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Des pogroms à Johannesburg

AFP

 

Afrique du Sud. Les émeutes visant les immigrants des pays voisins ont fait 22 morts.

De notre correspondante à Johannesburg VALÉRIE HIRSCH

 

En une semaine, les émeutes anti-immigrés d’une virulence inédite à Johannesburg ont fait au moins 22 morts et 220 blessés. Jour après jour, des foules de Sud-Africains pauvres s’attaquent aux immigrants zimbabwéens et mozambicains à Alexandra, un quartier surpeuplé et misérable de Johannesburg. Les Zoulous écument les bidonvilles peuplés d’étrangers. «Ils m’ont juste demandé d’où je venais, puis ils m’ont frappée à la tête», raconte Yvonne Ndlovu, une jeune Zimbabwéenne de 19 ans.

Depuis le 11 mai, des groupes munis de bâtons, de clubs de golf, et pour certains d’armes à feu, sèment la terreur, chaque nuit dans les rues du township. «Les étrangers prennent nos emplois, nos maisons. Ce sont des criminels ! accuse Thabo, un étudiant zoulou. Ils doivent partir !»

Ces dernières heures, tous les étrangers ont déserté Alexandra ou se sont réfugiés au poste de police, qui abrite un millier de rescapés depuis une semaine. Depuis jeudi, ce scénario s’est répété dans une quinzaine d’autres townships et dans les quartiers pauvres du centre-ville. Partout, des foules de Sud-Africains noirs font la chasse aux Zimbabwéens et aux Mozambicains, avec une extrême violence.

Supplice. «Les habitants ont regardé le drame en rigolant», selon le Times, un journal local qui a publié, hier, la photo d’un homme brûlé vif. Une image qui rappelle le supplice du pneu enflammé, symbole du débordement de violence pendant l’insurrection des townships contre le régime d’apartheid dans les années 1980 et 90. Des Sud-Africains, pris pour des étrangers, ont été tués.

La police ne parvient pas à enrayer cette spirale. Dimanche, elle a dû tirer des balles en caoutchouc pour protéger l’Eglise méthodiste de Johannesburg, qui accueille quelque 1 500 réfugiés africains. Des rescapés continuaient à y affluer hier, dont cet enseignant zimbabwéen de 38 ans, Steve Ndlovu :«Ce matin, les Zoulous ont attaqué le centre commercial chinois où je travaille. Ils nous reprochent de travailler pour des salaires trop bas et veulent qu’on parte. Je suis resté caché quatre heures dans un conteneur. Beaucoup de Zimbabwéens veulent rentrer au pays : mieux vaut aller mourir chez nous !»

Crise. Ces «ratonades» ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud, mais elles n’avaient jamais pris une telle ampleur. Isolés du temps de l’apartheid, les Noirs sud-africains n’ont pas été préparés à l’arrivée de nombreux immigrés du reste du continent après 1994, notamment à l’afflux de Zimbabwéens chassés par la crise dans leur pays depuis 2000. Ils seraient aujourd’hui 3 millions. «Tant le gouvernement sud-africain que les Nations unies ont refusé de leur accorder un statut de réfugiés, déplore Eric Goemaere, de Médecins sans frontières-Belgique. Les Zimbabwéens en sont réduits à vivre comme des clandestins tout en étant considérés comme des profiteurs.» Même si seulement 2 à 3 % des criminels arrêtés par la police sont des étrangers, les Sud-Africains les rendent responsables de la forte criminalité. Même si l’apport de cette main-d’œuvre étrangère, souvent plus qualifiée et dynamique que les locaux, est positif pour l’économie sud-africaine, les pauvres les accusent d’être responsables du taux de chômage de 40 %. Le gouvernement a toujours minimisé la crise au Zimbabwe. Comme il minimise à présent le problème de la xénophobie : «C’est un élément secondaire dans les attaques de ces derniers jours, estime la ministre de l’Intérieur Nosiviwe Mapisa-Nqakula . Selon elle, les émeutiers sont «des éléments criminels qui ont manipulé la population». Les attaques ont-elles été orchestrées pour déstabiliser l’Afrique du Sud, qui doit accueillir la Coupe du monde de football en 2010 ? Le président Thabo Mbeki a annoncé le lancement d’une enquête pour déterminer l’origine des émeutes.



