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Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon

 


 

En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Telle est la conclusion d'une étude rendue publique en conseil des ministres par Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, mercredi 22 novembre, quelques jours avant la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, samedi 25.

"Le constat est dramatique, souligne Mme Vautrin. Les victimes, qui, contrairement à ce que l'on pense parfois, viennent de tous les milieux, ont souvent peur de parler. Pour les encourager à sortir du silence, nous allons lancer ces jours-ci une campagne de sensibilisation sur les violences conjugales et créer dès le début de l'année prochaine un numéro d'appel unique pour les victimes."

La justice commence à prendre la mesure de ces violences. Le procureur de Douai, qui a instauré en 2003 une politique de "tolérance zéro", fait figure de précurseur : les hommes violents sont systématiquement placés en garde à vue et nombre d'entre eux sont placés pendant quinze jours dans un foyer où ils sont tenus de participer à des groupes de parole.

"L'outil essentiel pour la prise en charge des sujets violents est la technique de groupe, notait le psychiatre Roland Coutanceau dans un rapport remis en 2005 à Mme Vautrin. Ces sujets, décrits comme banalisant les faits de violence, sont en quelque sorte "condamnés" à écouter d'autres un peu plus avancés sur le chemin de la réflexion, de la compréhension, de la capacité à exprimer leurs propres émotions."

Plusieurs parquets se sont inspirés de ces expériences. A Senlis, le procureur a instauré un système d'alternatives aux poursuites : si les violences sont légères, le parquet classe le dossier à condition que le mari participe à cinq séances d'une demi-journée. " Depuis le début de l'année, nous avons organisé trois stages qui ont réuni une cinquantaine de personnes, explique le procureur, Thierry Pocquet du Haut-Jussé. Grâce à ces groupes de parole qui sont animés par un psychologue et un juriste, beaucoup d'hommes se remettent en cause et réfléchissent à leur comportement."

Depuis le début de l'année, le parquet de Bordeaux a, lui aussi, recours à des "stages de citoyenneté". Dans le cadre des alternatives aux poursuites, les hommes violents doivent participer, pendant cinq semaines, à des groupes de parole de deux heures.

"Le cadre impose des règles précises, explique Philippe-Pierre Tedo, psychothérapeute de groupe pour une association bordelaise (l'ARESCJ). Ils payent 220 euros de leur poche, ils respectent la parole des autres, ils arrivent et repartent à heure fixe. Ces groupes réunissent des hommes de toutes origines sociales : dans le dernier, il y avait un RMiste, deux ouvriers, un enseignant et un chef d'entreprise."

Au cours de ces "stages", certains hommes violents parviennent à mettre des mots sur leurs actes. "Le groupe est la seule manière de les faire parler d'eux, poursuit M. Tedo. Ils évoquent la misère de leurs antécédents, leur passé de violence et, très vite, ils reconnaissent leurs actes et arrêtent de dire que tout est la faute de leur femme. Si l'histoire de leur couple a basculé dans la violence, c'est parce qu'aucun des deux n'a pu analyser la situation, parler, réfléchir." Le dossier est classé par le parquet à la fin du stage, mais, s'ils récidivent dans les trois mois, ils sont poursuivis.

Pour accueillir les victimes, le ministère avait décidé, en novembre 2005, de créer des familles d'accueil pour les femmes battues. Un an plus tard, le système commence tout juste à s'installer : la Réunion compte sept familles d'accueil et les départements de la Drôme et de l'Ardèche quatre. "Certaines femmes y restent quelques jours, d'autres cinq mois, précise le directeur de la Ddass de la Drôme, Alain Parodi. Cela leur permet de faire une pause." L'idée est de recréer un environnement familial autour de la victime. "Il y a, dans ce type d'accueil, une chaleur et une convivialité qui peuvent favoriser le dialogue, note Yves Zoogones, le directeur de l'association réunionnaise d'éducation populaire. Certaines de ces familles d'accueil ont été confrontées dans le passé à la violence, et elles ont une certaine empathie avec les victimes."

