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A la veille des premières élections multiraciales du pays, en 1994, les responsables sud-africains promettaient "une vie meilleure pour tous". Les violences xénophobes qui embrasent les townships sud-africains témoignent que cet engagement des dirigeants noirs n'a pas été tenu.

L'exaspération de millions de déshérités vivant dans les bidonvilles de Johannesburg, l'agglomération économique, s'est retournée contre les immigrés venus en masse des pays voisins, notamment du Zimbabwe. Accusés de voler les emplois aux Noirs sud-africains et d'être responsables de l'insécurité, les immigrés servent de boucs émissaires. Des dizaines d'entre eux ont été tués ; des milliers d'autres ont dû trouver refuge dans des églises et des commissariats transformés en camps de réfugiés. La gravité de la situation a conduit l'armée à intervenir en appui des forces de police.

A un an de la fin de son mandat, le président Thabo Mbeki porte une lourde responsabilité dans cette situation dramatique. Grâce à lui, l'Afrique du Sud a certes connu une croissance remarquable au cours des dernières années, sans équivalent sur le continent. Mais la croissance a profité à une minorité de Noirs.

Frappés par la hausse des prix des produits alimentaires, victimes d'un chômage de masse qui touche entre 30 % et 40 % de la population active, la plupart des Sud-Africains vivent de plus en plus difficilement. Ils ont la conviction d'avoir été abandonnés par l'Etat. L'arrivée de près de cinq millions d'immigrés fuyant les troubles politiques dans leur pays natal n'a fait que révéler ce malaise profond.

Le président Mbeki paie une seconde erreur. Celle de s'être montré trop complaisant vis-à-vis du régime au pouvoir au Zimbabwe. Par ses déclarations lénifiantes répétées sur la crise qui secoue son voisin, par son refus de sanctionner les dérives du régime de Robert Mugabe, le président Thabo Mbeki a fait le jeu du dictateur au pouvoir à Harare. S'il s'était montré plus ferme, s'il avait mis à profit l'influence de l'Afrique du Sud pour contraindre Mugabe à céder le pouvoir, le président Mbeki n'aurait pas été obligé d'accueillir sur son sol plus d'un million de Zimbabwéens chassés de leur pays.

 

Editorial du Monde 25.05.08

 

«La xénophobie n'a pas disparu» dans le pays qui a vaincu l'apartheid

AFRIQUE AUSTRALE. La police sud-africaine ne parvient pas à endiguer la chasse aux étrangers qui gagne les quartiers pauvres de Johannesburg. Le gouvernement hésite à faire appel à l'armée.

«Je pensais qu'on était tous des frères du même continent. Personne ne s'attendait à cela!» Coiffé de dreadlocks, Jack, un jeune Mozambicain de 28 ans, a été chassé dimanche de son appartement à Hillbrow, un quartier pauvre et cosmopolite du centre-ville de Johannesburg: «Quand une foule hostile a descendu la rue du quartier, je me suis enfui. Lundi, je suis retourné chercher mes affaires: tout avait été volé.» Jack s'est réfugié au siège de l'Eglise méthodiste à Johannesburg, qui a accueilli 300 rescapés des violences dans le centre-ville. La plupart, Zimbabwéens, n'osent plus sortir du bâtiment.
 

Les étrangers ne sont toutefois pas les seuls à avoir peur: des Shangaan et Venda (deux minorités ethniques du nord de l'Afrique du sud) figurent aussi parmi les victimes des affrontements. «Les Zoulous sont les instigateurs de ces attaques, affirme Lydia Makhoba, une Venda qui habite Alexandra, la township où les violences ont commencé. Le régime d'apartheid nous a tous élevés dans l'idée que les autres ethnies représentaient une menace. Chacun devait vivre dans son quartier, dans son bantoustan. C'est très triste de voir que la xénophobie n'a pas disparu!»

nytimes



Tous les leaders politiques - à commencer par le président Thabo Mbeki - ont fermement condamné les agressions, mais sans résultat. Le gouvernement s'est contenté d'annoncer une enquête pour déterminer la cause des attaques. «La xénophobie est un élément secondaire. Les agresseurs sont des éléments criminels qui ont manipulé la population», affirme la ministre de l'Intérieur, Nosiviwe Mapisa-Nqakula.

Les attaques ont-elles été orchestrées, comme semble le croire le gouvernement? Ou s'agit-il d'un mouvement spontané d'agressions xénophobes et de pillages? Pour le moment, personne n'a de réponse. Mais beaucoup de commentateurs estiment que le chef de l'Etat porte une lourde part de responsabilité. Parce qu'il ne voulait pas reconnaître l'ampleur de la crise politique au Zimbabwe, Thabo Mbeki n'a rien fait pour accueillir les Zimbabwéens qui ont afflué en masse ces dernières années. Ils seraient aujourd'hui entre 2 et 3 millions en Afrique du Sud.

«Tant le gouvernement sud-africain que les Nations unies ont refusé de leur accorder un statut de réfugié, déplore Eric Goemaere, qui dirige l'équipe locale de Médecins sans frontières Belgique. Les Zimbabwéens en sont réduits à vivre comme des clandestins dans les bidonvilles, tout en étant considérés comme des profiteurs.» Même si seulement 2 à 3% des criminels arrêtés par la police sont des étrangers, les Sud-Africains les rendent responsables de la forte criminalité. Et même si l'apport de cette main-d'œuvre étrangère souvent plus qualifiée et dynamique est positif pour l'économie sud-africaine, les pauvres les accusent - pas tout à fait à tort - de prendre leurs emplois, en acceptant de travailler pour des salaires de misère.

«La pression dans les townships les logements, les écoles, les centres de santé et l'accès à l'emploi est devenue intolérable, explique Henri Boshoff, chercheur à l'Institute for the Securities Studies. Vous ajoutez à cela la hausse des prix depuis le début de l'année et le cocktail devient explosif.»

L'Alliance démocrate, principal parti d'opposition, a appelé mardi le gouvernement à mettre en place des camps de réfugiés, pour accueillir les quelque 11000 rescapés des violences entassés dans des bâtiments publics, et à déployer l'armée pour rétablir l'ordre. Un pas que pour le moment l'ANC, le parti au pouvoir, refuse de franchir: c'est l'armée qui était chargée de la répression dans les townships sous l'apartheid. Mais déjà bien des images rappellent l'extrême violence des pages les plus sombres des années de lutte. Le beau rêve de la nation arc-en-ciel, symbole de la réconciliation raciale, a éclaté en morceau.

Valérie Hirsch, Johannesburg
Mercredi 21 mai 2008

Le Temps 21/05/08

 

 

Les violences xénophobes ont fait 56 morts

NOUVELOBS.COM | 26.05.2008 | 17:50

Le ministre de la Sûreté, Charles Nqakula, a indiqué que la situation était "sous contrôle".

 

Les violences xénophobes en Afrique du Sud ont fait au total 56 morts depuis le 11 mai, a déclaré lundi 26 mai le ministre de la Sûreté, Charles Nqakula, en ajoutant que la situation est "sous contrôle".
"Il y a 56 morts, beaucoup d'entre eux victimes de criminels qui ont profité de la situation", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse à Union Buildings, le siège du gouvernement à Pretoria.
"La violence s'est apaisée (...) La situation est sous contrôle", a-t-il ajouté, précisant que les violences avaient fait plus de 30.000 déplacés.

 

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