http://www.liberation.fr/actualite/monde/327176.FR.php

© Libération 20/05/08

«La xénophobie n'a pas disparu» dans le pays qui a vaincu l'apartheid

AFRIQUE AUSTRALE. La police sud-africaine ne parvient pas à endiguer la chasse aux étrangers qui gagne les quartiers pauvres de Johannesburg. Le gouvernement hésite à faire appel à l'armée.

«Je pensais qu'on était tous des frères du même continent. Personne ne s'attendait à cela!» Coiffé de dreadlocks, Jack, un jeune Mozambicain de 28 ans, a été chassé dimanche de son appartement à Hillbrow, un quartier pauvre et cosmopolite du centre-ville de Johannesburg: «Quand une foule hostile a descendu la rue du quartier, je me suis enfui. Lundi, je suis retourné chercher mes affaires: tout avait été volé.» Jack s'est réfugié au siège de l'Eglise méthodiste à Johannesburg, qui a accueilli 300 rescapés des violences dans le centre-ville. La plupart, Zimbabwéens, n'osent plus sortir du bâtiment.
 

Les étrangers ne sont toutefois pas les seuls à avoir peur: des Shangaan et Venda (deux minorités ethniques du nord de l'Afrique du sud) figurent aussi parmi les victimes des affrontements. «Les Zoulous sont les instigateurs de ces attaques, affirme Lydia Makhoba, une Venda qui habite Alexandra, la township où les violences ont commencé. Le régime d'apartheid nous a tous élevés dans l'idée que les autres ethnies représentaient une menace. Chacun devait vivre dans son quartier, dans son bantoustan. C'est très triste de voir que la xénophobie n'a pas disparu!»

nytimes



Tous les leaders politiques - à commencer par le président Thabo Mbeki - ont fermement condamné les agressions, mais sans résultat. Le gouvernement s'est contenté d'annoncer une enquête pour déterminer la cause des attaques. «La xénophobie est un élément secondaire. Les agresseurs sont des éléments criminels qui ont manipulé la population», affirme la ministre de l'Intérieur, Nosiviwe Mapisa-Nqakula.

Les attaques ont-elles été orchestrées, comme semble le croire le gouvernement? Ou s'agit-il d'un mouvement spontané d'agressions xénophobes et de pillages? Pour le moment, personne n'a de réponse. Mais beaucoup de commentateurs estiment que le chef de l'Etat porte une lourde part de responsabilité. Parce qu'il ne voulait pas reconnaître l'ampleur de la crise politique au Zimbabwe, Thabo Mbeki n'a rien fait pour accueillir les Zimbabwéens qui ont afflué en masse ces dernières années. Ils seraient aujourd'hui entre 2 et 3 millions en Afrique du Sud.

«Tant le gouvernement sud-africain que les Nations unies ont refusé de leur accorder un statut de réfugié, déplore Eric Goemaere, qui dirige l'équipe locale de Médecins sans frontières Belgique. Les Zimbabwéens en sont réduits à vivre comme des clandestins dans les bidonvilles, tout en étant considérés comme des profiteurs.» Même si seulement 2 à 3% des criminels arrêtés par la police sont des étrangers, les Sud-Africains les rendent responsables de la forte criminalité. Et même si l'apport de cette main-d'œuvre étrangère souvent plus qualifiée et dynamique est positif pour l'économie sud-africaine, les pauvres les accusent - pas tout à fait à tort - de prendre leurs emplois, en acceptant de travailler pour des salaires de misère.

