Des attaques contre les
étrangers ensanglantent
l'Afrique du Sud depuis bientôt
deux semaines. Si elles se sont
calmées autour de Johannesburg,
elles semblent se multiplier en
province.
Des incidents ont été
signalés dans les environs de
Durban, au Kwazulu-Natal, sur la
côte est du pays, ainsi que dans
la région du Cap, au sud-ouest,
et dans le Mpumalanga et le
Limpopo, au nord. Vendredi 23
mai au soir, sept des neuf
provinces du pays avaient été le
théâtre de violences entre
autochtones et étrangers.
A Du Noon, un township près
du Cap, tout a commencé, selon
des journalistes, après une
réunion jeudi soir. Les
habitants de ce quartier pauvre
avaient décidé de parler de la
xénophobie pour tenter d'enrayer
la progression de la violence.
La discussion, très animée, se
serait envenimée avant de
tourner court. Quelques heures
après, des groupes d'hommes se
sont dirigés vers les maisons et
les commerces des étrangers. Au
moins une personne a été tuée.
Le plus grand bidonville de
l'Afrique du Sud, Khayelitsha,
immense verrue aux portes de la
ville du Cap, est resté calme.
La peur d'une flambée de
violence a cependant chassé des
familles entières.
Des attaques isolées ont
aussi été signalées dans des
provinces rurales .
Officiellement, on comptait
quarante-deux morts jeudi soir.
Le bilan informel, samedi 24 mai
dans la matinée, était proche de
la cinquantaine.
Plus de 400 personnes sont
désormais sous les verrous pour
avoir participé à ces violences.
Le gouvernement a promis d'être
ferme à l'encontre des
assaillants. Partout, dans les
endroits sensibles, les forces
de police et l'armée sont
visibles. Leur intervention
s'est cependant limitée à
éteindre le feu. Pour l'instant,
elles n'ont pu anticiper les
nouvelles violences.
Avec quelque 25 000 personnes
sans abri, la crise est aussi
humanitaire. Le gouvernement
mozambicain a annoncé, vendredi,
une aide d'urgence à ses
ressortissants. Environ 10 000
sont déjà rentrés au pays par
leurs propres moyens, et 620
dans les bus affrétés par
Maputo. Le Malawi a également
annoncé une aide au rapatriement
de ses ressortissants.
L'ambassade du Zimbabwe en
Afrique du Sud a fait savoir
qu'elle apporterait un soutien
aux déplacés et mettrait des
moyens à disposition des
citoyens voulant regagner leur
pays. Etant donné la situation
économique et politique du pays,
l'offre ne devrait pas trouver
beaucoup de preneurs.
Si le gouvernement
sud-africain a finalement
reconnu avoir été informé des
problèmes de xénophobie, la
réponse des autorités reste
insuffisante. Réunis en Tanzanie
pour un mini-sommet de l'Union
africaine (UA), vendredi, les
chefs d'Etat du continent se
sont dits " choqués ".
L'Afrique du Sud n'est pas le
premier pays à connaître ce
genre de violence contre les
étrangers africains déplacés sur
le continent. Cependant, à la
veille de la " Journée de
l'Afrique ", qui commémore
chaque année la création de l'UA
en 1963, cette chasse à l'homme
a sérieusement terni l'image de
la " nation arc-en-ciel ".
Fabienne Pompey