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AFRIQUE DU SUD L'ARMÉE ENVOYÉE DANS LES TOWNSHIPS

Le président sud-africain critiqué pour sa gestion des violences xénophobes

 

 

Dix jours après les premières agressions contre les étrangers en Afrique du Sud, le gouvernement vient d'annoncer la participation de l'armée dans les opérations de maintien de l'ordre. Selon un bilan établi mercredi 21 mai au soir, 42 personnes ont été tuées, plusieurs centaines blessées et quelque 16 000 autres sont sans abri.

Une vingtaine de bidonvilles autour de Johannesburg et de Pretoria ont été le théâtre d'une chasse à l'homme visant les étrangers africains. L'armée ne sera pas déployée partout mais mettra son matériel ainsi que ses hommes à disposition, a précisé la police nationale.

La présence de militaires dans les townships noirs rappelle de terribles images : les émeutes de Soweto en 1976 et surtout les sanglants affrontements, au début des années 1990, entre les militants du Congrès national africain (ANC) et les Zoulous du parti de la liberté Inkhata (IFP).

 

DÉPART DES ÉTRANGERS

 

Alors que la situation semblait plutôt calme autour de Johannesburg, mardi et mercredi soir, des incidents ont éclaté dans la région du Kwazulu Natal (est). Les autorités locales, malgré les slogans anti-étrangers chantés par les groupes d'assaillants, estiment que ces accrochages sont sans rapport avec des attaques xénophobes.

Terrifiés, de nombreux étrangers ont décidé de quitter le pays. Selon le directeur national adjoint des migrations, 9 000 Mozambicains auraient passé la frontière depuis le début de la semaine. Des milliers de personnes sont toujours réfugiées dans des églises ou des centres communautaires et dépendent de l'aide des organisations caritatives. Des appels ont été lancés pour des donations de nourriture, de couches et de lait pour bébé, et de couvertures. En ce début d'hiver austral, la température la nuit ne dépasse pas 7 degrés.

Le chef de l'Etat, qui ne s'est pas déplacé dans les bidonvilles touchés, s'est uniquement exprimé dans un communiqué le 19 mai, une semaine après les premiers incidents. Pour l'opposition, ce texte, qui condamne la violence et appelle les Sud-Africains à ne pas se déshumaniser en maltraitant les étrangers, " est arrivé trop tard ". Thabo Mbeki promet que les enquêtes en cours permettront de déterminer " la racine de cette anarchie ".

Plusieurs personnalités politiques proches du chef de l'Etat ont sous-entendu que les violences pourraient avoir été orchestrées par l'Inkhata, le parti zoulou. L'influent conseiller à la présidence, Essop Pahad, a de son côté mis en cause des " forces d'extrême droite ".

Mais pour le centre de réflexion Institute of Race Relations (IRR), la faute revient au gouvernement. Cette organisation indépendante dénonce l'incapacité des autorités à assurer la sécurité, à lutter contre la corruption, à fournir des emplois et des logements décents ainsi qu'à maîtriser les flux migratoires.

Le président Thabo Mbeki a plusieurs fois mentionné la xénophobie comme un problème auquel le pays devait s'attaquer. Il a appelé ses concitoyens à " apprendre à vivre " avec les immigrés zimbabwéens. Refusant de reconnaître la situation de crise au Zimbabwe, le chef de l'Etat n'a jamais jugé utile de donner un statut de réfugiés aux migrants. La principale contribution du gouvernement à la gestion de l'immigration africaine a été le renforcement des patrouilles aux frontières, les rafles et les expulsions par train de milliers de " clandestins ".

Fabienne Pompey

© Le Monde23/05/08

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