«La pression dans les townships les logements, les écoles, les centres de santé et l'accès à l'emploi est devenue intolérable, explique Henri Boshoff, chercheur à l'Institute for the Securities Studies. Vous ajoutez à cela la hausse des prix depuis le début de l'année et le cocktail devient explosif.»

L'Alliance démocrate, principal parti d'opposition, a appelé mardi le gouvernement à mettre en place des camps de réfugiés, pour accueillir les quelque 11000 rescapés des violences entassés dans des bâtiments publics, et à déployer l'armée pour rétablir l'ordre. Un pas que pour le moment l'ANC, le parti au pouvoir, refuse de franchir: c'est l'armée qui était chargée de la répression dans les townships sous l'apartheid. Mais déjà bien des images rappellent l'extrême violence des pages les plus sombres des années de lutte. Le beau rêve de la nation arc-en-ciel, symbole de la réconciliation raciale, a éclaté en morceau.

Valérie Hirsch, Johannesburg
Mercredi 21 mai 2008

Le Temps 21/05/08

AFRIQUE DU SUD L'ARMÉE ENVOYÉE DANS LES TOWNSHIPS

Le président sud-africain critiqué pour sa gestion des violences xénophobes

 

 

Dix jours après les premières agressions contre les étrangers en Afrique du Sud, le gouvernement vient d'annoncer la participation de l'armée dans les opérations de maintien de l'ordre. Selon un bilan établi mercredi 21 mai au soir, 42 personnes ont été tuées, plusieurs centaines blessées et quelque 16 000 autres sont sans abri.

Une vingtaine de bidonvilles autour de Johannesburg et de Pretoria ont été le théâtre d'une chasse à l'homme visant les étrangers africains. L'armée ne sera pas déployée partout mais mettra son matériel ainsi que ses hommes à disposition, a précisé la police nationale.

La présence de militaires dans les townships noirs rappelle de terribles images : les émeutes de Soweto en 1976 et surtout les sanglants affrontements, au début des années 1990, entre les militants du Congrès national africain (ANC) et les Zoulous du parti de la liberté Inkhata (IFP).

 

DÉPART DES ÉTRANGERS

 

Alors que la situation semblait plutôt calme autour de Johannesburg, mardi et mercredi soir, des incidents ont éclaté dans la région du Kwazulu Natal (est). Les autorités locales, malgré les slogans anti-étrangers chantés par les groupes d'assaillants, estiment que ces accrochages sont sans rapport avec des attaques xénophobes.

Terrifiés, de nombreux étrangers ont décidé de quitter le pays. Selon le directeur national adjoint des migrations, 9 000 Mozambicains auraient passé la frontière depuis le début de la semaine. Des milliers de personnes sont toujours réfugiées dans des églises ou des centres communautaires et dépendent de l'aide des organisations caritatives. Des appels ont été lancés pour des donations de nourriture, de couches et de lait pour bébé, et de couvertures. En ce début d'hiver austral, la température la nuit ne dépasse pas 7 degrés.

Le chef de l'Etat, qui ne s'est pas déplacé dans les bidonvilles touchés, s'est uniquement exprimé dans un communiqué le 19 mai, une semaine après les premiers incidents. Pour l'opposition, ce texte, qui condamne la violence et appelle les Sud-Africains à ne pas se déshumaniser en maltraitant les étrangers, " est arrivé trop tard ". Thabo Mbeki promet que les enquêtes en cours permettront de déterminer " la racine de cette anarchie ".

Plusieurs personnalités politiques proches du chef de l'Etat ont sous-entendu que les violences pourraient avoir été orchestrées par l'Inkhata, le parti zoulou. L'influent conseiller à la présidence, Essop Pahad, a de son côté mis en cause des " forces d'extrême droite ".

Mais pour le centre de réflexion Institute of Race Relations (IRR), la faute revient au gouvernement. Cette organisation indépendante dénonce l'incapacité des autorités à assurer la sécurité, à lutter contre la corruption, à fournir des emplois et des logements décents ainsi qu'à maîtriser les flux migratoires.