LE MONDE | 22.11.06 |

 

 

La réalité en chiffres

Laurent Suply (lefigaro.fr).

 Publié le 22 novembre 2006

 

A l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, qui aura lieu samedi, le ministère de la Cohésion sociale et de la Parité dresse un sombre tableau des violences dans le cercle familial.

 

Une femme meurt tous les 3 jours
 

113 homicides ont eu lieu depuis le 1er janvier 2006 dans le cadre de violences conjugales, dont 12 assassinats, 97 homicides volontaires, et 4 violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
 

83% des victimes sont des femmes. Sur les 18 femmes qui ont tué leur compagnon, 12 étaient victimes de violences de sa part. En 2006, tous les trois jours, une femme est morte sous les coups de son mari. Par ailleurs, 3 homicides ont eu lieu au sein de couples homosexuels, 2 féminins et 1 masculin.
 

10 enfants tués
 

Chaque fois que trois personnes meurent victimes de violences conjugales, une autre personne meurt par ricochet. Sur un an, ce phénomène de ''victimes collatérales'' porte le bilan humain à 151 décès.
 

Premiers touchés par ce phénomène : les auteurs des violences eux-mêmes. 26 se sont suicidés après leur geste (dont une femme), et 11 ont tenté de mettre fin à leurs jours.
 

Les enfants payent aussi un lourd tribut. 10 enfants, âgés de 1 à 6 ans, ont été tués. La plupart des enfants tués l’ont été par leur père biologique, au moment d’une douloureuse séparation du couple. Lorsqu’ils n’y perdent pas la vie, les enfants voient parfois leur mère mourir sous leurs yeux. Ce fût le cas à 11 reprises en 2006. 
 

L'alcool en cause une fois sur quatre 
 

41% des décès interviennent durant la séparation du couple. Dans près de 25% des cas, l’alcool entre également en jeu. Les autres facteurs sont, dans l’ordre, la dispute, la jalousie, la dépression, et la folie.
 

L’inactivité semble également favoriser la violence conjugale : 68 homicides ont été perpétrés par des auteurs en inactivités : 18 retraités, 44 chômeurs, 5 en arrêt maladie ou invalidité.
 

L'Ile de France, région la plus violente
 

8 décès en Seine-Saint-Denis, 6 dans les Yvelines, 4 en Seine-et-Marne. La région parisienne est première en matière de violences familiales meurtrières. Viennent ensuite le Pas-de-Calais (5), la Gironde (5), et le Bas-Rhin (4). 42 départements seulement n’ont connu aucun homicide conjugale en 2006.
 

48 000 femmes violées par an
 

1 300 000 femmes seraient confrontées, dans leur vie de couple, à des violences, verbales, psychologiques, physiques ou sexuelles, selon une enquête réalisée auprès de 6 970 femmes.
 

48 000 femmes auraient été violées ou victimes d’une tentative de viol dans l’année. La plupart du temps, le violeur est un proche. Au cours de leur vie, 11% des Françaises ont subi au moins une agression sexuelle.
 

Sur leur lieu de travail, 2% des femmes sont confrontées à un harcèlement sexuel. Il s’agit le plus souvent d’avances, d’attouchements ou d’exhibitionnisme.
 

Une facture de 1 milliard d’euros par an
 

Le coût global des violences conjugales se décompose ainsi : 383 millions d’euros d’hospitalisations, de consultations, de médicaments (dont des psychotropes), 232 millions pour le traitement des affaires par la police et les incarcérations qui s’ensuivent, 89 millions le relogement, et les prestations sociales, 2,5 millions pour traiter les handicaps causés par ces violences. Il faut y ajouter 305 millions de coût humain diverses, et 83 millions pour la « perte de production domestique ».

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