorsqu’ils
m’ont frappé. Ma seule arme a été de crier, d’hurler ce qui a provoqué la
colère des habitants du quartier. C’est comme cela que j’ai pu en réchapper. Je
ne sais ce qui est advenu de cette dame et je lui envoie, de mon lit, mon
salut militant. Je la remercie d’avoir eu le courage, elle qui m’a
sauvé avec les voisins du quartier. On dit que les Guadeloupéens sont des
lâches mais voilà un exemple
d’engagement et de courage.
Je demande aux militants de resserrer
les liens, de s’armer de courage, de renforcer la mobilisation. Il faut
encore élargir nos rangs et approfondir notre combat. C’est toute la Guadeloupe
qui est derrière nous. La victoire est à portée de mains. Nous avons écrit
une belle page dans le combat pour l’émancipation : la liberté commence
aujourd’hui !
Du fond de mon lit d’hôpital, je dis à
tous mes frères : « Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké
gannyé ! »
Alex LOLLIA / Pointe-à-Pitre, le 17
Février 2009