Le président Thabo Mbeki a plusieurs fois mentionné la xénophobie comme un problème auquel le pays devait s'attaquer. Il a appelé ses concitoyens à " apprendre à vivre " avec les immigrés zimbabwéens. Refusant de reconnaître la situation de crise au Zimbabwe, le chef de l'Etat n'a jamais jugé utile de donner un statut de réfugiés aux migrants. La principale contribution du gouvernement à la gestion de l'immigration africaine a été le renforcement des patrouilles aux frontières, les rafles et les expulsions par train de milliers de " clandestins ".

Fabienne Pompey

© Le Monde23/05/08

Afrique du Sud : les violences xénophobes continuent

NOUVELOBS.COM | 23.05.2008 | 14:09

 

Le HCR (Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés) se dit "profondément inquiet". Au moins 42 personnes ont été tuées et des centaines d'autres blessées depuis le début des violences le 11 mai à Johannesbourg.

Patrouille de police au Cap  (Reuters)

Patrouille de police au Cap  (Reuters)

Face aux violences xénophobes dont sont notamment victimes les Zimbabwéens en Afrique du Sud, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a exprimé, vendredi 23 mai, sa "profonde inquiétude".
Plus de 17.000 personnes ont été déplacées et "plusieurs dizaines" tuées lors de ces violences qui frappent l'Afrique du Sud depuis près de deux semaines, selon le HCR.
"Le HCR est profondément inquiet de ces attaques xénophobes en Afrique du Sud qui touchent notamment des réfugiés et des demandeurs d'asile qui ont rejoint l'Afrique du Sud à la recherche d'une protection contre la persécution dans leur pays", a dit à la presse à Genève la porte-parole du HCR, Jennifer Pagonis.

42 personnes tuées

Selon les informations rassemblées par l'agence, "un très grand pourcentage" des personnes déplacées par ces violences sont des Zimbabwéens.
"Parmi eux, figurent des gens qui sont venus chercher asile en Afrique du Sud. Ils ont un besoin urgent d'aide et de protection", a-t-elle ajouté.
Les violences xénophobes qui frappent l'Afrique du Sud depuis douze jours se sont pour la première fois propagées à la région du Cap, dans le sud-ouest du pays, a annoncé vendredi la police.
Au moins 42 personnes ont été tuées, des centaines blessées, 16.000 déplacées et plus de 500 arrêtées par la police depuis le début de ces violences le 11 mai à Johannesburg, selon les autorités.

Les immigrés contraints de fuir

Une réunion publique dans le bidonville de Du Noon, situé à 20 kilomètres au nord de la ville du Cap, a dégénéré en violences, selon un porte-parole de la police locale, Billy Jones.
"Des bandes dans la foule ont commencé à piller des boutiques appartenant à des Zimbabwéens et d'autres étrangers", a-t-il déclaré, interrogé par téléphone par l'AFP, précisant qu'il s'agissait du premier incident du genre dans les environs du Cap.
"Certaines personnes ont été attaquées, mais ce sont surtout des boutiques qui ont été pillées."
Quelque 500 immigrés ont fui le bidonville pour se réfugier dans des centres sociaux où ils ont été pris en charge", a-t-il précisé.
Les incidents ont débuté jeudi vers 18h (16h GMT) et la police n'a réussi à reprendre le contrôle de la situation que vers 2h (0h00 GMT) vendredi, arrêtant 12 personnes pour violence publique.
"La situation s'est stabilisée, mais reste tendue", a-t-il ajouté, précisant que la police patrouille la zone à pied.
Au moins 42 personnes ont été tuées, des centaines blessées, 16.000 déplacées et plus de 500 arrêtées par la police depuis le début de ces violences le 11 mai à Johannesbourg.

-Un reportage de CBS News

 

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